«J’ai bu un verre avec Claude peu avant qu’il tue Marie»
Affaire MarieLaurent* a engagé Claude Dubois à sa sortie de prison, en août 2012. Pendant trois mois, il a côtoyé l’assassin tous les jours. Aujourd’hui il témoigne, amer.
Il voulait simplement rendre service. Une erreur, estime-t-il aujourd’hui. En août 2012, alors que Claude Dubois est autorisé par l’Office d’exécution des peines (OEP) à purger la fin de sa sanction sous le régime des arrêts domiciliaires, Laurent*, patron d’une entreprise fribourgeoise, accepte de fournir un emploi au condamné. Personne ne peut alors se douter que Claude Dubois, condamné en 2000 pour viol et assassinat à 20 ans de prison, récidivera et tuera Marie durant la nuit du 13 au 14 mai à Payerne.
Laurent est contacté par une connaissance qui a côtoyé le père de Claude Dubois. Lors de la première rencontre, ce dernier lui présente le passé judiciaire de son fils comme une affaire de crime passionnel. «Claude Dubois, son père et des membres de la Fondation vaudoise de probation (FVP) sont ensuite venus me voir. On m’a demandé si j’étais au courant de ce qui s’était passé. J’ai répondu par l’affirmative et je n’ai pas cherché d’informations supplémentaires. Claude Dubois était plutôt sympa et souriant, un peu fermé tout de même. Nous avons donc trouvé un accord pour le travail.»
Claude Dubois est engagé dès le 20 août en tant qu’aide-monteur. Hormis le patron, seuls trois collaborateurs sont au courant de sa situation. «Nous avions convenu avec la Fondation vaudoise de probation que nous aurions un contact hebdomadaire et que chaque fait particulier leur serait rapporté, positif ou négatif. Durant son travail, il pouvait parfois s’absenter mais uniquement pour aller voir son psychothérapeute ou les agents de probation.»
Le début des problèmes
Les débuts se passent bien. Claude ne pose aucun problème, selon les dires de Laurent. Seuls quelques légers retards le matin demandent un recadrage. Jusqu’à ce jour de mi-novembre 2012, où Dubois et son collègue sont envoyés sur un chantier au Tessin.
«Je sais qu’ils se sont fâchés à cause du travail et que le ton est monté. Peut-être parce que Claude voulait parler de son passé, et que mon employé ne voulait pas s’étendre sur le sujet. Il avait suggéré à ce même collaborateur de regarder le profil qu’il avait créé sur un réseau social. Lorsque celui-ci a découvert qu’il contenait des propos malsains à l’encontre de l’ex-épouse de Claude, il a averti son supérieur direct. Avec mon appui, ce dernier a appelé la Fondation vaudoise de probation. Il a répété à chaud ce qui lui avait été rapporté.»
Peu avant, Laurent avait prévenu la FVP qu’à long terme Dubois ne pourrait rester au sein de l’entreprise. «Ce n’était pas un job pour lui, mais j’avais dit clairement qu’il pourrait rester chez nous jusqu’à ce qu’il trouve un travail mieux adapté à ses compétences professionnelles.»
Menaces de mort
Tout se précipite après le fameux coup de fil d’un cadre de Laurent à la Fondation vaudoise de probation. Cette dernière envoie un rapport le vendredi 23 novembre à l’Office d’exécution des peines où elle évoque des menaces de mort proférées par Dubois à l’encontre d’un collègue, ainsi que ses activités tendancieuses sur les réseaux sociaux. Le jour même, Claude Dubois est réincarcéré.
«Claude m’a appelé depuis le poste de police. Il était très énervé. Il m’a dit qu’il avait un rapport sous les yeux qui disait que j’avais dit plein de conneries sur lui.» A l’évocation de ce moment, Laurent peine encore à cacher son désarroi et ses craintes. «C’était vraiment très dur car il me mettait directement en cause. Je n’avais pas vu ce rapport de la Fondation vaudoise de probation et surtout ni mes collègues ni moi avions été auditionnés. Pourtant, ils se basaient apparemment sur nos propos pour le réincarcérer.»
Aussi dangereux que le sadique de Romont
Le lundi matin, Laurent demande des comptes à la Fondation vaudoise de probation. «Ils m’ont dit qu’ils se posaient des questions sur Dubois depuis un moment. J’ai pu lire leur rapport. Il était écrit que Dubois avait dit sur le chantier au Tessin: «Ça ne va pas, dans ce genre de situation, je n’ai qu’une envie c’est de tuer.» Je ne sais pas s’il a dit ça. Tout ce que je sais, c’est que personne n’a été entendu pour vérifier le contexte des propos et que l’échauffourée sur le chantier s’était faite dans un contexte de travail. Pourtant, c’était bien ces paroles qui étaient en première ligne de ce rapport et qui avaient participé à sa réincarcération. La FVP a alors ajouté qu’elle considérait que Dubois était au même stade de dangerosité que le sadique de Romont. Je n’en revenais pas que l’on ne m’ait pas informé de cela lors de la première rencontre!»
Assailli de reproches par Dubois, Laurent s’inquiète pour sa famille et pour ses employés. Il demande alors à être averti si Claude Dubois était à nouveau libéré. Mais en mars, il apprend par hasard que son ancien employé est en fait à nouveau dehors à la suite de la décision d’une juge d’application des peines. Ce n’est que le 8 mai, près de six mois après l’alerte donnée à la FVP, que Laurent, ainsi que deux de ses collègues, sont finalement auditionnés par l’Office d’exécution des peines. Tous répondent que Dubois ne les avait pas menacés de mort. Se sont-ils rétractés? «Non, mais bien sûr, je ne peux pas exclure que, des mois après, les propos étaient plus mesurés», se défend-il.
Juste avant le drame
Laurent évoque encore avec pudeur ce 13 mai vers 18 h lorsqu’il tombe par hasard sur Claude Dubois. «Il était seul assis à la terrasse d’un bistrot proche de mon entreprise. Moi, j’avais toujours voulu qu’on parle de ce qui s’était passé. C’était une discussion cordiale, même si on n’était pas d’accord sur certains points. Il pensait que je l’avais vendu aux autorités pénitentiaires.» Le lendemain, Laurent apprend qu’une jeune femme est portée disparue dans la région. «Sans imaginer une seconde le drame qui allait suivre, j’avais bu un verre avec Claude quelques heures avant qu’il tue Marie.»
Aujourd’hui, Laurent est amer. Parce qu’une vie a été brisée. Mais aussi parce que, selon lui, tout n’a pas été dit. «J’ai bonne conscience, je n’ai pas triché dans cette affaire. Pour moi, l’important est que la lumière soit faite. Après le drame, tout le monde s’est focalisé sur la décision de la juge d’application des peines qui l’a fait ressortir. Je ne sais pas si elle a fait correctement son travail. Si elle ne pouvait faire autrement car les éléments n’étaient pas suffisants pour l’emprisonner ou s’il y avait vice de forme car nous n’avions pas été interrogés par le FVP. Ce que je sais, c’est que je me suis senti floué et laissé-pour-compte. Et qu’on nous a fait porter le chapeau avec des soi-disant menaces de mort pour réincarcérer Dubois. On m’a ainsi fait porter ce poids sans même m’entendre. Je sais aussi que personne ne m’a dit qu’il sortait. Et que si les autorités étaient tellement persuadées que Dubois était dangereux et qu’il avait menacé ses collègues, elles auraient dû nous auditionner très vite et ne pas attendre le 8 mai.»
* Nom connu de la rédaction
Créé: 10.10.2013, 07h23
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