Le meurtrier d'Assens justifie une nuit d'horreur

Procès à YverdonL’ex-ingénieur à la Ville de Lausanne tente de convaincre que le meurtre de sa femme n’était pas prémédité malgré les apparences.

L'homme est arrivé au tribunal d'Yverdon-les-Bains ce lundi matin 16 février pour être jugé du meurtre de sa femme.

L'homme est arrivé au tribunal d'Yverdon-les-Bains ce lundi matin 16 février pour être jugé du meurtre de sa femme. Image: Keystone

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Le procès de T.G., 46 ans, qui a supprimé son épouse à Assens en octobre 2012 dans des conditions particulièrement révoltantes, s’est ouvert hier devant le Tribunal criminel d’Yverdon. L’accusé a longuement été interrogé sur les raisons qui l’ont conduit à cette extrémité et il s’est largement exprimé.

Cet ex-ingénieur à la Ville de Lausanne avait laissé croire pendant quarante-quatre jours que son épouse avait disparu sans emmener leur bébé de 3 mois, alors qu’il l’avait étranglée à leur domicile, puis enterrée en forêt. Une victime dont le souvenir hante tout particulièrement ce procès en raison de la présence de sa sœur, vraie jumelle, sur le banc de la partie civile.

Visage fermé, voix calme, verbe aisé, jouant avec son stylo entre ses doigts, l’homme tente de convaincre la Cour que ses actes n’étaient nullement prémédités en dépit de solides apparences.

Coup de foudre
Les deux s’étaient trouvés un an auparavant par un site Internet de rencontres. Roumaine, elle avait huit ans de moins. Coup de foudre réciproque, selon lui. En deux mois à peine, la demoiselle tombe enceinte. Ils se marient en mars 2012. Le couple s’installe dans la villa de monsieur, à Assens. «Au début, c’était magnifique, dit-il. Puis elle a commencé à passer tout son temps à dialoguer avec son ordinateur. Le PC constamment allumé trônait sur la table du salon. Il n’y avait plus de vie de famille. En plus de cela, sa sœur, mariée en Suisse, était presque constamment chez nous.»

Un petit garçon naît en juillet 2012. Cette rapide descendance intrigue l’époux. Il fait pratiquer en douce un test d’ADN pour être sûr d’être le père et en sort rassuré. La situation n’aurait jamais cessé de se dégrader mais l’épouse n’est hélas pas là pour en témoigner. T.G. reproche à sa femme de ne pas vouloir s’intégrer. «Nous étions les deux épuisés après cette naissance. Le bébé pleurait énormément, c’était chaque fois de ma faute. Pourtant j’avais suivi des cours.» Ce qui ressemble au sort ordinaire de parents d’un nouveau-né semblait invivable pour lui. «En plus, il y avait la pression au travail. Le chef de service approchait de la retraite. J’avais postulé pour cette place. J’étais au bout du rouleau, mais je ne pouvais pas le montrer.» S’ajoute une fugue de madame, deux évocations de divorce. En un an à peine, le couple est au bord du gouffre. A l’entendre, l’horreur qui va suivre serait la conséquence du total épuisement qui pesait sur l’accusé à ce moment-là.

Le meurtre
Le samedi après-midi 27 octobre 2012, T.G. participe seul à un anniversaire d’enfants chez son meil­leur ami. Le soir, les deux copains boivent des bières en regardant un film de guerre. Il raconte: «Il neigeait, j’avais des jantes larges avec des pneus d’été. J’ai décidé de passer la nuit chez eux. Je n’arrivais pas à dormir. La veille, j’avais trouvé chez nous sa sœur et son mari avec deux voitures. Je craignais qu’ils n’emmènent mon épouse en Roumanie avec le bébé alors qu’un tel voyage pour présenter l’enfant à sa famille roumaine n’était prévu que la semaine suivante. Je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser partir comme ça.»

T.G. sort alors discrètement de la maison par une porte-fenêtre, prend sa voiture malgré la neige, se rend à son domicile. Seuls sa femme et le bébé s’y trouvent. Elle est endormie dans le lit conjugal. Il s’approche. «J’essaie de la réveiller gentiment pour discuter mais ça se passe mal. Elle est tout de suite agressive, me dit que ça ne servait à rien, qu’elle veut divorcer, que c’est trop tard. Elle me traite de conard. J’explose.» T.G. explique qu’il l’empoigne, la secoue pour la faire taire. A califourchon sur elle, il lui serre la gorge. Elle meurt. «Je lui ai dit: «Tu t’es bien foutue de moi!» Le bébé, qui dort dans sa chambre, ne s’est pas réveillé.

Le meurtrier charge le cadavre dans sa voiture, le transporte dans la forêt voisine, où il l’enterre sommairement dans un repli de terrain. Puis il regagne le domicile de son ami, se recouche comme si de rien n’était.

Intenses recherches
La disparition de l’épouse fera l’objet d’intenses recherches. A son travail, ses collègues ne le trouvent pas plus préoccupé que ça, «juste un peu maigrissant», dira l’un d’eux. Le corps sera découvert sur ses indications le 11 décembre, en partie dévoré par les bêtes sauvages.

«Pourquoi ne pas avoir appelé la police?» interroge la présidente. Réponse: «Si je l’avais fait, l’enfant aurait perdu ses deux parents d’un coup, car je serais allé immédiatement en prison. Je voulais pouvoir le mettre en sécurité.» Ce qu’il a fait, dans une pouponnière, puis chez une famille d’accueil. «Par ailleurs, poursuit-il, je voulais terminer un projet sur le point d’aboutir à mon travail, ce que j’ai pu réaliser. Je voulais gagner du temps.»

«Vous avez laissé votre fils de 3 mois tout seul…» s’indigne la magistrate. «Je n’avais pas d’autre solution, réplique-t-il. J’étais persuadé que cela ne durerait pas longtemps, j’attendais le téléphone de la sœur de ma femme qui se rendrait forcément à la maison, c’est arrivé en fin de matinée.» Et d’ajouter: «La sage-femme nous avait expliqué qu’un bébé peut très bien sauter un repas ou deux s’il est tenu bien au chaud.»

Pour justifier ses choix, l’ingénieur invoque la logique, la pesée des options qui se présentaient, ainsi que des intérêts qui ne sont pas les siens. «Comprenez que le tribunal pourrait croire que vous avez tout planifié», souligne la présidente. «Ce n’est pas le cas, affirme-t-il. Je ne suis pas une machine. Il n’y a rien de logique dans mes agissements cette nuit-là. Cela s’est passé dans un état d’épuisement avancé.»

Assassinat, «simple» meurtre ou crime passionnel? La fourchette de la sanction encourue est large et va jusqu’à la prison à vie. Le procès se poursuit ce mardi.

Créé: 16.02.2015, 21h34

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