Des Lego pour intégrer des migrants qualifiés

Yverdon-les-BainsIls sont médecins, ingénieurs ou simplement diplômés et expérimentés mais butent face au milieu du travail suisse. Pour intégrer des migrants qualifiés, une société basée à Yverdon tente la méthode Lego.

«Les Legos permettent de réfléchir différemment, de penser notre travail et nos compétences», témoigne ce participant à l'atelier organisé à Yverdon. La méthode normalement utilisée par les managers pour leurs équipes séduit.

«Les Legos permettent de réfléchir différemment, de penser notre travail et nos compétences», témoigne ce participant à l'atelier organisé à Yverdon. La méthode normalement utilisée par les managers pour leurs équipes séduit. Image: Christian Brun

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Ils viennent parfois de l’horreur, de la Syrie, de la traversée de la Méditerranée sur un canot, ou de l’autre bout du monde pour le cortège de raisons qu’on connaît. Mercredi dernier, une poignée de migrants de tous horizons étaient rassemblés dans une salle d’Y-Parc pour assembler des Lego sur une table.

La méthode peut surprendre, mais elle marche, selon ses utilisateurs. Ce jour-là, SwisStart, une structure soutenue par les collectivités publiques et dédiée à la réinsertion professionnelle de migrants qualifiés (une mesure cantonale unique en Suisse, assure son directeur, François Egger) essayait la méthode Lego avec ses bénéficiaires.

De quoi on parle? D’utiliser les célèbres petites briques – celles dont on a tous raffolé étant enfant et dont les parents redoutent toujours les effets sur la voûte plantaire – pour clarifier leurs compétences, préciser leur potentiel ou leurs idées. Une méthode développée en 1996 entre la firme danoise et deux professeurs de l’IMD, l’école de business de Lausanne, avec un lot de neurologues, sociologues et autres spécialistes. Elle est d’ordinaire utilisée par des managers ou des PME en guise pour le team building ou le montage de projets. «Un bureau d’ingénieurs a construit sa chaîne de fonctionnement sur des plaques et a conclu qu’il fallait remodeler leurs bureaux et leurs stocks», illustre l’animatrice «Lego Serious Play» du jour, Ariane Wunderli.

Médecins, physicien…

Pour les migrants, le défi va plus loin. Parmi les professionnels que tentent de réinsérer SwisStart – structure imaginée à la suite de la vague migratoire de 2014 et lancée cette année –, il y a un dentiste syrien, deux médecins du Proche-Orient, des pilotes, un physicien… Une perte de compétences pour l’économie suisse. «On parle peu des migrants qualifiés, note François Egger. Aux difficultés usuelles du marché de l’emploi s’ajoutent pour eux la barrière de la langue, la non-reconnaissance des diplômes, la méconnaissance de la culture professionnelle du pays, l’absence de réseau… Pour eux, un cours de langue et refaire un CV ne suffit pas. Il faut aller plus loin.» À savoir des formations poussées, des stages en entreprise et quelques ateliers qui sortent des sentiers battus.

«Les Lego, j’en utilisais pour les maths à l’école primaire, sourit-il. Là, ça permet de réfléchir et aide à donner une opinion sur notre métier.»

Certes. Mais les Lego, pour des migrants, n’est-ce pas un peu infantilisant? «Pas du tout! On utilise la même méthode avec des entreprises», réagit Ariane Wunderli. Pour elle, citant les retours des participants, les briques et petits bonshommes à tête jaune facilitent l’expression, font sortir de la zone de confort et permettent d’utiliser un jeu accessible à tout le monde pour débloquer les potentiels.

Sur la grande table du très moderne bâtiment yverdonnois, Adnan* construit un jardin avec les palmiers en plastique. «Les Lego, j’en utilisais pour les maths à l’école primaire, sourit-il. Là, ça permet de réfléchir et aide à donner une opinion sur notre métier.» Ancien ingénieur au Ministère de l’agriculture syrien, il a travaillé dans une pépinière. Diplômé en business et en commerce international avec vingt ans d’expérience en Argentine, Franco* cherche ici un CDD. «C’est difficile d’être ici et de se sentir non demandé par le monde du travail. Les Lego, je connaissais, mes enfants en ont beaucoup. Mais pas comme technique pour se développer et aller dans l’introspection», explique-t-il, appuyé sur la table remplie de petites pièces qu’on croirait pourtant sorties du coffre à jouets.

«Ça stimule le cerveau»

«Passer par les Lego stimule les mains et le cerveau, mais met aussi les extravertis et les introvertis à égalité», note Ariane Wunderli. Sur certaines plaques, des motifs assez abstraits (tel plot est l’objectif, tel autre le tremplin, d’autres sont les écueils) ou très concrets (un tracteur, un bureau de directeur avec une couronne d’or). On devine que tout n’a pas été drôle.

La société organisatrice, Innopark, active depuis 2003 dans la réinsertion des cadres, se targue d’un taux de succès de 76%. Pour les migrants qualifiés, les objectifs tournent autour de 50%.

* Prénoms d’emprunt

https://www.personnelqualifie-suisse.ch/fr/refugies/exemples/528/swisstart/

Créé: 07.03.2019, 21h54

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