La maison autarcique commence à sortir de terre

EnvironnementUne maison pilote 100% autonome, low-tech et permaculturelle, capable de produire tout ce dont ses habitants ont besoin, est en train de voir le jour dans la Broye, à Châtillon.

Corinne Décosterd et Marc Muller ont rassemblé en un seul habitat toutes les techniques connues en matière de construction durable. Image: Olivier Allenspach

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

A un mois de la conférence sur le climat qui rassemblera près d’une centaine de chefs d’Etat au chevet de la planète à Paris, un jeune couple contribue à sa façon à l’effort écologique avec une maison pilote unique en Suisse, du côté de Châtillon (FR), dans la Broye.

La villa dont les travaux viennent de débuter sera autarcique: elle n’est pas raccordée au réseau d’électricité ni à celui de l’eau et produira davantage d’énergie qu’elle en consommera. Même l’eau récoltée par les toits et la terrasse sera filtrée par des procédés naturels puis purifiée par un système d’osmose inversée avant d’être réutilisée en eau de boisson!

Forcément, cette maison d’un nouveau genre sera dépourvue de chauffage à mazout, au gaz ou de pompe à chaleur. Elle sera simplement tempérée par du «solaire passif» en comptant sur de grandes baies vitrées. La chaleur diurne sera stockée dans de la terre utilisée comme réservoir thermique pris en sandwich, à l’intérieur d’une dalle épaisse de 80 cm. Un poêle à bois sera installé en secours, par exemple en cas de longues périodes de brouillard.

«L’impact de cette maison sur l’environnement sera quasi nul», explique le Vaudois Marc Muller, ingénieur en énergies, à l’origine de cette démarche avec sa compagne. Ce scientifique est un spécialiste des énergies propres. En 2008, il créait le projet «Icare»: une voiture alimentée par les énergies renouvelables avec laquelle il a parcouru près de 20 000 km sur plusieurs continents. Avec sa maison, il fait à nouveau œuvre de pionnier.

«Nous n’avons pas voulu faire de compromis sur le confort, ni sur le prix, poursuit sa compagne, Corinne Décosterd, infirmière à Payerne. Cette maison sera agréable à vivre et pas plus chère qu’une construction classique.» Le terrain en pente qui fait face au lac de Neuchâtel a été acheté 400 000 fr. La maison est devisée à 300 000. «Cette villa est unique en Suisse car elle rassemble toutes les techniques connues en matière de construction durable», dit Marc Muller.

«Cette villa est unique en Suisse car elle rassemble toutes les techniques connues en matière de construction durable en un seul projet. Son impact sur l’environnement sera quasi nul»

Offrant six pièces et 250 m2 habitables sur trois niveaux, la maison pourra fonctionner sans aucun apport extérieur d’énergie fossile et ne rejettera aucun déchet ni CO2. Les cellules photovoltaïques qui recouvrent le toit et les barrières des balcons auront une puissance électrique de 15 kW. C’est trois fois plus que nécessaire, mais indispensable pour passer l’hiver. L’excédent d’électricité ira dans des batteries au lithium qui garantiront une autonomie de plusieurs jours à la maison. «Avec toute cette énergie, nous pourrons facilement charger une voiture électrique», dit l’ingénieur.

Marc Muller (33 ans) et Corinne Décosterd (28 ans) se sont donné deux ans pour la construire. Le chantier fera également office d’ateliers ouverts (voir ci-contre). Le premier coup de pioche a été donné fin septembre et le couple projette d’y travailler au moins 1200 heures. La fondation légère est en béton. Les murs et l’isolation du toit sont en paille, matériaux à haut pouvoir isolant. La structure est en bois, les murs intérieurs sont crépis de 5 cm de terre issue de l’excavation de la maison.

Efficience record

«En utilisant ces matériaux connus dans la construction depuis des siècles, nous obtenons des résultats stupéfiants!» raconte Marc Muller. L’efficience de sa maison sera au-delà de la norme Minergie-P, la plus contraignante.

Tout a été pensé pour limiter l’impact de la maison. La paille vient de Molondin, le bois de Bulle, la terre reste sur place, malgré l’excavation. A l’extérieur de la maison, l’entier des surfaces sera destiné à de la permaculture en potager, en créant des écosystèmes naturels pour la production de fruits et légumes. «Après la construction, il y aura davantage d’espèces animales et de variétés de végétaux sur la parcelle qu’avant. Ce qu’on prend à la nature d’un côté, on le lui rend de l’autre, c’est un principe qui nous tient à cœur», dit Corinne Décosterd.

Elle et son compagnon ne sont pas des babas illuminés pour autant. «Pas question de vivre en chandail et à la bougie, disent-ils. Nous n’allons pas nous priver. Nous consommerons ce que nous aurons produit.» Ce projet pilote est soutenu par le Canton de Fribourg et bénéficie de l’appui de plusieurs PME régionales et du laboratoire du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM).

La seule concession du couple porte sur le raccordement aux égouts. «Idéalement, nous aurions souhaité traiter nos eaux usées nous-mêmes. Ne serait-ce que pour produire nos propres engrais, dit Corinne. Mais, hélas, ce n’est pas autorisé par le règlement communal.» L’emménagement est prévu à l’automne 2017. (24 heures)

Créé: 26.10.2015, 06h35

L’essentiel

Electricité
La maison en produit plus qu’elle n’en consomme

Eau
Elle est récupérée des toits et utilisée en eau potable!

Chaleur
Le logement ne dispose d’aucun chauffage actif

Chantier pédagogique

«La construction est une démarche écologique et pédagogique en soi, explique Corinne Décosterd. Nous
allons créer des ateliers, des workshops, nous allons aussi inviter les gens à venir participer à la construction pour les sensibiliser.» Dès la fin de novembre, des journées thématiques ouvertes au grand public traiteront de sujets aussi divers que l’utilisation de la paille et de la terre, le photovoltaïque et l’énergie solaire, les bassins naturels et l’eau de pluie, les maisons passives sans chauffage, etc. A chaque fois, des spécialistes interviendront sur le chantier.

Infos sur www.en-autarcie.ch.
Contact et questions : corinne@en-autarcie.ch

Articles en relation

Lucens s’ouvre à l’habitat écologique

Broye C’est un des plus gros projet du genre dans la Broye. Un quartier durable de onze immeubles devrait sortir de terre d’ici à 2020. Plus...

Et si la mobilité durable offrait un nouvel élan aux régions alpines?

Les Diablerets Le 4e forum Ecovillages a ouvert ce jeudi un vertige de perspectives pour la mobilité du futur en région de montagne. Plus...

Des effets concrets pour l'AVS et l'environnement

Elections fédérales Les résultats de dimanche devraient avoir un impact sur plusieurs dossiers. Mais aucune révolution n’est attendue. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 19 septembre 2018.
(Image: Bénédicte) Plus...