«La Maison du Prieur, c’est à la fois mon paradis et mon enfer»

RomainmôtierUn documentaire fiction retrace l’histoire captivante de Katharina von Arx et Freddy Drilhon. Rencontre avec leur fille, Frédérique.

Frédérique Drilhon dans l'une des salles où a vécu sa mère.

Frédérique Drilhon dans l'une des salles où a vécu sa mère. Image: Philippe Maeder

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Une balade à vélo, une averse et une rencontre fortuite. Ainsi est né le documentaire-fiction Jusqu’au bout des rêves, de l’historien et écrivain valaisan Wilfried Meichtry. Il y a sept ans, pédalant dans la campagne vaudoise, son chef opérateur s’abrite de la pluie dans le petit tea-room de la Maison du Prieur, à Romainmôtier. Il y rencontre la propriétaire du lieu, Katharina von Arx. Subjugué par les récits de cette femme au tempérament bien trempé, il convainc Wilfried Meichtry de se rendre sur place.

«J’ai tout d’abord découvert la Maison du Prieur, je n’avais jamais vu le Moyen Âge si vivant. Puis, j’ai rencontré Katharina. Elle m’a raconté son tour du monde, effectué dans les années 1950 sans un sou en poche. Ses aventures étaient si extraordinaires que je n’y croyais pas. Elle m’a alors donné accès aux archives de la famille: tout était vrai», raconte le réalisateur.

«Ce pays s’est imposé à moi comme une certitude, je pense que j’avais besoin de lumière»

C’est le hasard, encore lui, qui a amené cette artiste, écrivaine et reporter soleuroise, et le photographe parisien Freddy Drilhon à s’installer à Romainmôtier. Nous sommes en 1959, leur fille, Frédérique, est âgée de 1 an. Le couple de voyageurs cherche un point d’ancrage. Un jour de novembre, ils découvrent le village du Nord vaudois plongé dans la brume. Coup de cœur. Avec 48 000 francs en poche, ils s’offrent ce qu’ils peuvent. Soit la Maison du Prieur, une bâtisse «indésirable» tombant en ruines. «C’était immense, sombre, froid et humide. Parfois, il neigeait dans ma chambre», se remémore Frédérique Drilhon, propriétaire de la demeure depuis le décès de sa mère, en 2013. Aujourd’hui sexagénaire, elle est de passage en Suisse pour la sortie du docufiction, mais vit depuis plus de trente ans au Mexique. «Ce pays s’est imposé à moi comme une certitude, je pense que j’avais besoin de lumière», confie-t-elle en parcourant les pièces du bâtiment où elle a grandi.

Un lieu érigé vers 1280, laissé à l’abandon, puis restauré durant près de trente ans. Car la bâtisse acquise par Katharina et Freddy, désormais classée monument historique d’importance nationale, se révèle une ancienne demeure d’hôte destinée à recevoir les aristocrates et hauts prélats.

La réhabilitation de ce refuge d’exception deviendra le projet de vie de Katharina von Arx. «Cette maison, c’est à la fois mon paradis et mon enfer, confesse Frédérique Drilhon. J’y ai vécu une enfance heureuse, il y régnait une atmosphère créative, festive. Mais je me sentais parfois jalouse d’elle. C’était comme une grande sœur prenant toute la place. En un sens, ma mère y était emprisonnée.»

Esprit de liberté

Katharina von Arx, décédée en 2013, le confie dans le film, «cette maison est comme incrustée dans mes os». Elle y puisait son énergie, alors que son mari Freddy y dépérissait. À la fin des années 1960, il quittera d’ailleurs Romainmôtier pour s’installer en Angleterre, pays vers lequel a fui sa famille lors de la Seconde Guerre mondiale. Il y restera jusqu’à sa mort, à 50 ans. «Il y a retrouvé la paix, la sérénité, partir était nécessaire pour lui. Mais mes parents sont restés très liés, nous allions régulièrement le voir. Ma mère dessinait pour Swissair en échange de billets d’avion.»

En retraçant l’histoire de Katharina von Arx et surtout celle, moins connue et plus tragique, de Freddy Drilhon, Wilfried Meichtry raconte aussi la relation fusionnelle et passionnée de ce couple animé d’un même esprit de liberté. «J’ai beaucoup joui de mes parents, relate Frédérique. Ils avaient un sens de l’humour précieux et ils étaient fascinants, ils pouvaient passer des nuits entières à échanger. Cette complicité est toujours ce que je recherche dans mes relations.»

Créé: 16.02.2018, 10h45

Jusqu'au bout des rêves de Wilfried Meichtry. Avant première romande le 18 février au cinéma Bel Air à Yverdon.

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