Une marche de femmes veut changer l’espace urbain

Yverdon-les-BainsLes femmes ne sont pas toujours à l’aise en ville selon la socialiste Natacha Ribeaud. Une balade exploratoire pourrait cibler les points noirs.

La promenade longeant le canal Oriental fait partie des endroits peu engageants recensés par Natacha Ribeaud Eddahbi.

La promenade longeant le canal Oriental fait partie des endroits peu engageants recensés par Natacha Ribeaud Eddahbi. Image: VANESSA CARDOSO

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L’espace public est-il machiste? Certaines études semblent le démontrer, qui affirment que les femmes peuvent s’y sentir moins à l’aise que les hommes, notamment parce que certains partis pris du développement de l’espace urbain conduisent à renforcer ce sentiment. Porter un autre regard, un regard féminin, sur cet environnement, c’est ce qu’aimerait l’Yverdonnoise Natacha Ribeaud Eddahbi.

La semaine dernière, la conseillère communale socialiste a déposé un postulat proposant à la Municipalité d’étudier la possibilité d’organiser «des marches exploratoires» dans différents quartiers de la ville, suivant un concept développé au Canada à la fin du XXe siècle. Des sorties qui seraient exclusivement réservées à la gent féminine. «Elles permettraient de mettre en lumière les besoins spécifiques des femmes dans l’espace public et d’offrir des solutions concrètes aux problèmes identifiés», explique-t-elle.

«Avec ma poussette, j’ai pesté contre les trottoirs non abaissés ou contre un ascenseur auquel il était impossible d’accéder»

En débarquant à Yverdon il y a quelques années, jeune maman, Natacha Ribeaud Eddahbi a rapidement constaté que la ville recelait d’obstacles pas toujours évidents à franchir. «Avec ma poussette, j’ai pesté contre les trottoirs non abaissés ou contre un ascenseur auquel il était impossible d’accéder.» À ses observations personnelles sont venus s’ajouter des problèmes relevés par d’autres femmes: incivilité, mauvaise signalisation, barrière architecturale, manque d’éclairage et insécurité ressentie à certains endroits. Et de citer deux exemples: «La promenade qui longe le canal Oriental vers le CPNV n’est éclairée que d’un côté. Et sur le cheminement piétonnier du Buron pourtant tout neuf, le passage sous le pont CFF n’est pas très engageant. Pour ne parler que d’endroits qui sortent du périmètre gare - parc japonais habituellement pointés du doigt.»

Ses préoccupations ont manifestement été entendues par ses pairs du Conseil communal. Mais d’aucuns se sont étonnés qu’elle veuille en faire, fidèle au concept de base, une démarche exclusivement féminine. «Je ne vous cache pas que certains de nos représentants masculins aimeraient participer à cette initiative», a ainsi souligné le PLR Maximilien Bernhard. Même des élues ont pris ce parti-là. Catherine Carp, puis Cinzia Galli Ratano, elles aussi PLR: «Si cette démarche devait être mise en place, elle devrait concerner l’ensemble de la population, ces messieurs y compris.» «Je suis davantage favorable à l’initiative citoyenne que féministe. Parce que sinon, ça revient à dire «les femmes ont besoin d’être protégées» et je n’aime pas ça du tout.»

Dans l’air du temps
Pour la postulante, l’action s’inscrit dans l’air du temps, alors que le débat sur la condition de la femme en milieu urbain fait régulièrement l’objet d’études et de polémiques. «C’est le cas à Lausanne où une étude a été menée sur le harcèlement de rue», cite-t-elle en exemple. Et de mentionner certaines statistiques qui parlent pour elle. Si la population yverdonnoise penche légèrement du côté de la femme (15'532 contre 14'676), la répartition est de l’ordre du 60-40 pour la catégorie des seniors, dont un certain nombre rencontrent des difficultés à se déplacer. «Je précise encore qu’en l’absence d’un congé paternité, ce sont les femmes qui durant les premiers mois de vie de leurs enfants se heurtent en poussette à des problèmes de mobilité.»

Avant d’être renvoyée à une commission pour être étudiée, la proposition «Femmes en marche» s’est également heurtée à la légitimité d’en faire une volonté politique. «Une démarche citoyenne n’a à mon sens pas besoin du monde politique. Elle perd même ainsi un peu de son essence», estime l’UDC Ruben Ramchurn. «Mais les élus peuvent donner l’impulsion de départ», a répondu le Vert Vassilis Venizelos. «Avec un tel soutien, les citoyennes se sentiront certainement légitimées dans leur démarche et feront plus facilement le pas qu’elles n’auraient pas osé faire sinon», conclut Natacha Ribeaud Eddahbi. (24 heures)

Créé: 27.03.2018, 19h27

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