Du M-Budget vendu sept fois plus cher au restaurant

Yverdon-les-BainsUn bistrot propose des lasagnes «faites maison» sur sa carte pour 17 francs. Il s’agit en réalité d’un plat industriel acheté 2 fr. 50.

Lundi en fin d’après-midi, Big Pizza a reconnu vendre des lasagnes surgelées. L’enseigne offre «aux personnes qui ont commandé récemment une lasagne et qui se sentent lésées par cette affaire» une pizza gratuite garantie «maison».

Lundi en fin d’après-midi, Big Pizza a reconnu vendre des lasagnes surgelées. L’enseigne offre «aux personnes qui ont commandé récemment une lasagne et qui se sentent lésées par cette affaire» une pizza gratuite garantie «maison». Image: Jean-Paul Guinnard

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«Big Pizza à Yverdon-les-Bains, le meilleur de l’Italie dans votre assiette. Notre cuisine est riche et variée, comme les goûts de nos clients toujours plus nombreux. Big Pizza à Yverdon-les-Bains, c’est aussi la cuisine italienne traditionnelle, la gastronomie à portée de toutes les bourses.» Les promesses du restaurant yverdonnois sur la Toile sont alléchantes. Ce qui sort de ses cuisines l’est moins.

Jeudi dernier, une mère de famille s’est rendue dans cet établissement pour chercher des pizzas qu’elle avait commandées par téléphone quelques dizaines de minutes auparavant. En attendant de récupérer son repas, elle remarque des barquettes de lasagnes M-Budget – qui coûtent 2 fr. 50 pièce au supermarché – dans le congélateur intégré au comptoir du restaurant. «Je me suis demandé ce que ces produits faisaient là alors que, sur la carte de Big Pizza, les lasagnes au four, vendues 17 francs, se trouvent sous la mention «mets faits maison», raconte Malika Ajlani. J’ai donc demandé calmement des éclaircissements à celui qui semblait être le patron.» L’individu lui aurait sèchement rétorqué: «Et alors? Ça vous pose un problème?»

Des excuses particulières

Très énervée, et après avoir averti son interlocuteur, Malika Ajlani publie des photos et une vidéo du congélateur rempli du plat industriel sur les réseaux sociaux. Face aux centaines de partages et commentaires, le restaurant s’est d’abord exprimé sur sa page Facebook vendredi soir: «Nous savons que le scandale sur les lasagnes au four met en question l’honnêteté de notre commerce. C’est pour cela que nous aimerions nous excuser auprès de tout le monde et plus spécifiquement auprès de nos clients (…).» Par ailleurs, il expliquait chercher de plus amples informations avant de livrer sa version des faits.

Lundi matin, la direction de Big Pizza n’a pas souhaité répondre à nos questions, signifiant devoir «parler avec son avocat». Contre toute attente, l’établissement s’est finalement fendu d’un communiqué, de nouveau sur Facebook, en fin d’après-midi: «En effet, nous avons dû, par manque de débit, nous rabattre sur la gamme des surgelés pour nos lasagnes. Nous nous excusons de ne pas l’avoir mentionné, ce sera corrigé immédiatement. Aux personnes qui ont commandé récemment une lasagne et qui se sentent lésées par cette affaire, nous leur offrons avec plaisir une de nos pizzas, qui sont bien sûr garanties maison.»

Pour Malika Ajlani, les excuses du restaurant viennent un peu tard. «Mon but n’est absolument pas de descendre ceux qui y travaillent, mais je suis fille de cuisinier, argumente-t-elle. Je ne peux pas tolérer un tel comportement, car c’est toute la profession qui est salie. Les gens doivent savoir ce qu’ils mangent. C’est une question de transparence.» Reste maintenant à savoir si Big Pizza retrouvera la confiance de ses habitués. (24 heures)

Créé: 10.09.2018, 19h12

«C’est de la tromperie pure et simple»

Gilles Meystre, président de GastroVaud, ne décolère pas. Pour lui, vendre des lasagnes M-Budget tout en affirmant qu’elles sont faites maison est impensable. «Pareil agissement est intolérable! C’est de la tromperie pure et simple, ce qui est condamnable, tempête-t-il. Les charlatans qui en sont coupables méritent d’être lourdement sanctionnés, car ils ternissent l’image de l’ensemble de la profession. Aussi, ils démoralisent tous ceux qui font leur travail avec savoir-faire et passion.» Selon lui, le restaurant indélicat risquerait une amende. «C’est au préfet de décider du montant», poursuit-il.

C’est d’ailleurs notamment en raison de ce genre de comportements que GastroSuisse, la Fondation pour la promotion du goût, Slow Food CH et la Fédération romande des consommateurs (FRC), réunis au sein de l’association Promotion du Fait Maison, ont lancé le label Fait Maison. «Les restaurateurs qui veulent obtenir le label doivent entreprendre eux-mêmes les démarches et peuvent subir des contrôles inopinés, explique Gilles Meystre, qui en est également le président. On y voit trois buts: répondre au désir de transparence des consommateurs, lutter contre l’uniformisation des goûts et valoriser le savoir-faire de la gastronomie helvétique.»

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