Le nouvel avion fait rêver les spotters à Payerne

ArméePlus de 500 photographes d’aviation ont suivi la journée de test du F/A-18 Super Hornet de Boeing, mardi, sur la base aérienne de Payerne. Reportage parmi ces passionnés.

Rencontre avec Patrice Uldry, passionné d'aviation depuis près de 40 ans, qui nous explique quelles sont les qualités d'un bon spotter.
Vidéo: FABIEN GRENON

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Noël avant l’heure. Pour les spotters, ces photographes amateurs d’images d’aviation, ainsi pourrait se résumer la procédure d’évaluation de cinq nouveaux avions de chasse pour l’armée suisse sur la base aérienne de Payerne. Alors qu’ils sont régulièrement une dizaine aux abords de la principale piste de décollage de jets du pays, ils étaient plus de 500, ce mardi, pour admirer le F/A-18 Super Hornet, en test cette semaine. Il faut dire que l’armée fait les choses en grand, organisant des matinées de visites pour la presse et des après-midi de découverte pour photographes et curieux.

«S’ils décollent les deux en même temps, ce sera même Noël, Pâques et la Toussaint avant l’heure», commente Patrice Uldry dans la bise matinale de la plaine broyarde. Même si Armasuisse, chargée des essais, propose une ouverture des portes l’après-midi, de nombreux photographes sont venus dès le matin. Surnommé le «Boss» dans le milieu, le Glânois s’est posté en bout de piste 05, soit du côté de Bussy, avec deux frères broyards, Loïc et Marc Roulin. Le reste de son équipe est plus loin, à la hauteur de l’église de Morens.

Un écouteur vissé dans l’oreille droite, Loïc suit religieusement la fréquence publique de la tour de contrôle. «Pour moi, c’est comme de la musique», glisse-t-il, avant d’indiquer à ses compères que les avions se préparent. Dans un angle de la barrière installée depuis quelques années tout autour de l’aérodrome et juchés sur une échelle, les trois hommes n’ont plus qu’à attendre l’arrivée des avions en évaluation munis de leurs appareils et téléobjectifs valant plusieurs dizaines de milliers de francs.

À 10h10, alors que six F/A-18 actuels de l’armée suisse viennent de décoller, deux Super Hornet se retrouvent en bout de piste. Les avions sont stationnés à 20 mètres, avant de s’élancer, et l’odeur de kérosène est prenante. Puis les frelons s’envolent dans un bruit assourdissant. Pour le commun des mortels, difficile de différencier un avion gris-vert d’un autre. «Le Super Hornet est environ 10% plus gros, et sa principale différence visuelle est que ses entrées d’air sont carrées, alors qu’elles sont rondes sur les avions suisses, détaille Loïc Roulin. Il a aussi trois possibilités de chargement sous les ailes, contre deux actuellement.»

«Et, surtout, au décollage le nôtre semble se traîner comparativement au Super Hornet. Si l’on veut être efficace au niveau de notre police du ciel, il faut des outils adéquats», mentionne le spotter Neo-Falcon, posté au bout de la piste, avec son groupe. Tous sont des convaincus du besoin d’un nouvel avion de combat et savent que la campagne de persuasion de l’armée est déjà lancée avec cette phase de tests, voulue très ouverte, au regard des standards habituels. «Quel serait le temps de réaction si notre défense aérienne était sous-traitée à un autre pays? Et son coût? Et puis, vu la neutralité suisse, pourrait-on accorder une autorisation de tir à un pays tiers chez nous?» Telles sont les questions qui reviennent en boucle, tandis que les jets terminent la leur dans le crépitement des appareils.

Géographie de l’Europe

Il est midi et chacun peut alors recharger ses batteries autour d’un repas. Les voitures circulant sur les routes d’accès à la base arborent des plaques de tous les cantons, mais aussi d’Italie, de France, de Belgique ou d’Allemagne. «Ces journées, c’est l’occasion de réviser ma géographie de l’Europe», lâche le forestier Nicolas Bulliard, affairé à l’entretien des arbustes de compensation écologique des environs.

La réputation d’accessibilité des bases aériennes helvétiques est encore renforcée l’après-midi avec l’ouverture de la zone spotters, à l’arrière du complexe civil de Payerne Airport. Cinq cents privilégiés, inscrits dans les premiers, peuvent accéder à un espace sans grillages, avec passage prévu de l’avion devant. «C’est une belle démarche d’ouverture de l’armée mais, du coup, tout le monde aura la même photo», lâche Neo-Falcon, qui se tiendra donc un peu plus loin.

Pour ceux qui sont en bord de piste, le constructeur Boeing distribue goodies, chocolats et eau minérale. Sitôt le contrôle de sécurité franchi, chacun se poste à son endroit idéal dans l’attente du Super Frelon. Sans manquer toutefois de shooter au passage le Pilatus PC-24 de la Confédération ou d’autres F/A-18 helvétiques. «Nous ne savons pas combien de spotters n’ont pas pu obtenir de place, car le formulaire est fermé quand les 500 premières sont prises, mais il est toujours possible de prendre des photos en dehors de la zone de sécurité de la base de Payerne», précise Kaj-Gunnar Sievert, directeur de la communication d’Armasuisse. Impossible aussi de juger de l’engouement de la démarche, puisqu’elle reste très rare.

À la clé, chacun pourra publier ses clichés du F/A-18 Super Hornet sur sa page de réseau social ou son site. Et de se donner rendez-vous dès le lendemain ou pour la suite des essais. Si plusieurs ont un faible pour le Rafale, l’examen du F-35 sera aussi particulièrement attendu. «Les accès seront davantage surveillés», craignent les spotters. Chacun reviendra quand même assouvir sa passion.

Créé: 30.04.2019, 22h00

Témoignages de spotters



«Ici, les avions sont proches, le paysage est magnifique et l’armée comprend les besoins des spotters», apprécient Julio Fontana, Giorgio Bottoli et Fabio Tognolo (région de Milan).



«À l’heure de la communication numérique, c’est intelligent de la part de l’armée d’ouvrir ses portes de la sorte», note Pierre Engel (venu de Pully
en spectateur davantage qu’en photographe)



«Cette année, c’est l’une des seules occasions de voir le Super Hornet en Europe et la seule si près de la piste», se réjouit Sybille Petersen (Francfort)


Cinq candidats évalués jusqu’en juin

Cinq avions de combat sont en lice pour remplacer les Tigers et les F/A-18 de l’armée suisse. Quatre jours de tests sont prévus pour chacun, selon l’ordre alphabétique. L’Eurofighter d’Airbus était le premier sur la sellette, dès le 11 avril. La phase de sélection du F/A-18 Super Hornet de Boeing a débuté le 29 avril. Le Rafale de Dassault suivra dès le 20 mai, puis le F-35A de Lockheed-Martin le 6 juin et enfin le Gripen E de Saab à partir du 24 juin.

Pour chaque avion, Armasuisse a prévu un après-midi aux spotters et autres citoyens intéressés pour approcher l’avion respectif à l’intérieur de l’aérodrome militaire. Les places sont toutefois limitées et l’attrait du public, et surtout des photographes, est grand. «C’est un peu comme le Paléo pour s’inscrire, il faut être connecté au moment où les places sont ouvertes», commente un spotter. Armasuisse précise aussi sur son site qu’«il ne s’agit pas d’un meeting aérien. Aucune manœuvre supplémentaire, des loopings par exemple, ne sera présentée.»

Les essais incluent huit missions comportant des tâches spécifiques. Effectuées par un ou deux avions de combat, parfois en solo par un pilote étranger pour le F-35A et le Gripen E, qui sont des monoplaces, et sinon en présence d’un ingénieur helvétique, ces missions consisteront en 17 décollages et atterrissages. Elles seront axées sur les aspects opérationnels et techniques, et les caractéristiques particulières.

«L’objectif n’est pas de sélectionner le meilleur avion, mais le meilleur pour la Suisse», avait présenté Christian Catrina, délégué du Conseil fédéral pour ce dossier, lors de sa présentation. La taille de la future flotte n’est pas encore déterminée, même si les prévisions oscillent entre 30 et 40 avions de combat. Le Conseil fédéral fera son choix fin 2020 ou début 2021, et la facture totale sera de l’ordre de 8 milliards de francs, y compris la défense sol-air. La population suisse se prononcera sur cette acquisition mais pourrait ne voter que sur l’achat des avions, pour un montant estimé de 6 milliards de francs.

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