Une nouvelle histoire se dessine sous l'abbatiale de Payerne

PatrimoineLes fouilles menées depuis deux ans dans la plus grande église romane de Suisse viennent de s'achever. Ce vénérable monument national apparaît comme plus vieux et plus complexe.

L'abbatiale de Payerne a été précédée d'une villa romaine, sans doute plus grande et plus vieille que ce que ne laissaient présager les sources à disposition. Ces dernières fouilles ont en outre révélé un impressionnant cimetière médiéval, et une toute autre chronologie de cet important monument national.
Vidéo: Anetka Mühlemann, Jean-Paul Guinnard

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Voilà, c’est fini. Le sous-sol de l’abbatiale de Payerne, la plus grande des églises romanes de Suisse et le troisième monument d’importance nationale du canton, vient peut-être de livrer ses derniers secrets. Au terme d’un imposant programme de sauvegarde du bâtiment menacé dans sa stabilité (lire ci-contre), les archéologues ont été contraints de fouiller les ultimes couches encore intactes sous la nef du bâtiment. Les premières recherches viennent de s’achever, après deux ans de travaux. De quoi relancer les études sur ce monument cher aux Payernois et aux spécialistes. Mais, pour l’heure, les premiers éléments dévoilés promettent déjà de renouveler toute l’histoire du vénérable édifice.

Une villa plus ancienne et plus grande

Traditionnellement attribuée au Romain Paternus, la villa retrouvée sous l’abbatiale n’est pas si tardive que ce qu’on imaginait. Elle a été construite sur cette colline qui domine la Broye aux IIe et IIIe siècles de notre ère. Des traces inconnues jusqu’ici, plus à l’ouest du luxueux domaine, témoignent de constructions antérieures, peut-être préparatoires. Archéologue chargé des recherches, Guido Faccani imagine même une luxueuse résidence qui se serait étendue sur toute la colline payernoise, allant jusqu’au temple paroissial actuel. Autres nouvelles données, cette villa Paterniaca est restée en fonction jusqu’au VIe siècle de notre ère. Et ça tombe plutôt bien. Selon les sources historiques, c’est justement en l’an 587 que le premier évêque lausannois, Marius d’Avenches, élève un oratoire à la Vierge sur le site de la villa. On imagine désormais volontiers ce premier lieu de culte plus à l’est de l’abbatiale.

L’étonnante église intermédiaire

Les chercheurs croyaient avoir trouvé, juste sous l’abbatiale actuelle, une première église datée de la fin du Xe siècle. Selon la tradition, c’est là que reposerait la fameuse reine Berthe. La réalité est plus complexe. Il s’agit en fait d’un premier établissement, plusieurs fois agrandi entre le VIIe et le Xe siècle à en croire les datations effectuées au carbone 14. A la première église à trois nefs, une envergure rare pour cette époque, se sont ajoutées des dizaines puis des centaines de tombes. L’envergure du cimetière a même surpris les archéologues. Cet important ensemble a abrité un chapitre, ses moines et son probable cloître. Ils ont alors veillé sur les restes d’hommes illustres et de membres de la famille royale de Bourgogne: en 962, l’église est donnée par Adélaïde, fille de la reine Berthe, à la puissante maison de Cluny. La fouille a livré des tombes importantes, qui seront analysées par des anthropologues. Un moine a même été retrouvé dans sa chasuble et ses chaussures, intactes.

Un modèle pour la plus grande église d’Europe

On croyait l’abbatiale réalisée entre le XIe et le XIIe siècle. C’est faux. Elle est en réalité légèrement plus précoce: autour de l’an 1050, on construit la grande église romane autour de l’ancienne église carolingienne, elle-même peu à peu détruite. Cette nouvelle datation n'est pas anodine. Désormais, l’abbatiale broyarde peut très bien figurer comme source d’inspiration de l’abbatiale de Cluny, en Bourgogne. C’était la plus grande et la plus importante de l’Europe médiévale. Excusez du peu.

(24 heures)

Créé: 11.11.2016, 21h08

Quelle mise en valeur?

Sous ses bâches, ses échafaudages et son tumulte de chantier, l’abbatiale n’a pas fini de se refaire une jeunesse. Il reste à achever la première partie du plan de sauvegarde lancé en 2013, et devisé à 7,5 millions de francs.

C’est qu’avec le temps la structure même de l’édifice était menacée. Privée de ses arcs-boutants au XIXe siècle, lourdement restaurée au XXe siècle, la nef risquait de s’effondrer. Mais, pour le grand public, la partie visible du projet ne fait que commencer. «Il faudra encore compter avec un crédit de 1,3 million pour la restauration des façades», explique Christelle Luisier, syndique de Payerne.

Blanchies avec un glacis à base de chaux, les parois doivent retrouver leur aspect d’origine et mieux résister au temps. Ce «blanchiment» de la vieille dame fait partie d’un projet plus large visant à «recontextualiser et mettre en valeur cet édifice qui incarne l’âme de Payerne», selon les élus. Ce plan de sauvetage doit déboucher sur un sondage auprès de la population quant à la refonte de la place du Marché. «L’abbatiale a maintenant besoin d’un écrin à sa hauteur», conclut la syndique. Reste à en déterminer le plan financier, que la Commune ne pourra assumer à elle seule. Réouverture complète de l’abbatiale en 2019.

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