Nouvelles rumeurs de conflit d’intérêts à Yverdon

PolitiqueLe syndic est impliqué à titre individuel dans un projet immobilier, sur une quasi-friche urbaine. L'opposition dénonce un mélange des casquettes.

Projet vieux de plus de dix ans, Clendy-Dessous doit densifier une friche du centre-ville.

Projet vieux de plus de dix ans, Clendy-Dessous doit densifier une friche du centre-ville. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Le syndic d’Yverdon, Jean-Daniel Carrard, vit un été tumultueux. Alors que «l’affaire» du journal «La Région», privé d’une édition – pour l’instant – d’une rentable page communale suite à un courrier de protestation municipal, continue de faire des siennes, voilà une nouvelle encouble soigneusement dénichée par l’opposition rose-verte. Entre 2012 et 2015, Jean-Daniel Carrard a siégé dans le syndicat d’amélioration foncière du futur quartier de Clendy-Dessous, un projet de densification qui doit permettre de «caser» quelque 250 habitants dans cette quasi-friche en plein centre-ville.

Vieilles casseroles

Le hic? Jean-Daniel Carrard était alors municipal, puis syndic. Il était, et est encore aujourd’hui, copropriétaire de quelque 30% des prometteuses surfaces de Clendy, acquises entre 2008 et 2010 par son cabinet d’architecte. Cette double casquette était connue, et l’élu s’en est maintes fois défendu. Notamment quand le journal satirique «Vigousse» l’avait brocardé en 2010. À l’époque, le municipal Carrard et son syndic socialiste Daniel von Siebenthal avaient déminé l’affaire: les parcelles avaient été achetées bien avant les prémices du projet communal. L’architecte Carrard avait eu du flair, voilà tout.

«On était avant même la LAT. Pour des architectes, acheter des surfaces pour des projets futurs, c’est une façon de se préserver, c’est normal. Dès l’achat, tout a été scrupuleusement séparé et je n’ai pris part à aucune décision, les PV de la Municipalité le prouvent», répète Jean-Daniel Carrard, qui rappelle avoir «douloureusement» laissé son étude en 2016. Il refuse par contre de préciser s’il y possède encore des actions où à combien se monterait son bénéfice lors de la réalisation du quartier. «Ça, c’est privé», souligne-t-il.

Jusque-là, rien de nouveau. Mais cette fois, c’est le rôle de l’édile dans l’opération foncière qui est pointée du doigt dans un peu diplomate rapport de minorité, destiné au Conseil communal. En tant que copropriétaire, Jean-Daniel Carrard a représenté les particuliers et leurs intérêts, jusque dans le comité de direction du syndicat, organe en charge de mener la réorganisation des parcelles en vue du projet immobilier.

«On se demande si les intérêts de la Ville ont été correctement défendus face à ceux des propriétaires», résume le Vert Benoist Guillard. Ce syndicat était dirigé par la Ville, comme il est d’usage. D’abord par la Verte Marianne Savary, puis Gloria Capt, proche collègue de parti du syndic. Pour elle, Jean-Daniel Carrard n’a pas eu de conflit d’intérêts: les négociations sur la répartition des charges publiques-privées ont été menées entre la Ville et la commission d’experts du syndicat. Les négociations sur les parcelles ont été faites entre les propriétaires. Jamais, jurent les intéressés, le citoyen Carrard n’a fait face aux représentants de la Ville.

Pour l’opposition rose-verte, plusieurs éléments sèment le doute. Primo, les procès-verbaux des séances entre la Ville et le syndicat restent confidentiels. Deuzio, la Ville doit financer 60% des équipements (route, éclairage, etc.) dudit quartier, alors qu’un tout nouveau règlement communal prévoit une répartition à 50% pour les projets à venir. Tertio, le passage sous-voie voisin. Le promoteur du chantier de la tour «Invictus», situé juste de l’autre côté du talus où circulent les trains, finance l’ouvrage à hauteur d’un million de francs. Le reste incombera au budget public, et non au projet de Clendy. Bref, les propriétaires de Clendy s’en tireraient passablement bien.

«Je trouve ce genre d’attaques personnelles navrantes, réagit Gloria Capt. Plus qu’un conflit d’intérêts, on insinue que nous mentons.» Elle poursuit: «Comme tout milicien, Jean-Daniel Carrard a le droit d’avoir une activité professionnelle. Il est resté du côté des propriétaires, il n’a pas touché aux éventuels aspects politiques.»

La rentrée en point de mire

La défense des élus et de ce projet prioritaire pour la Ville est rapide. Les procès-verbaux du syndicat? Une entité privée aux intérêts privés. La récente taxe sur les équipements communautaires? Elle ne doit rentrer en force que dans des mois, retardant le projet de Clendy d’un an au moins s’il fallait l’ajuster. Quant au fameux passage sous-voie, l’édile en charge de l’Urbanisme rappelle qu’il était prévu sur les deniers publics de longue date, et que le promoteur d’«Invictus» a accepté de le cofinancer en contrepartie de précieuses dérogations municipales. Peu ou rien ne filtre par contre sur les discussions en face, du côté du syndicat foncier.

L’opposition fourbit déjà ses armes pour la rentrée. Tandis que le syndic lève les yeux au ciel. «Est-ce qu’on va une fois pouvoir travailler en bonne intelligence? Qu’est-ce que la gauche va encore me sortir après ça?»

Créé: 04.08.2019, 19h27

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