Les occasions manquées de stopper un enfer familial

EnquêteLe père, accusé d’avoir abusé et violenté plusieurs de ses huit enfants, et sa femme, complice présumée, étaient suivis depuis 18 ans par un vaste réseau de professionnels. Sans succès.

Les huit enfants de ce couple, modeste et déficient, ont vécu secrètement un calvaire.

Les huit enfants de ce couple, modeste et déficient, ont vécu secrètement un calvaire. Image: Jean-Paul Guinnard

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La semaine dernière, le procès d’un père vaudois et de sa femme dévoilait au grand jour l’enfer vécu par leurs huit enfants. Avec la complicité présumée de la mère, cet homme de 41 ans est accusé d’avoir abusé sexuellement et violenté durant près de douze ans plusieurs de ses filles et de ses fils. Le procureur a requis une peine de 16 ans de prison contre le prévenu qui n’a cessé de nier les faits au procès. Et 3 ans contre sa femme, elle aussi battue et abusée par son mari, qui n’aurait pas dénoncé et protégé ses enfants. La justice tranchera le jeudi 29 mars à Yverdon, mais la solidité de l’accusation semble malheureusement confirmer ce sombre tableau.

Le prévenu a nié l’entier des faits lors de son procès la semaine dernière. La mère admet partiellement.

Personne n’oubliera que seul celui qui a commis ces crimes doit être tenu pour responsable. Il n’empêche qu’au-delà de l’affaire pénale, les questions surgissent de toutes parts. Parce que cette famille a été suivie par de multiples institutions sous le mandat du Service de la protection de la jeunesse (SPJ) et sous le contrôle de la justice de paix. Malgré cela, sans le courage de l’aînée de la fratrie qui a dénoncé les faits en juillet 2015, suivie par sa sœur, nul ne peut dire si le père poursuivrait encore aujourd’hui ses actes abjects. Comment durant dix-huit ans cette famille a-t-elle pu être suivie par un réseau de professionnels sans réussir à stopper ces sévices?

Une famille méfiante

Notre enquête démarre avec le profil de ce couple qui s’est connu à l’âge de 18 ans dans un centre professionnel pour personne en difficulté. Lui est à l’AI en raison d’un retard intellectuel, mais aurait évolué avec les années, puisque l’experte psychiatre entendue en audience a constaté qu’il possède aujourd’hui un quotient intellectuel dans la norme. Elle, en revanche, a davantage de difficultés cognitives. À 20 ans, ils se marient. Entre 1996 et 2014, ils donnent naissance à huit enfants. La famille vit alors en vase clos.

Adeptes de l’Église mormone, ils se rendent le dimanche au culte. Pour des intervenants, leur lien avec cette Église apparaît au départ comme positif si cela peut leur apporter un soutien supplémentaire. Mais la rigueur du code moral de ce courant religieux s’avérera problématique. C’est que le couple refuse toute contraception et se méfie des gens de l’extérieur. Or, plus la famille s’agrandit et plus les parents sont débordés. Les fréquentes disputes entre les enfants deviennent parfois très violentes. Le père, qui aurait été abusé sexuellement durant son enfance, met au fil du temps en place un système familial où le culte du secret est de mise. Selon son expertise psychiatrique, il s’octroie tous les droits sur ses proches.

Le début des mesures

Rapidement, une curatelle d’assistance éducative est ordonnée par la justice de paix au vu de leurs difficultés à gérer leur premier enfant. Nous sommes en février 1997. Dès son intervention, le SPJ tient un journal sur la famille. Sur 150 pages rédigées en petits caractères, on retrouve tout ce qui se passe: observations et commentaires des enseignants, d’éducateurs, de psychologues ou d’assistants sociaux qui font tous partie du vaste réseau qui entoure la famille durant toutes ces années.

Depuis 2001 et sur mandat du SPJ, l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) intervient. Cet organisme, qui dépend de la Fondation Jeunesse et Familles, a pour but de pousser le père et la mère à trouver des solutions à leurs difficultés. Le fait que l’AEMO ait dû intervenir à plusieurs reprises est révélateur de difficultés des parents à travailler sur eux-mêmes.

Les premières alertes

Dans un document de 2002, le SPJ évoque déjà la violence exercée sur la mère. On y lit aussi que le sol de la maison est jonché de détritus, que lors d’une visite au domicile familial, les enfants sont «mutiques et pâles» et qu’ils ne sortent jamais. En 2003, l’aînée de la fratrie, âgée alors de 6 ans, raconte une histoire lors d’un jeu avec des marionnettes, comme le révèle le journal du SPJ. Elle décrit l’histoire d’une fillette et d’un oiseau. Et raconte qu’elle ne veut plus que l’oiseau vienne l’embêter dans son lit. Était-ce un premier signe de ce qu’elle endurait?

Plus concrètement, un rapport de 2004 de l’Espace Prévention, institution qui suit la famille depuis 2002, révèle que l’hygiène au sein de ce foyer est catastrophique, que certains enfants se plaignent de ne pas être assez nourris, mais aussi que les filles et un garçon disent recevoir des coups.

Des psychologues scolaires se sont aussi penchés sur les enfants de cette famille. Les huit ont été successivement pris en charge dans des classes spéciales. C’est dans ce contexte qu’un rapport sera remis en 2006. Que savaient les spécialistes? Il est question d’une situation problématique dans la vie quotidienne et d’une hygiène insuffisante. Ces informations ont été communiquées au SPJ, comme cela se fait régulièrement. En revanche, la terreur qui régnait au sein de la famille est restée inaccessible au regard des psychologues auxquels les enfants n’ont pas tout confié.

L’étrange avis de psys

On sait que les choses se précipitent en 2007. Dix ans après le début de la curatelle. En avril, le SPJ fait une requête de mesure urgente. La mauvaise alimentation des enfants, leur manque de prise en charge médicale et le fait que les enfants «ont été observés en train de manger par terre sur un sol jonché de déchets» sont relevés. La question du retrait de garde des enfants se pose. Les deux filles sont d’ailleurs placées momentanément dans un foyer.

La justice de paix mandate alors des pédopsychiatres pour faire un bilan de la famille. Ces experts estiment qu’il n’y a pas de maltraitances délibérées. Voici ce que le rapport conclut: «D’une manière très claire, une mesure de placement des enfants constitue un remède dont les effets secondaires sont pires que les problèmes auxquels il est censé remédier.» Le retrait de garde ne sera pas prononcé par la justice de paix. Les indices de violence sur la mère et entre enfants, le manque d’hygiène extrême, n’est-ce pas suffisant? On sait aujourd’hui que cela faisait alors déjà trois ans que le père s’en prenait sexuellement à sa fille, et peut-être déjà à d’autres enfants.

Le résultat de cette expertise étonne aujourd’hui le procureur chargé de l’affaire pénale, Christian Maire. «Je l’ai dit dans mon réquisitoire. N’est-ce pas de l’angélisme? Même s’il n’y avait que les conditions de vie affreuses, même sans les abus sexuels, n’est-ce pas étonnant de dire qu’il vaut mieux les remettre entre les mains des parents?»

Les marques de coups

L’année 2007 sera la dernière fois où les autorités se pencheront concrètement sur un éventuel retrait de la garde parentale avant 2015, estiment plusieurs avocats. Le suivi intense de la famille ne s’arrête toutefois pas là. Et les signaux d’alarme se multiplient. En mai 2009, le SPJ signale de nouveau des problèmes. Selon l’acte d’accusation, on apprend là que le père montre des films pornographiques à certains de ses enfants. Il leur dit qu’il est possible de faire l’amour dès 12 ans.

À plusieurs reprises, des marques de violence à l’encontre des enfants sont observées. L’école signale des traces de coups sur un des petits garçons dans un bilan de 2011. En mars de la même année, les bleus et griffures sur le même garçon alors âgé de 6 ans sont aussi relevés par la Fondation Entre-Lacs, qui dispense des prestations d’enseignement et d’éducation spécialisée. Selon une pièce du dossier dont nous avons pris connaissance, le SPJ estime alors que les infos signalées sont insuffisantes pour dire qu’il y a infraction pénale.

La Fondation Petitmaître, qui a effectué un suivi éducatif des enfants et des parents durant les pauses de midi ou après l’école de 2004 à 2012, a communiqué au SPJ, comme elle est tenue de le faire, ses observations. Selon les éléments à notre disposition, elle a relayé la présence de marques pouvant être reliées à des coups, mais aussi des négligences d’hygiène et des retards de développement. Aujourd’hui, on sait que les deux parents frappaient régulièrement leurs enfants.

Parce que certains membres de la fratrie avaient des retards scolaires, le service de l’enseignement spécialisé (SESAF) avait mandaté la Fondation de Verdeil pour effectuer une mesure d’accompagnement précoce. Le but était d’aider et de stimuler ces enfants dans leur développement et d’accompagner également les parents. Dans ce dossier, là aussi l’institution a fait part au SPJ de problèmes. Ce dernier relève, dans un rapport de 2013, qu’un des garçons a reçu des coups de pied et des coups de poing de la part de ses deux parents.

Les conséquences sur le développement des enfants sont repérées. La Fondation Petitmaître, qui suit cette famille entre 2004 et 2012, parle de «carences affectives considérables, de troubles de socialisation, de troubles du langage et du comportement, de problèmes d’alimentation et d’énurésie, d’un manque d’hygiène et de traces de coups», résume l’acte d’accusation.

Les signes d’abus

Les abus sexuels sont certainement restés les plus cachés dans cette maison où le père aurait menacé les enfants de mort s’ils parlaient. Selon l’acte d’accusation, l’aînée aurait commencé à parler d’abus sexuels à partir de 2005, alors qu’elle avait 9 ans. La fillette a-t-elle parlé à sa mère? Cette dernière le conteste. La mère admet toutefois qu’en 2013, sa fille aînée lui avait fait part des abus. Selon son avocat, Me Laurent Gilliard, la prévenue n’aurait pas transmis cette information au SPJ ou à une quelconque autorité. Pourquoi?

La mère a expliqué lors de l’instruction avoir parlé au SPJ, entre 2008 et 2011, de ses craintes par rapport au comportement sexuel de son mari envers elle. L’assistant social lui aurait répondu de suivre une thérapie de couple, confirme son avocat. «Dans une pièce au dossier de 2011, on voit pourtant qu’un intervenant estime les craintes de ma cliente fondée», relève son défenseur. Alors en 2013, lorsque sa fille l’appelle à l’aide et lui parle des viols quasi quotidiens qu’elle subit, elle n’aurait rien dit. N’ayant pas été crue auparavant, elle aurait lâché prise, soutient la défense.

Des signes, il y en a eu d’autres et ils apparaissent, selon nos informations, dans plusieurs rapports. Comme en mars 2015, lorsqu’un des garçons de 6 ans se masturbe en classe. Selon l’accusation, on estime aujourd’hui que deux filles ont été abusées, l’une de 8 à 17 ans, l’autre de 12 à 18 ans. Mais aussi que plusieurs garçons ont subi des actes sexuels. La sexualité totalement débridée de ce foyer a fait beaucoup de ravages.

Selon l’acte d’accusation, l’AEMO a remis un rapport final le 9 février 2015, soit lors de la fin du suivi décidé avec le SPJ après entretien avec la famille. Tenu de transmettre ses observations au SPJ, l’AEMO a, selon nos informations, fait des remarques sur des difficultés matérielles, des manquements dans l’hygiène ainsi que des suspicions de relations difficiles et violentes entre les enfants. Les intervenants n’ont pas subodoré l’existence des abus sexuels du père ni les actes de violence commis par les parents. Seuls les soupçons d’attouchements entre deux des enfants, mentionnés pour l’année 2014 dans l’acte d’accusation, apparaissent dans le mandat de la dernière intervention de soutien éducatif qui s’est terminée en février 2015. Globalement les éducateurs ont fait toutefois part de leur inquiétude sur l’évolution de cette famille. Tous ces enfants aux comportements sexuels hors norme n’ont-ils pas mis la puce à l’oreille de quelqu’un?

Deux petits inquiètent

Dans un autre registre, en 2015 toujours, la mère interrompt de son propre chef le traitement médical d’une des filles. Lors d’une visite, le SPJ constate «l’odeur pestilentielle» qui règne dans la maison. «En mai 2015, le SPJ est inquiet du comportement de deux des enfants et propose un placement», explique la première juge de paix du district de la Broye-Vully, désormais chargée de l’affaire. Il y a eu une audience fin juin 2015.» Tenue au secret sur le contenu du jugement, elle n’en dira pas plus. Celui-ci n’ayant pas été rendu, puisque dans l’intervalle elle a eu connaissance du dépôt de plainte des deux aînées et a ordonné immédiatement le retrait de l’autorité parentale du couple et le placement de l’ensemble des enfants.

Ce n’est finalement que le 21 juillet 2015 que le calvaire s’arrête. Ou presque. La plus âgée des filles décide de révéler l’horreur. Le SPJ dépose une plainte. Sa sœur la suit. Mais se rétracte par la suite, avec l’aide de sa mère ou d’une personne de l’Église mormone. Le flou subsiste. La police, le Ministère public et la justice de paix sont actionnés. Le père de famille est incarcéré.

En prison puis libéré

On pourrait croire les enfants enfin à l’abri. Après une première demande de libération refusée, le père incestueux ressort de prison le 15 février 2016, soit environ 7 mois après son incarcération. «L’expertise psychiatrique effectuée indiquait que le risque de récidive était limité au milieu familial, indique le procureur, Christian Maire. Il a donc été libéré mais les visites des enfants ne devaient se faire que sous surveillance. Le prévenu s’était engagé à cela.»

Le père vit alors dans un hôtel à Moudon. Le 9 octobre 2016, la visite d’une de ses filles vire au cauchemar. Selon l’accusation, le quadragénaire l’aurait violée. Des avocats s’étaient battus pour qu’il reste en détention. Aujourd’hui, le terme «d’erreur judiciaire» est aussi évoqué. «Il a été relâché sans aucune mesure judiciaire, il ne s’agissait que d’un engagement moral qu’il avait fait de ne pas voir ses enfants sans surveillance», s’insurge une source anonyme. Le 1er décembre 2016, le père incestueux s’est de nouveau retrouvé derrière les barreaux. Il n’est plus jamais sorti depuis.

Loyauté et discrétion

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi a-t-il fallu attendre la plainte pénale pour éloigner ces enfants de leur bourreau? Les parents ont caché la réalité, mais de là à penser qu’ils étaient capables de manipuler les intervenants du réseau, cela paraît peu crédible, estiment nombre de nos interlocuteurs. Le père avait toutefois une énorme emprise sur ses enfants, entre autres en usant de menaces. Ils étaient méfiants avec les personnes qui les aidaient et ne collaboraient pas toujours bien. La grande loyauté des enfants a certainement joué aussi un rôle. Les enfants avaient beaucoup de peine à dire du mal de leurs parents. Certains parlaient, puis se rétractaient. Mais n’est-ce pas souvent le cas lors d’abus?

Dans cette affaire, les observations et signalements se sont multipliés de façon extraordinaire. Avocate d’une des filles, Me Maëlle Le Boudec explique: «Il n’y a pas eu un moment précis où tous les éléments seraient sortis mais plutôt toute une série de signes qui ont pu ou auraient dû mettre la puce à l’oreille dans ce dossier.» Mais alors qu’est-ce qui a empêché qu’une décision forte soit prise de la part d’une des autorités?

Trop d’intervenants?

La multiplication des intervenants autour de cette famille, le fait que plusieurs personnes du SPJ aient eu en main ce dossier, comme plusieurs juges de paix en raison des déménagements de la famille, interroge. «Il est possible que personne n’ait eu une vision d’ensemble et que personne ne chapeautait ce dossier hors norme», relève anonymement une source du dossier.

Un autre élément a, selon nos informations, posé problème. Le SPJ aurait fait part de sa crainte que la mère continue à avoir des enfants s’il était décidé d’en placer certains. Par ailleurs, placer huit enfants n’est pas aisé. «Je pense que s’ils n’avaient eu que un ou deux enfants, ils auraient été placés», commente une source du dossier.

Les juges ont suivi

Et les juges? N’ont-ils rien perçu? Depuis 1997 et l’instauration de la curatelle d’assistance éducative, le tuteur général puis le SPJ devaient rendre chaque année un rapport à la justice de paix. «Ce type de rapport résume les objectifs, les mesures prises et si ces premiers ont été atteints», explique la première juge de paix du district de la Broye-Vully.

Elle poursuit: «Dans cette affaire, jusqu’à l’annonce du dépôt de plainte en 2015, nous avions des rapports annuels du SPJ qui, certes exigeaient que les mesures soient poursuivies, mais qui ne demandaient pas de mesures plus contraignantes. Se basant sur les rapports du SPJ, la justice de paix a jugé que les mesures étaient donc adéquates.» Le SPJ n’avait-il pas mesuré l’ampleur des problèmes ou ses rapports n’étaient-ils pas assez alarmistes? Difficile de le savoir. Tout en confiant sa tristesse face à une telle affaire, la juge de paix s’interroge: «Il y a peut-être eu des failles dans les informations au niveau de tous les intervenants.»

La semaine dernière, le chef du SPJ, Christophe Bornand réagissait dans 24 heures: «Évidemment, avec le recul, on se dit que le système mis en place a loupé quelque chose à un moment donné.» Jeudi, il n’a pas souhaité nous répondre (lire encadré).

L’incompréhension

Pour le défenseur du prévenu, Me Loïc Parein, «il est compliqué d’évaluer la qualité du suivi à l’époque sur la base d’informations récoltées par la suite. Il paraît néanmoins légitime de s’interroger: la survenance d’un tel cas est-elle synonyme d’un dysfonctionnement? Il est vrai que le SPJ réagit parfois sinon trop du moins très vite. Les droits parentaux sont alors restreints au nom du principe de précaution. La décision reste en tous les cas difficile lorsqu’il s’agit d’enfants.» Défenseur de plusieurs enfants, Me Xavier Rubli rappelle: «Le plus important aujourd’hui est de protéger ces enfants.»

Une chose est sûre: aujourd’hui, pour beaucoup, l’incompréhension est grande. Selon certaines sources, les employés de l’Office des curatelles et tutelles professionnelles, qui suivent désormais les enfants, sont choqués, voire en colère. Frédéric Vuissoz, chef de l’office, reste prudent sur ce point: «Ce que je peux dire, c’est que nous héritons d’une situation, nous la découvrons et notre mission est d’y faire face pour le bien des enfants.»

«Un massacre»

L’état dans lequel les enfants ont été retrouvés en juillet 2015 a suscité l’indignation. Tous souffraient d’un manque d’hygiène et de soins médicaux, la majorité d’un trouble du langage et certains de déficience mentale. L’une des filles était si sale, «dans chaque interstice», qu’elle faisait penser à un enfant sauvage, nous confie une source. Les enfants n’avaient ni vêtements ni chaussures adaptées. Ils étaient couverts de poux et avaient des problèmes de gale. Un vrai «massacre» pour ces enfants, estiment certains. Aujourd’hui, leur santé psychologique est très inquiétante.

Créé: 17.05.2019, 10h01

Le chef du SPJ ne parle plus

Le déroulement des faits et les multiples interventions de spécialistes amènent à poser des questions précises: à plusieurs reprises, des signes inquiétants auraient pu aboutir à une intervention forte afin de mettre un terme au calvaire vécu par les huit enfants de la famille.

Étaient-ils jugés insuffisants et pourquoi? Comment ont-ils été interprétés? Les intervenants étaient-ils trop nombreux dans cette affaire, un manque de vue d’ensemble a-t-il pu engendrer de l’aveuglement? Ces questions, nous voulions les poser à Christophe Bornand, chef du Service de protection de la jeunesse (SPJ), qui s’était déjà exprimé dans nos colonnes en marge du procès des parents. Non pas dans l’intention d’incriminer ce service uniquement. Mais comme le SPJ se trouve au centre de la nébuleuse des acteurs du dossier, c’eût été l’occasion de donner un éclairage sur les «occasions manquées» que le tableau des faits met en évidence. Un rendez-vous était fixé à jeudi matin en vue d’une interview. Mais il a été annulé, alors même que Christophe Bornand a accordé un entretien au Matin, paru mercredi. Pourquoi? Cesla Amarelle, cheffe du Département de la formation et de la jeunesse, dont dépend le SPJ, a décidé de mettre un terme à la communication avant le jugement des parents qui interviendra jeudi 29 mars. Avec ses collègues Pierre-Yves Maillard (Santé) et Béatrice Métraux (curatelles et tutelles), elle entend tirer les leçons de cette affaire. Une décision devrait être annoncée une fois que le jugement sera connu. PHM.

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