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Des pailles en roseau comme option durable au plastique

Une société yverdonnoise lance un projet mêlant écologie et réhabilitation psychosociale. Ses modèles réutilisables intriguent des mammouths de l’événementiel.

Constance Denis et Laurent Schönmann souhaitent augmenter leur production de pailles naturelles malgré des circonstances actuelles difficiles en raison du coronavirus. Ils ne manquent pas de motivation.
Constance Denis et Laurent Schönmann souhaitent augmenter leur production de pailles naturelles malgré des circonstances actuelles difficiles en raison du coronavirus. Ils ne manquent pas de motivation.
JEAN-PAUL GUINNARD

Proposer des pailles réutilisables aux consommateurs en pleine épidémie de coronavirus n’est pas chose aisée. Paille&Co, jeune société basée à Yverdon, soutenue par la Ville, en sait quelque chose. Ses fondateurs, Laurent Schönmann et Constance Denis, tous deux infirmiers indépendants, ont dû roder leur discours sur l’hygiène de leur produit 0% plastique et 100% roseaux de la Grande Cariçaie, sur la rive sud du lac de Neuchâtel.

Questionnés régulièrement sur le nettoyage de leurs pailles, qui passent de cocktail en cocktail et donc de bouche en bouche dans les établissements et événements partenaires, ils se veulent rassurants et sourient: «Tout est fait artisanalement et nous utilisons une solution à base de vinaigre blanc. Des échantillons aléatoires sont régulièrement testés dans un laboratoire de bactériologie et il n’y a jamais eu de problème.»

Vous êtes rassuré? Tant mieux. Car le couple, à la ville comme aux affaires, compte bien faire de son produit disponible en plusieurs tailles un incontournable des bistrots et des manifestations. Dans la cité thermale d’abord, puis à Neuchâtel prochainement. «Ensuite à Lausanne, mais nous n’y sommes pas encore», s’amuse Laurent Schönmann. Dans ses petits locaux situés dans la Maison des Associations, le duo emploie et accompagne une dizaine de personnes souffrant de troubles psychosociaux chaque jeudi. «Ce sont des patients en situation de fragilité psychiatrique, poursuit Constance Denis. Nous voulions proposer une activité de réhabilitation de type travail qui mêle écologie et lien social.»

Sortir les patients de l'isolement

«Ce projet fait totalement sens et sort de l’isolement des gens qui vont relativement bien mais qui ne trouvent pas de structure adaptée à leurs besoins», renchérit Laurent Schönmann. Ce dernier estime que le plastique à usage unique vit ses derniers instants, tant les volontés politiques évoluent et les solutions de remplacement fleurissent sur le marché. «Quand j’ai approché la Grande Cariçaie pour parler de la possibilité d’utiliser les roseaux qui y poussent naturellement, j’étais surpris d’apprendre que j’étais le premier à le faire, reprend-il. C’est une plante creuse, il est donc possible de s’en servir pour boire sans grande transformation.»

L’Association Grande Cariçaie a soutenu le projet de Paille&Co et la laisse s’approvisionner en matière première gratuitement. Un arrangement gagnant-gagnant, puisque la structure doit régulièrement faucher des surfaces pour limiter la progression de la forêt. «Une progression certes naturelle, mais qui met en danger les plantes et animaux liés aux milieux non boisés», assure-t-elle dans son dernier bulletin d’information publié vendredi.

«Nous avons inclus des patients dans le fauchage, pour qu’ils puissent travailler le produit de A à Z, mais cela n’a pas été une mince affaire, se souvient Laurent Schönmann. Je me suis retrouvé parfois à le faire de nuit, une lampe frontale sur la tête, avec de l’eau jusqu’aux genoux. J’ai même perdu 5 kilos. Au total, nous avions près de 4500 m2 à nettoyer. Je vous laisse imaginer…»

Ce travail fait entièrement à la main – sans sous-traiter aucune étape – et les roseaux donnés par la Grande Cariçaie permettent à la société yverdonnoise de pratiquer des prix compétitifs. «Nous proposons un système de location à nos clients, dit en souriant son fondateur. Le premier mois est gratuit, ce qui permet au bar de définir ses besoins. Ensuite, un contrat annuel est signé et une paille coûte en moyenne 7 centimes pièce, contre 1 fr.50 à l’achat. Nous nous occupons aussi de les nettoyer et de les remplacer.»

Augmenter la production

Pour augmenter sa production de pailles naturelles et pour répondre à la demande des patients toujours plus nombreux à vouloir intégrer la structure, le couple à la tête de Paille&Co souhaite trouver des locaux plus grands. «Nous aimerions vraiment rester à Yverdon, confie Laurent Schönmann. Mais les espaces de travail libres ne courent pas les rues.» Le duo souhaite aller vite, un grand festival vaudois ayant fait part de son intérêt pour le produit nord-vaudois qui peut être personnalisé à la demande grâce à une machine de gravure au laser. «C’est sûr que si l’on nous en commandait 10'000 d’un coup, les affaires démarreraient réellement», dit-il, sans masquer son enthousiasme.

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