Le papy du culturisme était un pro du dopage clandestin

Yverdon-les-BainsUn ex-champion de bodybuilding avait aménagé une salle d’injection dans son fitness yverdonnois. Un business qui a duré des années.

L'accusé s'est défendu en invoquant le dopage généralisé autour de lui dans le milieu du culturisme. Le Tribunal lui a rappelé que le rôle de gérant de fitness était la promotion de la santé, pas la mise en danger d'autrui.
ILLUSTRATION PRETEXTE

L'accusé s'est défendu en invoquant le dopage généralisé autour de lui dans le milieu du culturisme. Le Tribunal lui a rappelé que le rôle de gérant de fitness était la promotion de la santé, pas la mise en danger d'autrui. ILLUSTRATION PRETEXTE Image: Corbis/Brian Cahn

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C’est à se demander s’il ne vaut pas mieux être musclé comme un flan aux pruneaux. Mardi paraissait devant le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois le vieux propriétaire d’un fitness yverdonnois. Cet ancien champion de Suisse de bodybuilding avait transformé son arrière-salle en véritable laboratoire pharmaceutique. Au terme d’une longue enquête, les inspecteurs y avaient trouvé une petite caverne d’Ali Baba de la gonflette aux stéroïdes: des centaines de seringues, d’aiguilles, de stylos injecteurs, avec leur lot de produits dopants allant des doses d’hormones aux anabolisants, aux vitamines, en passant par les destructeurs de graisses. Certains étant interdits en Suisse.

L’accusé, aujourd’hui retiré des affaires et gentil soutien de sa vieille mère à l’étranger, a d’abord assuré qu’il n’avait fait que de s’occuper de lui et de son fils, également adepte du culturisme.

Ce qui est assez piquant: le fils, champion du monde de sa catégorie, s’était érigé autrefois contre les produits dopants, disant publiquement qu’il boutait hors de son fitness quiconque en parlait. Visiblement pas. Lui-même a fait l’objet d’une autre instruction.

Face à la Cour et surtout face aux saisies dans les frigos triplement verrouillés de son fitness et à son domicile (la liste fait trois pages en tout), le père a toutefois reconnu les faits. Pendant des années, devenant un professionnel des injections et des programmes dopés aux seringues, le désormais retraité a prodigué directement conseils, produits, traitements intraveineux à une longue liste de clients et de compétiteurs. Il s’approvisionnait en partie en Italie avant de revendre ses produits plus cher en Suisse, le plus souvent sous le manteau.

Inculpé, entre autres, pour exercice illicite d’une profession de la santé, l’Yverdonnois d’adoption était visiblement devenu une petite référence, proposant produits de traitement contre les effets secondaires (le foie notamment), substance vétérinaire ou contre le cancer du sein. «Mais uniquement à des adultes pleinement conscients et majeurs», a-t-il précisé.

Le sommet de l’iceberg

L’ampleur du business? «On ne saura jamais, nous avons sans doute seulement la partie visible de l’iceberg. Au bout d’un moment, il a fallu s’arrêter à quelques cas», précise le procureur Laurent Contat, devenu spécialiste en la matière.

Pour lui, le fitness yverdonnois, où cohabitaient jeunes amateurs de la gonflette et accrocs aux compétitions, est au centre d’une des plus grosses affaires de ces dernières années dans le canton.

Dénoncé par un concurrent – «qui, lui, continue de faire des compétitions, je l’ai vu dans le journal», soupire le prévenu –, le propriétaire du fitness a plaidé la pression des adeptes: «Dans ce milieu, le dopage est constant, mais moi j’ai toujours été une personne honnête.»

«Vous êtes parfaitement au courant des effets secondaires de ces médicaments depuis les années 80. Votre rôle de propriétaire de fitness, c’est la santé des gens. Or, vous avez infligé ces produits, y compris à votre propre fils, dans une course aux muscles. Vous avez mis des gens en danger», a asséné le président du tribunal.

En l’état, selon le procureur, les anciens clients se sont seulement plaints de rares courbatures après les injections. «On a toutefois tous vu le cas de ce jeune Tessinois retrouvé mort à Padoue après une compétition de culturisme.»

Pour la Cour, on peut parler d’agissements en bande, un facteur aggravant de la loi fédérale sur l’encouragement du sport et de l’activité physique, laquelle permet justement de combattre le dopage sportif et amateur.

«Une loi qui reste récente (ndlr: elle est entrée en vigueur en 2011), argumente l’avocat de la défense. Pour mon client, entouré pendant 40 ans de personnes qui agissaient de la sorte, comprendre que certains médicaments étaient tout d’un coup interdits n’a pas été très simple.»

Le tribunal a suivi intégralement le Parquet, condamnant le retraité à 18 mois avec sursis, 30 jours-amendes à 40 francs, ainsi qu’à une amende de 1000 francs.

Créé: 01.10.2019, 17h47

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