Des partitions de grande valeur finissent à la benne

Yverdon-les-BainsUn commerçant a jeté pour des milliers de francs de partitions. Ni la Bibliothèque ni le Conservatoire de la ville ne pouvaient les accueillir.

Le magasin de Vincent Liaudet est tristement vide sans ses milliers de partitions.

Le magasin de Vincent Liaudet est tristement vide sans ses milliers de partitions. Image: Jean-Paul Guinnard

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Le magasin de Vincent Liaudet, Musique et Son, est tristement vide. Les lourdes étagères jadis remplies de feuillets musicaux en tout genre ne sont plus. Seules subsistent encore leurs empreintes sur la moquette, marquée à vie par le poids de milliers de notes posées là, des dizaines d’années durant.

Mais que les mélomanes se rassurent: le propriétaire des lieux ne cesse pas son activité. Il se réoriente. Vincent Liaudet se consacrera désormais entièrement à la restauration d’anciens instruments à vent et à leur commercialisation. Il arrête donc définitivement la vente de partitions «qui ne rapportent plus un sou aux commerçants à cause des possibilités de commandes sur internet».

400'000 francs au total

En 40 ans d’activité, le vendeur passionné a accumulé «les œuvres musicales», comme il les appelle. Il en comptabilisait des milliers, dont certaines signées par des noms illustres, d’autres par des professeurs qui s’adressent à ceux qui débutent la pratique de leur instrument. Au total, Vincent Liaudet estime la valeur de son véritable trésor à 400'000 francs. «Ce n’est pas seulement une question d’argent, insiste-t-il. Ces partitions ont aussi une grande importance culturelle.»

Bien décidé à aller de l’avant, le commerçant s’est adressé à la Ville d’Yverdon dans le but de «donner gracieusement» ses montagnes de livres. «Je ne voulais pas les jeter à la poubelle, explique-t-il. Le Service de la culture est venu voir ce que je possédais et son chef, Raphaël Kummer, a ensuite contacté la Bibliothèque publique et scolaire d’Yverdon et le Conservatoire de musique du Nord vaudois (CMNV) pour trouver un espace de stockage. Mais aucune des deux institutions n’a souhaité recevoir mon don. Des milliers de francs ont donc fini à la benne à papier.»

Locaux exigus

Contacté, Jacques Hürni, directeur du Conservatoire de musique du Nord vaudois, assure qu’il n’en est rien: «Ce n’est pas que nous ne voulions pas accueillir toutes ces partitions. Nous n’avons malheureusement pas la place pour le faire. Nos locaux sont ce qu’ils sont et notre petite bibliothèque, qui est à disposition des professeurs et des étudiants, est déjà archibondée.»

Vincent Liaudet entend difficilement ces explications. «Jacques Hürni n’est pas venu dans mon magasin pour estimer mon offre», confie le commerçant. A-t-il procédé à la légère? «Je connais bien le magasin en question et je vois très bien la quantité de partitions qu’il y avait sur les étagères, tempère le directeur du Conservatoire. Bien évidemment, elles nous auraient été utiles. Mais je le répète: nous n’avons pas la place pour les stocker, et c’est regrettable.»

Du côté de la Ville, on estime que Vincent Liaudet n’a pas été clair dans ses intentions: «Il nous a envoyé une lettre le 24 janvier dernier, précise Carmen Tanner, municipale de la Culture, qui s’est expliquée sur le sujet lors de la dernière séance du Conseil communal. Il n’a jamais dit précisément s’il attendait une compensation financière ou pas en échange de son geste.» Concernant la Bibliothèque et le Conservatoire, la municipale abonde dans le sens de Jacques Hürni. «La problématique était la même dans les deux endroits, poursuit-elle. Il n’y a pas assez de place et pas assez de ressources humaines pour faire le catalogage et l’indexation des partitions.» En outre, Carmen Tanner explique que la Bibliothèque publique et scolaire n’a déjà pas assez d’espace pour les livres dont devrait disposer chaque élève: «Il doit y avoir dix livres par élève selon la loi, et nous sommes à huit.»

Vincent Liaudet, lui, regrette que les autorités n’aient pas utilisé un local communal pour entreposer ses partitions en attendant de savoir quoi en faire: «Qu’on regarde une composition de Bach dans un an ou dans cinq, cela ne change rien: cela reste du Bach.» La municipale de la Culture n’est pas passée à côté de cette option. Toutefois, elle ne l’a pas convaincue. «Est-ce que dans cinq ans elles seront encore utiles? Les professeurs de musique ont leur propre filière pour se procurer leurs partitions, et, aujourd’hui, tous en utilisent des numériques.» (24 heures)

Créé: 12.10.2018, 08h19

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