A Payerne, les prostituées se font discrètes

EnquêteLa Ville a tordu le cou à la majorité des salons. Le milieu n’a de loin pas déserté la place pour autant.

A Payerne, le salon Z’N fait partie de ceux qui tentent de passer en affectation commerciale pour rester en activité.

A Payerne, le salon Z’N fait partie de ceux qui tentent de passer en affectation commerciale pour rester en activité. Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«NEW Sofia coquine», «Belle blonde Michelle», «Jessica, 40 ans, sans limites», «Zara, dominicaine, doce ( sic ) sensuelle. Pour la 1re fois à Payerne, dernier étage». Sur les sites spécialisés, les petites annonces s’égrainent encore et encore. Des dizaines en un mois, un peu comme un catalogue.

Un an après l’entrée en vigueur du règlement communal destiné à réguler la prostitution dans la cité de la reine Berthe, devenue avec les années un haut lieu du sexe tarifé en Suisse romande, l’activité ne semble pas à première vue avoir disparu du centre-ville. Et pourtant. Le Butterfly ne répond plus. Les étages de l’honnête King’s Pub sont vidés de leurs photos dénudées. La rue de Savoie est vouée par son propriétaire à être requalifiée et, officiellement, il ne se passe toujours rien dans les caves du cabaret qui fait face à la gare. Début juin, l’Exécutif payernois communiquait avoir fermé dix-sept maisons closes sur les vingt-cinq qui avaient été inspectées en décembre dernier.

La demande est là

«La Ville voulait faire disparaître la prostitution, eh bien elle a juste déménagé, rétorque, la voix rauque, un tenancier actif sur la place. La demande est encore là. Et il y a du coup toujours le même nombre de filles. Une cinquantaine. Soit dans quelques gros salons que la Commune n’arrivera pas à fermer, soit un peu partout. Elles reçoivent dans les hôtels, chez des amies, via Airbnb. Ou très discrètement dans leurs trois-pièces. Plutôt que de verser une part au gérant, elles paient d’autres personnes. Est-ce que c’est mieux?»

C’est le résultat d’une longue saga. Voté en décembre 2014, suite à une intervention du Parti socialiste local et à des plaintes répétées de certains riverains, le règlement payernois visait à rendre l’exercice de la prostitution difficile, voire impossible dans le centre-ville. Sauf dérogation, l’activité a été interdite dans les bâtiments ou zones affectées à l’habitation, ainsi qu’aux abords des édifices scolaires et des lieux de culte. Autrement dit, presque partout. Les tenanciers ont fini par voir leur recours débouté en 2016 par le Tribunal fédéral. Celui-ci reconnaissait l’intérêt public prépondérant du règlement, tout en relevant la nécessité d’un contrôle concret de l’application, et surtout de son interprétation.

Pour sauver leur tête, les salons encore ouverts sont en procédure de régularisation ou tentent la voie judiciaire. Leur piste? Faire affecter leurs édifices en zone commerciale, et prouver qu’ils ne dérangent pas. «Il faut démontrer que les normes incendie et de parking sont respectées, commence l’avocat lausannois Franck Ammann, qui représente trois tenanciers. On travaille sur la question de la tranquillité: en quoi une prostituée discrète qui reçoit un client qui veut justement être discret impacte-t-elle le voisinage? Et sur l’affectation, vu l’ancienneté de l’utilisation de certains établissements, on peut considérer qu’ils sont de fait affectés de manière commerciale.»

Encore trop tôt

A ce petit jeu, et à entendre les acteurs de ces milieux traditionnellement discrets, les établissements ayant une licence de débit de boissons ou justement une affectation commerciale sont bien partis pour s’en tirer. Au contraire des «petits» salons, comme celui de la joviale Janine Capone, installé dans une rue d’habitation proche du centre. Elle a fait recours. «A mon avis, les effets de ce règlement sur la clandestinité ou le report sur les alentours de Payerne et en zone industrielle ne sont pas encore visibles. C’est trop tôt. Mais moi, est-ce que je dérange? Nous sommes trois à travailler honnêtement ici, dans une rue qui n’est pas que résidentielle. Il y a une boucherie, un PMU et un théâtre. Apparemment, mon donjon BDSM (ndlr: sadomasochiste), installé dans une ancienne boutique, peut rester. Mais pas les appartements voisins. Et je n’ai pas assez de moyens pour payer encore des avocats. Alors, les filles vont devenir quoi? Aller à la rue?»

La Commune, elle, se dit «satisfaite» pour l’heure. «Il y a encore des procédures, on ne commente pas plus en avant», avance le municipal de la Police, André Jomini. «Personne ne s’est plaint pour l’instant de quelconque salon clandestin. De toute manière, on est confiant: ils sont en général rapidement dénoncés par leurs concurrents.»

Créé: 28.06.2017, 06h59

Articles en relation

Peine réduite pour le meurtrier d'une prostituée à Payerne

Procès Le Tribunal cantonal vaudois a condamné un homme de 35 ans à 14 ans d'emprisonnement au lieu de 16, pour meurtre. Plus...

Confiner les prostituées, une décision à risques

Lausanne Fleur de Pavé, association qui défend les droits des travailleurs du sexe depuis vingt ans dans le canton, a listé les problèmes que causerait la réduction du périmètre de prostitution. Plus...

Payerne gagne son bras de fer contre les salons de massage

Prostitution Le Tribunal Fédéral déboute les gérants de salons qui s’opposaient à une réglementation «trop stricte» de leur activité. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.