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Le père incestueux condamné, l’enquête de l’État peut débuter

Le Tribunal criminel a infligé jeudi 18 ans de prison au père de huit enfants jugé pour plus de dix ans d’abus sur plusieurs d’entre eux.

Le condamné à son arrivée jeudi au Tribunal de la Broye et du Nord vaudois à Yverdon.
Le condamné à son arrivée jeudi au Tribunal de la Broye et du Nord vaudois à Yverdon.
VANESSA CARDOSO

«Pour les enfants, c’est le mot de la fin de cette terrible histoire. Ils sont enfin reconnus dans leur statut de victime. Ils seront protégés car leur père est neutralisé pendant un certain nombre d’années.» Au côté de plusieurs des huit enfants du condamné, l’avocat Xavier Rubli espère que ceux-ci pourront maintenant se reconstruire.

Le jugement du Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois rendu jeudi à Yverdon considère que les deux filles et le fils venus témoigner au procès ont dit la vérité. Que les deux demoiselles étaient âgées de respectivement de 12 ans et de 8 ans au début des agissements de leur père. Que ceux-ci ont duré près de douze ans. Les récits des enfants étaient d’autant plus poignants que leur père ne cessait de nier tout comportement sexuel répréhensible à leur égard. Il est allé jusqu’à dire que ce qui les a traumatisés, c’est d’avoir été séparés de leur famille à cause de cette histoire.

Une très lourde peine

Le tribunal a donc infligé 18 ans de prison à ce quadragénaire vaudois. Sa culpabilité a été jugée comme étant extrêmement lourde, ses fautes gravissimes au regard du nombre de victimes et de leur durée. Il a été reconnu coupable notamment de viol, d’inceste, de contrainte sexuelle et d’actes d’ordre sexuel avec ses enfants et aussi sur son épouse.

Présidée par l’ancien procureur Donovan Tesaury, la cour d’Yverdon s’est montrée plus sévère que le Ministère public représenté au procès par Christian Maire. Ce dernier n’avait en effet requis «que» 16 années de prison contre «cet être bestial, primitif, frustre, représentant un grand danger pour les siens».

Le jugement prononcé est particulièrement accablant. Il décrit l’intéressé comme un «être écœurant qui s’est comporté en tyran domestique alors qu’il prétend être un père aimant, mais a agi par pur égoïsme». Et d’ajouter: «Pour échapper à la justice, il a habilement manœuvré en créant une chape de plomb autour de sa famille.» À l’écoute attentive du président, l’homme s’est contenté de secouer la tête comme pour indiquer qu’il ne serait pas l’auteur des faits reprochés.

La peine prononcée aurait été de 20 ans si l’intéressé n’avait été gratifié par les psys d’une diminution de sa responsabilité pénale. Il a été astreint à suivre un traitement thérapeutique.

Selon les experts, cet homme sait très bien ce qui est interdit, y compris l’inceste. Il est capable de reconnaître intellectuellement ce qui est licite de ce qui ne l’est pas. Il demeure que ce chef de famille appartenant à la communauté mormone n’a à aucun moment manifesté de la compassion, des excuses ou des remords.

Il a écopé d’une sanction particulièrement lourde, dans la mesure où une telle sévérité s’applique généralement à des meurtriers. De fait, on constate que la justice se montre implacable dans les affaires d’inceste. En décembre 2015, le Tribunal de Romont avait aussi condamné à 18 ans de prison un père qui avait exploité sexuellement sa fille durant au moins six ans.

Les actes abjects retenus à Yverdon sont d’autant plus sordides qu’ils se sont étalés sur presque douze ans, qu’ils ont en quelque sorte été couverts par la mère des enfants. Une maman qui est à la fois accusée et victime dans cette affaire. Les juges considèrent que, par son absence de réaction et ses actes de violence physique, elle a aussi volé leur jeunesse en leur «ravissant le droit à un développement harmonieux». Il demeure que cette femme, de nature très influençable, vivant sous la coupe de son époux, a personnellement souffert des abus sexuels de ce dernier.

La mère aussi condamnée

Le Tribunal criminel a reconnu la mère coupable de lésions corporelles et de complicité par commission de la plupart des actes attribués à son mari. Tenant compte d’une diminution moyenne de sa responsabilité pénale, il l’a condamnée à 3 ans d’emprisonnement, dont 6 mois ferme, ainsi que l’avait requis le procureur. De plus, elle doit se soumettre également à un suivi psychiatrique. «Je suis heurté qu’on ait retenu contre elle la complicité d’inceste», déplore son avocat, Laurent Gilliard, qui annonce son intention de faire appel.

L’enfer sexuel dans lequel vivait cette famille modeste et déficiente n’a été détecté qu’en 2015, alors qu’elle était suivie depuis 2001 par le Service de protection de la jeunesse (SPJ). Pour autant, la défense, par la voix de Me Gillard, considère qu’attaquer le SPJ au procès aurait été une erreur stratégique. L’avocat observe cependant qu’on n’a pas prodigué à sa cliente les conseils qu’il fallait lorsqu’elle a dit avoir des doutes sur le comportement sexuel de son mari.

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Il a fallu que l’aînée de la fratrie brise le silence, de peur, avait-elle déclaré, que la cadette, alors âgée de 1 an, ne subisse les mêmes sévices qu’elle. Son père avait alors été arrêté. Puis relâché après 208 jours de prison après s’être engagé à ne pas contacter les siens. Or il a été surpris dans une chambre d’hôtel broyarde avec sa deuxième fille, cette fois majeure.

Le condamné devra en outre s’acquitter de 300'000 francs de dommages pour tort moral à ses huit enfants. Mais comme il semble insolvable, c’est vers l’État que devront se tourner les victimes.

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