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A La Praz, là ou le vent a tourné contre les éoliennes

Le 18 janvier dernier, le Conseil général disait «non» au projet éolien du Mollendruz, à la surprise générale. Sur place les élus se disent déçus. Les habitants sont divisés.

Dans la Grand-Rue, la syndique Anni Sordet, à gauche, et son prédécesseur Fredy Schnyder, à sa droite, se sont investis durant dix ans pour le projet éolien, refusé par le Conseil du village. Samanta Herrero et Philippe Salzmann, à droite, deux visages de l’opposition répartie entre nouveaux habitants et enfants du village. Ils remettent notamment en question la neutralité des études.
Dans la Grand-Rue, la syndique Anni Sordet, à gauche, et son prédécesseur Fredy Schnyder, à sa droite, se sont investis durant dix ans pour le projet éolien, refusé par le Conseil du village. Samanta Herrero et Philippe Salzmann, à droite, deux visages de l’opposition répartie entre nouveaux habitants et enfants du village. Ils remettent notamment en question la neutralité des études.
PATRICK MARTIN

Bien malgré elle, La Praz est devenue célèbre. Le 18 janvier dernier au soir, par un coup de théâtre dans la salle du battoir de Mont-la-Ville, une poignée de villageois ont refusé le plan d’affectation des douze éoliennes du Mollendruz et ainsi, pour le moment, fait capoter ce projet vieux de dix ans et lourd de 85 millions.

Pour les anti-éoliens d’ici et d’ailleurs, La Praz est ainsi devenue un symbole de résistance. Un opposant a parlé l’autre jour de «Notre-Dame-du-Mollendruz», en référence au défunt projet d’aéroport breton de Notre-Dame-des-Landes. C’est dire. C’est dire aussi que La Praz risque de devenir un cas d’école. Une école où l’on s’emploierait à comprendre ce qui se passe dans un village qui se retrouve face aux enjeux et aux machines monstres de la transition énergétique.

Une douzaine de jours plus tard, La Praz est toujours sous le choc. Dans ce village de 160 habitants perché sur le Jura, même le brouillard et le va-et-vient de tracteurs ont un goût étrange. «Je n’ai pas digéré la soupe, c’est encore trop frais», mâche devant son garage Fredy Schnyder. Ancien syndic, il était l’un des premiers convaincus du projet éolien. «C’est notre devoir de faire ce qu’on peut pour notre pays. Les autres ont fait des barrages, nous, on a du vent, énumère-t-il avec son accent alémanique. Pourquoi est-ce qu’on ne devrait pas participer avec nos éoliennes? La transition énergétique, c’est l’affaire de tous. Maintenant, on devra expliquer à nos petits-enfants pourquoi on n’a rien fait.»

Passant par la Grand-Rue, la syndique actuelle, Anni Sordet, le rejoint et embraie. «Notez bien qu’on ne l’a pas fait pour ça. Mais ce projet, c’était 60'000 francs par année dans les caisses. Un quart d’impôt en plus. De quoi souffler pour terminer le séparatif des eaux. Ceux qui ont voté non ne connaissant pas nos comptes.» Elle poursuit, amère. «Bien sûr que c’est la démocratie. Mais qu’ils votent au moins après avoir lu le dossier.»

Ce dossier, c’est 130 pages et 1,105 kg d’études. Ce «ils», c’est la dizaine de citoyens qui s’est fait assermenter le 18 janvier et qui a en partie fait pencher le vote. Car La Praz fonctionne avec un Conseil général, une assemblée de citoyens où chacun peut s’assermenter en route. Pour un tel village, un Conseil communal avec listes, possibilité de référendum, partis et élections, est simplement trop lourd. Du coup, jeudi, plus de dix citoyens ont participé pour la première fois au Conseil. «Ils ont posé des questions pour le principe, glisse une habitante. Une chasseuse voulait connaître les effets des éoliennes sur les cerfs. Sur les cerfs! En réalité ils étaient déterminés à voter non.»

Si l’ambiance a changé depuis? «On sent un malaise, reprend la syndique. Mais je ferais tout mon possible pour qu’en plus on ne perde pas notre vie villageoise. Déjà qu’on n’a pas beaucoup d’occasions de se croiser…» Il y avait bien l’auberge, mais elle a fermé suite au décès de la tenancière («24 heures» de samedi dernier).

Le petit oublié

À entendre les élus, rien ne permettait de suspecter ce non à 20 voix contre 11. «Des opposants ont fait du porte-à-porte. Ils sont bien organisés, assure un membre du collège. Même à l’enterrement de la tenancière de l’auberge ils en parlaient.» La syndique va dans le même sens. «On s’attendait peut-être à ce que les Conseils de Juriens ou de Mont-la-Ville (ndlr: les deux autres communes partenaires) se posent des questions. Mais pas ici. Personne n’a pensé au petit village, silencieux au milieu.»

Deux rues plus haut, à la déchetterie du village, les éoliennes trouvent leur place dans les discussions entre deux bennes. Samanta Herrero, installée au village depuis trois ans, est l’une des nouvelles assermentées: «Au début je n’étais ni pour ni contre. Je trouvais même ça beau une éolienne. Puis j’ai trouvé une étude sur Twitter. On ne nous répondait pas vraiment, alors je me suis renseignée. Et puis je me suis rendu compte que ça polluait, la production de ces machines. Et puis ça a quoi comme effet sur les sources? On sait ça?» En face d’elle, le municipal des Eaux, Pierre Haussener, fulmine.

«Mais enfin, je peux même te montrer où elles sont les sources. On a tout regardé durant dix ans. Et pourquoi tu n’es pas venue avant l’assemblée du 18?» Réponse: «J’ai essayé je te signale. Aux dernières élections, je suis arrivée dernière. J’ai vite compris. Ici on parle peu et on reste dans son coin. Mais bon. Tu passeras quand même à l’occasion à la maison, hein?» dit-elle en remontant dans son 4x4.

À deux pas, l’époux de la présidente du Conseil, Philippe Salzmann. Tous deux ont voté non. Lui aussi se méfie des études des promoteurs. Ces gens de Zurich. «J’ai vu une étude de l’EPFL. Ce n’est pas des manches, l’EPFL tout de même. L’éolien est rentable à hauteur de mer. Pas chez nous!» Le retraité poursuit, ému. «J’ai beaucoup voyagé, mais mon coin de Mollendruz, j’y tiens.»

Le municipal Haussener soupire, et remet son casque de vélomoteur. «De toute manière, elles se feront ces éoliennes, avec ou sans nous. Mais la question c’est: est-ce que les nouveaux conseillers viendront à la prochaine séance? Sinon, on n’aura pas le quorum.» Il sait de quoi il parle. La même chose s’était déjà produite il y a quelques années. Le conseil avait soudainement gagné des membres le jour où on parlait d’un projet contesté. À l’époque c’était l’extension de la porcherie. Aujourd’hui vide.

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