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Il récolte son houblon à grande échelle

Un agriculteur de Grandcour a planté un hectare du nectar, cueilli à la main.

Sur un char en bois relativement étroit de façon à pouvoir transiter entre les lianes de houblon, deux palox servent de promontoire pour la première cueillette de houblon industriel de Suisse romande. Découverte jeudi dans une parcelle d’un hectare du hameau de Chesard, à Grandcour, la scène devrait se reproduire jusqu’à la fin du mois de septembre, le temps de «vendanger» entièrement la toute première houblonnière industrielle de Suisse romande. Tout cela de manière encore totalement artisanale: pour cette première année de production, tout se fait à la main. Propriétaire du champ dans lequel de hauts poteaux de téléphone ont été plantés en diagonale pour supporter la structure portante, Gérard Pillionnel et ses associés coupent les lianes et les déposent sur le char, pendant que son épouse Mireille assure la lente progression du convoi au volant du tracteur.

«Après plusieurs années de travail à l’extérieur, nous avons pris la décision de relancer notre exploitation agricole en mode biologique. Mais comme notre surface n’est que de 10 hectares, nous recherchions une culture qui sorte de l’ordinaire pour nous démarquer et devenir pérennes», expliquent les propriétaires des lieux. L’idée du houblon est arrivée par l’intermédiaire de leur fille, employée d’un restaurant lausannois. Venus notamment d’Alsace, des amis de cette dernière souhaitaient importer cette cannabinacée en Suisse romande. Mais il leur manquait les terrains pour leur projet.

Consommer local

«Chez nous, le houblon pousse partout, poursuivent les Alsaciens Kevin Denig et Lionel Oswald. Alors que le climat est similaire ici et que les brasseries artisanales se développent sans cesse dans une mode allant vers le retour à une consommation locale, il nous semblait incroyable que personne ne se soit engouffré dans le créneau. Ce d’autant plus que plusieurs brasseurs disaient rechercher du houblon régional.» Avec Damien Mieszkowski, Kevin, Lionel et les propriétaires ont fondé la société Houblon Suisse N Co Sàrl, dont l’objectif est de cultiver la plante de façon biologique, avant de la transformer et de vendre aux brasseries artisanales romandes.

Si quelques brasseurs ou encore un paysagiste de Bex ont déjà planté des lianes de cette plante qui donne toute son amertume et ses arômes à la bière, il s’agit ici de la première tentative à large échelle en Suisse romande. En effet, selon les données de l’Association suisse des brasseries (ASB), seules huit houblonnières sont répertoriées en Suisse, toutes du côté alémanique. En 2016, elles ont produit 26 tonnes de houblon, soit 10% des besoins des brasseurs nationaux. Pour le reste, le houblon est importé d’Allemagne, de République tchèque, de Grande-Bretagne ou encore des Etats-Unis.

A terme, l’hectare planté à Grandcour devrait produire 1500 kg annuellement. «Mais la culture tourne à plein régime au mieux au bout de trois ans», explique Gérard Pillionnel, pendant que la troupe met à sécher une partie des lianes récoltées dans un hangar et commence à «écôner», soit retirer les fleurs de houblon (dites cônes), de l’autre partie. «Nous avons commencé par récolter la variété Cascade, qui se retrouve dans presque toutes les bières américaines et se négocie entre 60 et 120 fr. le kilo selon la saison», détaille Kevin, tout en ouvrant un cône pour faire apparaître la lupuline, la substance provoquant l’amertume du houblon. Deux autres variétés, Perle et Tradition, suivront dans quelques jours.

Et plusieurs brasseurs ont déjà passé commande de ces premiers cônes de houblon romand frais. Quant au stock qui sera séché, Houblon Suisse N Co espère le vendre sur le reste de l’année. «Le houblon s’utilise à la fin de l’ébullition, détaille Patrick Nowak, brasseur de la Ferme d’Ostende, dans le village voisin de Chevroux, venu donner un coup de main pour cette première récolte. On l’ajoute en infusion sur la fin du processus. Certaines variétés apportent leur amertume au breuvage pendant environ une heure selon les recettes, tandis que d’autres sont ajoutées 5 à 15 minutes pour leur côté aromatique.»

Vitesse supérieure dès 2018

Une fois la récolte terminée, les tiges seront coupées au ras du sol quand elles auront cicatrisé. Au printemps, chaque stolon de la «vigne du Nord» devrait produire de 5 à 10 jets. Les trois plus beaux seront cultivés par les producteurs. Ainsi, une liane de houblon de l’année en donnera trois, soit une production triplée. Et les associés projettent d’agrandir encore leur houblonnière. Mais il faudra alors passer par la mécanisation, tant pour la récolte que le battage ou le stockage sous forme de pellets compressés. «Pour cela, un investissement de l’ordre de 200 000 francs est nécessaire», conclut Gérard Pillionnel, dont la jeune société recherche des investisseurs.

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