«La région n’a pas achevé sa mutation»

Nord vaudoisJean-Marc Buchillier quittera la tête de l’Association pour le développement du Nord vaudois à la fin de l’année. Interview bilan.

Jean-Marc Buchillier aura dirigé pendant plus d’un quart de siècle l’ADNV.

Jean-Marc Buchillier aura dirigé pendant plus d’un quart de siècle l’ADNV. Image: MARIUS AFFOLTER

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D’une structure de trois personnes à un organisme qui en occupe aujourd’hui une quarantaine, d’un Nord vaudois au taux de chômage supérieur à 8% à une région où il plafonne maintenant à 3,1%, en passant par l’échec du nuage Blur ou l’arrivée de la Haute École de gestion, Jean-Marc Buchillier a vécu de l’intérieur l’évolution de la région. À la fin de l’année, le directeur de l’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV) quittera ses fonctions 26 ans après sa nomination.

Comment est le Nord vaudois à votre arrivée à la tête de l’ADNV, en 1992?
C’est une région frappée d’une double gueule de bois. Avec la disparition de HPI, elle vient de perdre son principal employeur (ndlr: Hermes Precisa International a compté jusqu’à 3000 collaborateurs directs). Ce dernier, en comptant ses nombreux sous-traitants, occupe près du quart de la population active du Nord vaudois. À côté de cela, il y a une forte progression du chômage. Le taux n’atteint pas celui du Chablais (12%), mais s’élève à 8%.

La faillite de HPI n’est pas seule en cause…
Non, bien sûr. Des quinze principaux employeurs du milieu des années 1980, onze ont disparu au début de la décennie suivante, deux ont fondu (Leclanché et Reuge). Seuls deux sont encore là et ont même créé de l’emploi: Nestlé à Orbe et Maillefer, devenu Sirona, à Ballaigues.

Pour le Nord vaudois, l’écueil était important. Peut-on dire qu’il a été surmonté?
Oui, parce que depuis 2005, nous nous situons en dessous de la moyenne cantonale de chômage. Et si l’on considère le nombre important de travailleurs frontaliers – un salarié sur six –, on en déduit facilement qu’on a créé beaucoup d’emplois. Si l’on refait la cartographie des quinze premiers employeurs du Nord vaudois, on constate que les entreprises sont plus petites, mais plus nombreuses. Et leur secteur d’activité est plus large qu’à l’époque.

Comment s’explique cette mutation?
C’est le résultat de choix stratégiques qui ont été faits ici, même s’il faut rester modeste quand on fait du développement économique. Ce n’est pas un hasard si avec Y-Parc, Tecorbe et le Technopôle de Sainte-Croix, trois des six incubateurs du canton se trouvent ici. À l’époque, on aurait pu se dire que le Nord vaudois avait suffisamment payé le prix de l’industrialisation et qu’il fallait opter pour le tertiaire ou le tourisme. Mais non, nous avons tout de même souhaité miser sur l’innovation technologique.

Le développement régional a-t-il atteint son plafond?
Bien sûr que non! Les défis qui se posent au monde industriel sont tels qu’il faut constamment remettre en cause les choix et les stratégies. Plus en tout cas que dans les activités du tertiaire. Notre mutation n’est pas totalement achevée.

Vous avez des exemples pour appuyer votre affirmation?
Premier indicateur, la moyenne des revenus de cette région est inférieure à la moyenne cantonale. Pour des raisons sociales, démographiques, mais aussi économiques: un banquier genevois gagne plus qu’un mécanicien de précision sainte-crix. Mais l’écart avec le canton va progressivement se combler, ne serait-ce que sous l’influence de facteurs qui nous sont totalement exogènes comme la mobilité de la population. L’autre indicateur, c’est le développement du tertiaire. En termes de services, la région est encore sous-dotée. Hors d’Yverdon, ça se remarque notamment dans le domaine des soins. Et à Yverdon, on le voit dans le secteur commercial. Il manque de services financiers ou de conseils pour les entreprises. On a cherché à en installer dans la région, sans succès jusqu’ici.

Des échecs, en 25 ans, vous avez dû en subir d’autres. Lesquels vous ont marqué?
Le plus gros, c’est Blur. C’est une occasion ratée. Imaginez qu’on devait installer sur la structure du Nuage d’Expo.02 le centre de transfert technologique de l’Agence spatiale européenne. Je n’ai pas de regrets sur le travail fait ni sur la décision finale: avec 68% de rejet par la population, elle était claire. J’en ai en revanche beaucoup quand je pense à l’impact que cela aurait eu sur la région. Pour d’autres échecs, les dés étaient pipés. Je pense notamment à l’attribution des licences de casino. On a appris assez sèchement les réalités du monde politique…

Et quels projets menés à bien retenez-vous?
J’ai toujours associé ma vision du développement à la formation. L’interaction entre ces deux vecteurs est primordiale. C’est même la base de ma pyramide de Maslow. Dès lors, je suis fier d’avoir été à l’origine de la création du Centre vaudois de gestion des programmes d’insertion, de Perform (une structure active dans la formation continue), ou d’AppApp, les cours d’appui pour apprentis qui profitent aujourd’hui à 900 jeunes dans le canton. Sinon, je me réjouis de l’implantation de sociétés comme Hilcona à Orbe, Symbios ou Colibrys à Yverdon. Et puis, bientôt, je serai heureux de l’ouverture de Kindercity à Y-Parc. (24 heures)

Créé: 12.07.2018, 09h28

Bio express

Jean-Marc Buchillier est né le 15 février 1957 à Lausanne. Aujourd’hui installé à Giez dans le Nord vaudois, il a grandi dans la capitale vaudoise, qu’il a quittée au terme de ses études. Son cursus est couronné par un master HEC de l’UNIL et un IMBA en management des technologies de l’EPFL. Son parcours professionnel débute dans la finance, puis se poursuit au Bureau international du travail. Depuis Dacca, il œuvre pour le compte de cette organisation comme chargé de projet pour le Bangladesh et le Népal. De retour en Suisse, il est engagé en 1986 à Yverdon comme trésorier pour HPI-Olivetti. D’abord bénévole, puis employé à temps partiel, il est nommé directeur de l’ADNVen 1992. À la fin de l’année, il s’installera au Portugal, la patrie de son épouse.

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