La réinsertion passe par l’alimentation

ProjetLa Coopérative L’Autre Temps place en cuisine ou dans les champs des personnes qui veulent retravailler

Alexis Vautier, ingénieur forestier de formation, Cyril Maillefer et Hugues Mingard, le cuisinier, dans le pressoir d’Orbe.

Alexis Vautier, ingénieur forestier de formation, Cyril Maillefer et Hugues Mingard, le cuisinier, dans le pressoir d’Orbe.

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La petite coopérative fondée en 2012 a bien grandi, peut-être un peu trop ou trop peu, se demande parfois son fondateur, Cyril Maillefer. L’éducateur spécialisé s’est vite rendu compte, quand il travaillait avec des personnes sortant de problèmes psychiatriques, que «le fait de faire des choses change la couleur de la journée». À l’Autre Temps, on travaille en relation avec la nature et la nourriture, de manière écologique et patrimoniale, et cela sort de l’isolement des personnes qui sont en réinsertion à l’AI, à l’aide sociale ou des réfugiés.

Après un premier atelier à Sainte-Croix, Les Contes du temps – où les bénéficiaires travaillent avec un artisan à fabriquer des horloges insolites –, Cyril Maillefer a très vite entamé un projet autour des fruits des vergers qui se perdent. Combien de propriétaires d’arbres fruitiers ne récoltent pas, parce qu’ils n’ont pas le temps ou pas les débouchés nécessaires? La première idée de l’Autre Temps, c’est de venir chercher les fruits de ces arbres anciens et de les valoriser. En échange, la coopérative rend du jus de fruits au propriétaire. «Il a fallu un peu de temps pour convaincre ces gens de nous laisser entrer dans leur verger, mais maintenant, ça va bien. On a d’ailleurs aussi replanté des arbres à haute tige avec la collaboration de Rétropomme au-dessus de Romainmôtier.»

Peu rentable

Mais l’équipe travaille également avec des agriculteurs en échange de fruits et de légumes. «Beaucoup de nos bénéficiaires recherchent un travail en extérieur, parce que cela leur semble synonyme de liberté, explique Cyril Maillefer. Et nous fournissons une force de travail pour des tâches peu rentables qui se sont perdues.» Un jour, par exemple, un producteur les a appelés parce que ses betteraves rouges étaient trop petites pour être récoltées par sa machine. «On a ramassé 2 tonnes et demie, s’amuse celui qui se définit comme entrepreneur plus que comme travailleur social. Et on a rendu au producteur 500 kg de betteraves du bon calibre.»

Ces fruits et légumes – tous bios – sont vendus dans les deux magasins ouverts par l’équipe, l’Épicentre, en 2013, dans les bâtiments de l’Université de Lausanne, et la Musette, l’an dernier, à Romainmôtier. Le solde est travaillé dans la cuisine de Chavornay pour être transformé en salades, en soupes, en cakes, sous la direction d’Hugues Mingard, cuisinier professionnel. Son équipe de cuisine travaille aussi «à façon» pour des agriculteurs, transformant leurs produits en sirops, en compotes, en conserves, en choucroute, etc., que ces fermiers peuvent revendre en direct.

L’Autre Temps est également présent avec une dizaine de personnes (principalement des réfugiés) à la Ferme de Rovéréaz, à Lausanne, où elle collabore avec le fermier. Et la coopérative a aussi repris le pressoir d’Orbe qu’a tenu Raymond Dutoit pendant soixante ans. «On a pressé 54 tonnes de fruits pour des clients, dont 2000 litres pour nos commerces», se réjouit Alexis Vautier, son responsable. «Dès que vous mettez les gens au travail, en cuisine ou dans les champs, ils se sentent revalorisés, explique Cyril Maillefer. Et ils sont immédiatement efficaces. La cuisine et l’agriculture sont transculturelles, elles permettent de s’intégrer dans un groupe. Les réfugiés qui travaillent chez nous apprennent le français à toute vitesse et ils pourront rentrer rapidement dans le circuit professionnel.»

De belles histoires

La vingtaine de bénéficiaires passe entre trois et douze mois ici, avec l’aide des prestations sociales qui fournissent encore 70% des revenus de la coopérative. «Nous avons des salaires minimes mais une telle satisfaction, poursuit le patron. Nous sortons des gens de la solitude, de l’alcoolisme, nous les rendons motivés, capables de s’occuper de leur administration. Il y a tant de belles histoires qui se sont écrites ici.» Redonner aux gens des rendez-vous quotidiens ou leur permettre de bien dormir font partie de la reconstruction des bénéficiaires qui travaillent ici.

Bien sûr, il y a aussi des expériences qui se sont interrompues rapidement. «Pas beaucoup, et est-ce vraiment des échecs? Parfois, on apprend que la personne s’en est sortie plus tard. Peut-être grâce à son passage chez nous… ou pas.»

La coopérative est toujours à la recherche d’une structure de production plus grande et de matériel de cuisine professionnel, et a demandé sa reconnaissance d’utilité publique. Histoire de continuer ces belles histoires.

www.autre-temps.ch

Créé: 11.05.2019, 10h56

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L’appel à candidature fait par l’EPFL et l’UNIL pour le domaine de Bassenges, 7 hectares et des bâtiments autour du campus, titille l’équipe de l’Autre Temps. Les hautes écoles veulent un projet basé sur la durabilité et Alexis Vautier y rêve d’innovation avec une «écoculture» qui recrée les écosystèmes de la nature. Les arbres fruitiers à haute tige se mélangent sur les mêmes terres aux herbes aromatiques, aux céréales, aux légumes, aux abeilles, dans un équilibre naturel.
Cette polyculture demande beaucoup de main-d’œuvre et de la patience pour l’investissement, le temps que le système s’installe sur la durée.

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