«Depuis Romainmôtier, on voit le monde un peu différemment»

PolitiquePassé préfet, Fabrice de Icco aura été le syndic du fameux bourg du Nozon pendant dix ans. Il défend une politique de l'écologie à la campagne.

«J’ai commencé par augmenter les impôts. On m’a appelé Broulis pendant un bon moment» <b>Fabrice de Icco</b>, syndic de 2009 à 2019, nouveau préfet du Nord vaudois

«J’ai commencé par augmenter les impôts. On m’a appelé Broulis pendant un bon moment» Fabrice de Icco, syndic de 2009 à 2019, nouveau préfet du Nord vaudois Image: FLORIAN CELLA

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Le syndic le plus atypique d’une des communes les plus atypiques du canton vient de remettre les clés de ce qu’il appelle «ses terres». À savoir la médiévale Romainmôtier, que dans la région, les élus appellent en réalité plus volontiers «la Comté», en allusion au recoin idyllique de la Terre du Milieu, dans le «Seigneur des anneaux» de Tolkien. Tout nouveau préfet du district Jura-Nord vaudois, Fabrice de Icco y a régné comme municipal depuis 2001, avant de grimper sur le trône de syndic en 2009.

En plus de dix ans, l’élu peut se targuer d’avoir fait du fief du vallon du Nozon un village encore plus particulier qu’il ne l’était. Un bijou touristique et patrimonial, refuge d’artistes et d’intellectuels foncièrement gauchistes qui cohabitent avec le tissu agricole et campagnard d’origine. «Ça, on l’avait déjà dans les années 70, nuance-t-il. Romainmôtier a connu très tôt l’arrivée d’urbains venus retrouver la campagne. Les autres communes le vivent maintenant.»

Le fait d’armes principal de cet Helvétien, archiviste de profession avec une immuable sacoche aux allures de cartouchière accrochée à l’épaule, est en fait peu visible. «On n’a jamais été riche à Romainmôtier. La première chose que j’ai dû faire en arrivant: augmenter les impôts et reprendre les finances. Nos actifs n’étaient pas valorisés. Il a fallu serrer la corde. On m’a appelé Broulis pendant un bon moment.»

«Fabrice de Icco a été le syndic des grandes idées et des projets, livrent ses anciens administrés. Un type avec cent idées à l’heure. Mais jamais fichu de retaper une route.» Ou encore: «Il valait mieux être de son avis, et c’est vrai qu’il n’a pas toujours été le médiateur dont on aurait eu besoin», lâchent les moins nuancés. «Il avait souvent juste sur le fond. Moins sur la forme.»

Il y a aussi eu quelques grincements de dents et des conseils généraux houleux, dont le dernier – avec le projet du pavement de la rue du Pont Couvert – s’est terminé en ultime défaite pour le syndic. «C’est simple, j’ai toujours été contre le fait que le Canton se repose sur les Communes pour les routes. Il a fallu du temps pour qu’on puisse relancer les projets, réagit l’ancien député. Pour le reste, j’ai toujours pensé que le membre d’un Exécutif se devait de faire avancer les choses. Au bout d’un moment, le pire c’est de rentrer un soir après une réunion où rien ne s’est décidé.»

Marqueur d’arbre

L’autre bilan de De Icco, ce sont les forêts du Nozon. Il a présidé le groupement forestier et a crapahuté dans les bois du coin, afin d’en favoriser l’utilisation locale. Des balades qui l’ont amené à retrouver les anciens fossés d’eau médiévaux qui sillonnaient autrefois les bois.

De l’avis général dans le Nozon, la patte du bonhomme, trésorier de la Fédération européenne des sites clunisiens, c’est un investissement sans fin dans l’image du bourg et sa renommée culturelle. Il a inscrit Romainmôtier sur les itinéraires clunisiens et autres circuits touristiques de niche, tout en cultivant le caractère du site. En vrac, l’élu aura insisté pour que la commune se déclare hors zone OMC, relancé les 24 heures de lecture, lancé un grand projet d’écoquartier et d’hôtellerie dont on n’entend curieusement plus parler, retapé l’ancien corbillard hippomobile, transformé la cave communale en brasserie artisanale et argumenté pour la mise en place de la taxe au poids afin d’éviter notamment la présence de containers au centre du bourg.

«On s’est dit il y a plus de vingt ans qu’il fallait investir sur le long terme, faire des événements et des choses de qualité, soigner justement la qualité de vie et tout faire pour maintenir l’économie locale. La vraie écologie, c’est montrer qu’il y a ce qu’il faut à la campagne aussi et qu’il n’est pas toujours nécessaire de se déplacer», raconte l’élu. À l’heure où les villages luttent pour garder leur poste, Romainmôtier se tait et regarde d’un coin de l’œil ses cafés, son herboristerie, sa boulangerie artisanale, sa crêperie, son épicerie bio et sa flopée de maisons d’artistes ou de spirites. Ah, et son école, aussi.

«Cette commune, j’y ai grandi, je marchais dans la cour du cloître quand on en sortait les squelettes, poursuit l’ancien édile. Romainmôtier c’est un endroit où on voit un peu le monde différemment. On y fait attention aux choses et aux gens sans dire «on est chez nous, on fait ce qu’on veut». Il y a les autres qui viennent après.»

Créé: 13.10.2019, 19h37

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