À Sainte-Croix, migrants et habitants tissent des liens au fil du pinceau

EntraideUne trentaine de personnes de toutes origines montent une exposition. Elles achèvent les travaux de finition.

Raoul, un trentenaire burundais, réalise une peinture épaulé par l’artiste peintre Marilyn Villiger.

Raoul, un trentenaire burundais, réalise une peinture épaulé par l’artiste peintre Marilyn Villiger. Image: Jean-Paul Guinnard

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Épaulé par une bijoutière sainte-crix, Evgeniy, un Ukrainien d’une quarantaine d’années, effleure lentement une toile en tissu avec son pinceau trempé successivement dans des couleurs vives. Il s’applique pour tracer les plus belles lettres possibles. Ce geste n’a l’air de rien. Il tient pourtant presque du miracle.

Pour des raisons médicales indéterminées, Evgeniy a les mains qui tremblent et peine donc à les contrôler. Mais quand il se concentre sur son ouvrage, ses spasmes s’arrêtent subitement. «Il doit être un traumatisé de guerre», imagine Christine Duina Ike, collaboratrice sociale à la Coopérative L’autre temps, qui mène à la baguette depuis le début du mois de janvier un projet artistique mêlant migrants et habitants de la commune du balcon du Jura. Elle reprend: «Malheureusement, il vient de recevoir une réponse négative concernant son avenir en Suisse. Mais il se bat et a fait recours.»

Malgré les parcours de migration pesants de la majorité des participants, l’heure n’était pas à la tristesse, vendredi, dans les locaux de la coopérative, à deux pas de la gare. Bien au contraire. Depuis un mois maintenant, une trentaine de personnes s’y activent énergiquement pour monter une exposition.

«Échanges merveilleux»

Une fois achevés, dès le 8 février, leurs tableaux seront suspendus entre les arbres de la rue de l’Industrie, dans l’allée du foyer de l’Établissement vaudois d’accueil des migrants. «Imaginez des peintures flottant au vent, en plein hiver, à 1000 mètres d’altitude, s’enthousiasme Christine Duina Ike. Ce sera une explosion de couleurs à la hauteur de cette collaboration qui a donné lieu à un foisonnement de rencontres et d’échanges merveilleux.»

«Certaines personnes n’avaient jamais touché un pinceau de leur vie et cela se voit, renchérit en rigolant l’artiste peintre Marilyn Villiger, qui accompagne la petite équipe et qui expose actuellement ses œuvres personnelles à la Galerie LeBunker. Certains se découvrent des talents tandis que d’autres sont déjà très doués. Mais cela compte moins que tout le travail d’accueil et d’écoute qui se fait en filigrane. Les gens nouent des liens, se font un sourire, et c’est cela le plus important. On réalise qu’il manque véritablement un lieu pour se rencontrer à Sainte-Croix.»

«Se libérer de ses peurs»

En plus des leurs tableaux souvent conçus en binôme, les artistes en herbe sont invités à écrire ce que cette activité leur a apporté. Et les organisateurs contemplent d’ores et déjà ces quelques mots avec une émotion non dissimulée: «se libérer de ses peurs», «s’apaiser», «tout oublier», «le calme», «quatre heures que je n’ai pas pensé à mes problèmes» ou encore «la satisfaction de faire quelque chose de beau». Raoul, lui, aime tout simplement avoir le sentiment d’être «utile». «Au début, c’était dur de se comparer avec les autres car un participant a fait les Beaux-Arts au Venezuela, explique cet homme de 37 ans, originaire du Burundi. Moi, je ne savais pas vraiment dessiner, mais on a appris ensemble. Je me réjouis de voir les tableaux accrochés, on sera fier.»

Dès le 11 février, l’exposition se déclinera dans l’annexe du Cinéma Royal. Des photos des différentes phases de l’expérience y seront affichées. Entrée libre.


«Mo(t)biles au vent, la jungle
en hiver», du 8 au 20 février.
Tous les jours, rue de l’Industrie 11

Créé: 06.02.2020, 08h37

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