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Une table à écrire du XVIIIe siècle révèle le talent d’un jeune ébéniste

Théo Martin a consacré trois mois à ce meuble. Il entend démontrer l’intérêt d’un artisan de 24 ans pour l’ébénisterie d’art.

L'arrière de la table à écrire de Théo Martin, copie d'une pièce de Jean-François Hache réalisée vers 1770.
L'arrière de la table à écrire de Théo Martin, copie d'une pièce de Jean-François Hache réalisée vers 1770.
Jean-Paul Guinnard
Pour réaliser ce modèle, le Payernoise a travaillé uniquemen à la main, selon les techniques du XVIIIe.
Pour réaliser ce modèle, le Payernoise a travaillé uniquemen à la main, selon les techniques du XVIIIe.
Jean-Paul Guinnard
Théo Martin a aussi choisi d'accentuer le galbe de son chef-d'œuvre pour montrer sa maîtrise de la technique.
Théo Martin a aussi choisi d'accentuer le galbe de son chef-d'œuvre pour montrer sa maîtrise de la technique.
Jean-Paul Guinnard
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Son meuble n’a plus aucun intérêt dans le monde moderne, mais il n’en a cure. Du haut de ses 24 ans, Théo Martin présente fièrement sa réplique d’une table à écrire, du XVIIIe siècle, soit l’époque de Louis XV. Sur la base d’une photo d’un meuble dessiné vers 1770 par l’artisan grenoblois Jean-François Hache, la production de cette copie a pris trois mois et demi de travail. «Dans mon métier, un dicton dit que pour restaurer correctement un meuble ancien, il faudrait être capable de le construire comme d’antan», raconte le jeune ébéniste fribourgeois installé depuis une année à Payerne. Théo Martin tient désormais sa pièce de référence, son chef-d’œuvre.

À l’époque, avoir un tel meuble dans son salon permettait aux femmes de la haute bourgeoisie de montrer leur richesse. Sous le vernis laqué se niche ainsi un encrier. Dessous, les tiroirs arborent de riches motifs. «J’ai choisi de réaliser une copie de ce meuble car il a la particularité de réunir toutes les techniques les plus compliquées de l’ébénisterie de cette époque», poursuit le passionné. Galbe, esthétique, proportions, marqueterie sur un support galbé, vernis en résine naturelle, rideau en lamelles de bois, le jeune homme a travaillé uniquement selon les méthodes d’antan. Seul le débitage des pièces de bois a été effectué à la scie à ruban.

Dans un secteur de l’ébénisterie d’art en constante perte de vitesse, Théo Martin voit un autre avantage à son petit meuble: «Je viens de commencer et je dois me faire connaître. Cette table sera ainsi facile à déplacer, notamment pour se rendre sur des foires.» Car son avenir, l’habitant de Grolley ne le voit pas dans un autre domaine. Un choix audacieux aux yeux de Philippe Emery, ébéniste d’art reconnu, installé à quelques kilomètres de là, dans le hameau des Friques. «Grosso modo, la valeur du mobilier d’art ancien a été divisée par dix ces dernières années, commente celui qui a notamment réalisé le mobilier du bateau à vapeur Neuchâtel. Pour survivre, toutes les entreprises sont contraintes de bifurquer vers le mobilier contemporain.»

«J’ai effectué un apprentissage d’ébéniste traditionnel, avec de l’agencement contemporain, souvent droit, mais je ne me voyais pas faire toute ma vie là-dedans, car ma passion est vraiment le meuble ancien», reprend le volubile et jeune patron. Dans la foulée de sa formation, il s’est ainsi spécialisé durant deux ans à Nancy, auprès du maître d’art Philippe Walser. Après avoir un temps recherché une société à reprendre en France, il s’est finalement mis à son compte début 2017, dans une zone industrielle payernoise. «C’était dur, car j’ai dû composer mon stock de bois et de machines sans bénéficier d’un carnet d’adresses de clients. Mais l’avantage est que je peux vraiment faire ce que je veux.» Et si l’affaire ne lui permet pas encore de se salarier au niveau d’un ouvrier qualifié du métier, elle lui permet désormais de vivre chichement.

Avec du bois suisse

De prochaines portes ouvertes devraient lui permettre de développer encore sa clientèle. L’occasion aussi de découvrir sa copie de Hache. «Outre le fait que cette table réunissait tout ce que je recherchais en matière de complexité, Grenoble est aussi une ville relativement proche de la Suisse, donc j’ai pu trouver facilement tous les bois ayant servi à la fabrication, sourit l’artisan. Et la famille Hache avait la particularité de travailler beaucoup la couleur verte, ce qui n’est pas du tout naturel dans le milieu du bois.»

Dans le meuble composé par le Payernois, on peut ainsi retrouver de nombreuses essences telles que foyard, pommier, prunier, houx, buis, érable ou ronce d’érable pour le vert, voire thuyas, ébène, amarante et cytise. Et si le galbe a été accentué par rapport à la photo originale, c’est pour que Théo puisse montrer sa maîtrise de cette technique. «Pour le collage d’un décor en feuille de bois, on ne peut la plier que dans un sens. Vu que le galbe va ici dans les deux sens, j’ai dû coller les pièces une par une. Et pour donner l’impression d’un quadrillage parfait sur le devant, il a fallu légèrement déformer chaque pièce», conclut le jeune homme dans un sourire.

Ébénisterie d’art Martin

ZI Champ Cheval 2, Payerne. Portes ouvertes du 15 au 17 juin. www.ebenisterie-art-martin.com

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