La transition énergétique gagne aussi les alpages

Nord vaudois-BroyeL’Aide suisse à la montagne vise cette année les projets permettant de rendre durables les zones d’altitude.

Vidéo: Keystone

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Des décennies que la montagne, pour les géants de l’énergie en Suisse, c’est un endroit pour placer des barrages ou tenter de planter des éoliennes. Régions éloignées, difficiles d’accès, composées de petits consommateurs d’énergie éparpillés – des fermes – ou de mastodontes isolés – des manufactures horlogères... c’est toutefois là-haut que se jouera la transition énergétique.

«On ne doit pas seulement y isoler les bâtiments ou développer une mobilité électrique. Les scénarios, c’est de décarboner massivement aussi ces régions d’ici à 2050, voire avant. Un défi, juge Daniel Favrat, professeur honoraire au centre de l’énergie de l’EPFL.»

Il poursuit. «On a su y installer une économie qui produisait du lait et conservait le fromage. Maintenant on va devoir y produire de l’énergie et la conserver.»

Nouveau modèle

Ces dernières années, l’Aide suisse à la montagne a soutenu 74 projets d’énergie durable (lire en encadré). En présentant sa campagne 2020, jeudi, axée sur les énergies renouvelables dans les régions de montagne, la fondation installée à Adliswil (ZH) a opté pour une approche ambitieuse. Viser les petits et moyens projets, économes en ampères et en CO2, mais qui permettent aussi de maintenir sur place des emplois à valeur ajoutée.

C’est toutefois loin d’être gagné. Qu’on parle des Alpes ou du Jura, les régions sont dans les deux cas coûteuses à raccorder, confrontées à des enjeux aussi variés que ceux des lits froids ou de Communes peu aisées et peu enclines à s’investir pour racheter de l’énergie verte.

Le solaire? Efficace en été mais pas en hiver, quand les alpages en ont besoin et quand 30 cm de neige recouvrent les toits. L’hydraulique? Tout au plus une marge de 10% en améliorant les géants des Alpes et quelques rivières. Pas de gaz. Quasi pas de potentiel en géothermie. Reste surtout la biomasse, et le bois.

Débrouille et entraide

Et l’huile de coude. Rares sont les entreprises énergétiques qui vont venir démarcher des exploitations isolées. Résolus à s’associer et à se débrouiller, les alpages sont bien partis pour développer des coopératives citoyennes et ainsi devenir des laboratoires pour l’État ou les projets de plaine. Reste une question: ces pionniers du durable en altitude vont-ils tenir sur la durée?

Et sans savoir comment des régions souvent épargnées, préservées et très proches de leur paysage vont accepter une multiplication de petites productions d’énergie. «Le levier financier sera déterminant, estime Daniel Favrat. On peut imaginer des obligations de connecter, mais pour des villages avec peu de ressources, ces réseaux sont des opportunités.»

«En plaine, des projets peuvent être abandonnés parce que contestés, ajoute le Vaudois Willy Gerber, patron de l’Aide suisse à la montagne. À la montagne, on sait que chaque solution a son coût. Il faut être confiant, la prise de conscience est en train de se faire.»

Créé: 31.01.2020, 07h54

Grandevent: Quand le lisier alimente tout le domaine

Mercredi sous le crachin, David Ruetschi était au fond d’une fouille, les pieds dans la boue, en train de manier la pelle puis le théodolite et le tracteur. David Ruetschi, c’est l’exploitant d’un élevage de volaille à deux pas. Il est aussi le syndic de Grandevent. Et le coordinateur d’un projet de biogaz lancé en 2014.

«C’est ça le plus difficile, dit-il. Réussir à tout suivre, ne pas se perdre dans les trois classeurs fédéraux et tenir le coup. Je ne compte plus les heures passées là-dessus et pas à l’exploitation.»

Le concept? Réunir, entre la ferme de David Ruetschi et celle de son compère Logan Jeanmonod, les lisiers et fumiers issus de leurs volailles, porcs et vaches laitières, ainsi que de quelques autres cultivateurs. Les cuves et la petite coopérative doivent ainsi parvenir à transformer en énergie quelque 5000 tonnes de déchets. De quoi rendre 100% renouvelables et autonomes les deux exploitations et leurs maisons.

«On a réfléchi à alimenter le village, poursuit David Ruetschi, mais c’était trop loin et avec trop de pertes. L’avantage, ici, c’est que le tout est semi-enterré dans la pente, c’est peu visible. On s’en est tiré parce qu’on a su associer nos compétences et des boîtes de la région, mais aussi grâce au coup de pouce de l’Aide suisse à la montagne. Ça nous a permis de nous lancer.»

Pour le syndic, c’est la preuve que les circuits courts tiennent la route en montagne. «L’agriculteur reste vu comme un producteur de méthane. Alors qu’en fait ces herbages qui composent 70% de notre territoire sont notre richesse.»

À l’échelle Suisse, seuls 6% du potentiel de biomasse seraient exploités.

Les forêts du Lieu rapportaient de moins en moins. Un fonds régulier est maintenant apporté par la coopérative de Thomas Bucher. (Image: Patrick Martin)

Le Séchey: Un coin de la Vallée chauffée avec son propre bois

Il y a une petite cheminée bleue qui décore désormais le centre du village du Séchey, à la Vallée. Thomas Bucher, un ancien de l’OFEV, et quelques voisins se sont rendu compte que leurs chaudières arrivaient toutes plus ou moins en bout de course. «Alors on a opté pour un seul chauffage à pellets de bois, dans une ancienne fosse à purin. Elle alimente aujourd’hui un tiers du village. Mais ça nous a pris quinze ans.»

Le temps de réunir les fonds et de lancer son chauffage à distance, un membre de la coopérative était décédé. D’autres, de guerre lasse, avaient finalement opté pour le bon vieux mazout.

Lui aussi dénonce la lourdeur des études d’impact et des procédures. C’est un fils de paysan voisin qui va chercher les pellets, broyés directement dans un hangar en forêt. Un cas un peu à part: en montagne, le prix de revient du bois pour du chauffage coûte deux ou trois fois plus qu’en plaine.

«On en a eu pour 640'000 francs, avec une aide de la Commune en plus de celle de l’Aide suisse à la montagne. Sans ça, les banques ne nous auraient pas prêté. C’est ça la réalité. Le reste on l’a mis de notre poche.» Pour éviter les zones protégées et la rue déjà truffée de tuyaux, les canalisations sont passées… par les jardins des participants.

La suite? Thomas Bucher est confiant et espère convaincre d’autres voisins de se raccorder. Compter 30'000 francs la connexion tout de même. En sachant que les membres ont intérêt à être de bons météorologistes. Un hiver trop doux, et c’est tous les calculs de la petite structure, sans trop de marge, qui surchauffent à leur tour.

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