Un trésor de 1396 découvert par hasard

RomainmôtierPorte d’entrée de l’abbatiale, la Tour de l’Horloge renferme une cloche de bronze qui n’était visiblement pas répertoriée.

La cloche est actuellement bichonnée dans l'atelier de l'entreprise Metacal, à Broc (FR), où travaille Olivier Chammartin.

La cloche est actuellement bichonnée dans l'atelier de l'entreprise Metacal, à Broc (FR), où travaille Olivier Chammartin. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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À Romainmôtier, l’histoire est partout. Elle se rencontre à chaque coin de rue. Et si l’on pense inévitablement à l’abbatiale et sa splendeur, il faut parfois gratter un peu plus pour trouver de véritables trésors du passé qui nous toisent pourtant depuis des siècles. C’est le cas de la tour de l’Horloge, ou plutôt de la cloche que renferme depuis plus de six cents ans cet édifice sous lequel on passe pour gagner les chefs-d’œuvre de l’art roman que sont l’abbaye et son ancien cloître. C’est du reste un peu au hasard et beaucoup à la curiosité d’un campaniste gruérien que la Commune doit de pouvoir rajouter une ligne majeure sur son CV patrimonial. «Nous venons en effet d’apprendre des services de l’État que nous serions en possession de la plus ancienne cloche datée du canton», se réjouit le syndic Nils Monbaron.

Son timbre révèle son âge

L’origine de cette découverte remonte à la Foire aux sonnailles, qui s’est tenue à l’automne dernier. «Après la manifestation où je tenais un stand, j’ai été invité à visiter le centre historique du village. Et cette cloche a sonné au moment où on passait à proximité», explique Jean-Paul Schorderet. Pour le patron de Mecatal, une entreprise de Broc (FR) qui répare les cloches et les horloges d’église, le timbre qu’il entend ne laisse planer aucun doute. «Il ne pouvait provenir que d’une cloche très ancienne. On entend qu’elle chante le vieux bronze.» Clé d’accès au clocher trouvée, l’œil confirme l’impression de l’ouïe. Mais il révèle également l’état précaire de l’installation séculaire.

Les inscriptions qui la ceignent ont permis d’établir qu’elle a été fondue en 1396.

Le Gruérien attire l’attention des autorités sur les risques que représente une cloche de 120 kilos dont la stabilité semble tout sauf assurée. Ni une ni deux, on lui donne le mandat de la décrocher pour pouvoir restaurer l’ensemble. Ce qui lui permet d’analyser la pièce de plus près, dans son atelier. Et notamment les inscriptions qui ceignent son épaule. Soit la partie haute de la cloche sur laquelle repose sa couronne. «Je les ai prises en photos et je les ai envoyées à des connaissances, spécialisées dans le domaine: Matthias Walter, le campanologue du Canton de Berne, et Romeo Dell’Era, archéologue et doctorant à l’Université de Lausanne.» Verdict? Ils déchiffrent les mots suivants: anno domini MCCC nonag sexto ueni gaudtes. Si tout n’est pas clair pour ce qui est des deux derniers mots, les deux spécialistes attestent que la cloche a été fondue en «l’an du seigneur 1396».

Quant à son joug, il daterait de 1850 selon la pièce de monnaie qui y a été clouée.

Informés de la trouvaille, les Monuments historiques en concluent que cette authentification en fait la plus vieille cloche datée du canton. Mais pas la plus ancienne tout court. «Ce titre revient sauf erreur à la cloche du temple de Denezy, reprend Jean-Paul Schorderet. Elle ne porte pas d’inscription, mais on se base sur des spécificités de fonderie pour en estimer l’âge.» Détail piquant, si la tour de l’Horloge de Romainmôtier est bel et bien recensée en note 1, la cloche n’avait apparemment pas été répertoriée.

Joug et ferrures usés

À Broc, elle est donc choyée afin de pouvoir retrouver prochainement son emplacement originel. «La cloche est en excellent état, on s’est contenté de la débarrasser des traces laissées par les fientes d’oiseaux.» Il n’en va pas de même du joug et des ferrures de fixation qui la rattachaient au clocher. «Le plus inquiétant, c’est que ces pièces métalliques ont été rongées par la rouille et qu’elles auraient très bien pu lâcher d’un coup», reprend le campaniste. Elles sont en passe d’être remplacées par des pièces nouvelles, refaites à l’identique. Comme le joug de chêne qui est lui aussi fatigué. Même s’il était apparemment nettement plus jeune que la cloche qu’il supportait, à en croire la date figurant sur la pièce de monnaie qui a été rivée dans son bois. Cette armature datait de 1850.

Créé: 27.01.2020, 07h59

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