Sur Twitter, S3 raconte toujours la même histoire

Saga Swiss Space SystemsL'ex start-up spatiale payernoise qui laisse 32 millions de dettes se défend sur les réseaux sociaux en diffusant d'anciens documents devant prouver sa crédibilité. L'opération est reprise par de faux comptes Twitter.

Les derniers membres de l'ancienne start-up spatiale payernoise veulent rectifier le tir et attirent l'attention des médias sur des documents confidentiels. Seuls de faux comptes anonymes les diffusent.

Les derniers membres de l'ancienne start-up spatiale payernoise veulent rectifier le tir et attirent l'attention des médias sur des documents confidentiels. Seuls de faux comptes anonymes les diffusent. Image: Capture d'écran Twitter

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Disparu de la circulation depuis fin 2016, le dernier noyau dur de la défunte start-up Swiss Space Systems s’est réveillé. Il comprend l’ancien CEO Pascal Jaussi – poursuivi par le procureur fribourgeois Raphaël Bourquin notamment pour faux dans les titres et induction de la justice en erreur –, ainsi que visiblement une poignée de proches, dont plusieurs ressortissants de Croatie, là où S3 dit avoir transféré son siège.

Pour répondre à l’enquête que «24 heures» a consacrée à la saga de l’entreprise payernoise, S3 a lancé une sorte d’offensive sur les réseaux sociaux au titre de «droit de réponse dans la faillite de la start-up». Cela comprend notamment la diffusion d’une série de documents censés contrebalancer les témoignages d’anciens employés et l’incroyable récit de cette aventure spatiale tel qu’il commence à se dessiner, à coups d’emprunts, d’effets d’annonces et de réseaux d’influence.

Ces documents, en voici quelques-uns. Il y a ce que S3 présente comme un contrat de 3,5 millions d’euros sous l’égide de l’Agence spatiale européenne. C’est en fait un assessment of concept validity rédigé par l’Agence spatiale européenne en mai 2012: la section aérodynamique et analyse de propulsion de l’agence résume en quelques lignes le concept de lanceur satellitaire de S3 et conclut que le véhicule K1000, un défunt projet européen de navette réutilisable, est une base technique pour le développement proposé par S3. Aucune mention de contrat.

Autre exemple, une lettre où l’Université Stanford, aux États-Unis, confirme avoir reçu une demande d’admission de la part de S3 à son Industrial Affiliates Program, un accord formel suivra une fois signé un mémorandum et après paiement des cotisations par S3. Aucune preuve par contre que le deal ait fonctionné.

Les autres documents concernent majoritairement Dassault Aviation. Si ces pièces sont authentiques, elles confirmeraient un examen poussé de la part des Français du projet technique et du montage financier prévu par S3. Cela en tout cas jusqu’en janvier 2015, à en croire une sorte de capture d’écran de présentation interne diffusée sur Twitter. C’est la période où S3 commence à prévenir tous ses investisseurs de «retards» de Dassault à entrer dans le capital de la start-up. Dassault n’a pas réagi à nos questions ni à la diffusion de documents présentés comme confidentiels par S3.

En somme, une série de documents sortis de leur contexte mais qui ne contredisent en rien la lecture aujourd’hui faite de l’aventure de S3: «un projet réellement intéressant» mais «au budget insuffisant et au planning trop ambitieux» et que «la gestion centralisée par M. Jaussi n’a pas aidé», nous avaient confié des proches de la start-up. Ce qui est plus surprenant, c’est la méthode de communication aujourd’hui utilisée par Pascal Jaussi. Il s’agit d’un appel à tout va, lancé aux médias, mais qui résonne dans le vide. Sur Twitter, ces messages sont accompagnés de hashtags truffés de fautes d’orthographe. Les rares internautes à réagir sont en majorité faux. L’image et l’identité d’une journaliste d’une chaîne de Bosnie-Herzégovine semblent ainsi avoir été utilisées pour créer un faux compte qui se prend soudain de passion pour l’affaire broyarde et tente d’alpaguer le milliardaire Elon Musk.

«On est plutôt loin des millions de tweets apparus en France durant l’affaire Benalla»

D’autres comptes de défenseurs de S3 ont été créés ce mois-ci sous des pseudonymes tels que «susi müller» ou reprenant la raison sociale de la start-up, comme «S3 Space» ou un curieux «Office Space Solution SA». Bref, des relais peu crédibles. «Par rapport aux millions de tweets apparus en France durant l’affaire Benalla, on est plutôt loin, ironise Stéphane Koch, conseiller en stratégie numérique. Je peine d’ailleurs à comprendre quelle stratégie il y a derrière. Ces faux comptes et ces messages sont à des années-lumière de ce qu’on peut faire aujourd’hui. Là, j’ai l’impression qu’on reste dans la même logique de défense que celle de cette agression du CEO en août 2016.»

Créé: 21.09.2018, 19h28

Le chiffre

17



C’est le nombre de tweets lancés par S3 pour se défendre. Il n’y avait eu aucune communication depuis 2016.

Articles en relation

La débâcle collective de S3 a coûté 32 millions

Saga Swiss Space Systems, épisode 1/5 En actionnant son réseau, Swiss Space Systems a notamment accumulé 4 millions de charges et d’impôts impayés. Plus...

La folle spirale d’emprunts et de dettes qui a coulé Swiss Space Sytems

Saga Swiss Space Systems, épisode 4/5 La start-up qui voulait lancer ses microsatellites a vécu quatre ans sur une pyramide de prêts et d’emprunts. Plus...

Le Contrôle cantonal des finances sur la sellette

Swiss Space Systems Le service chargé de vérifier le soutien de l’État à la société S3 aurait-il pu mieux faire? Pas assez indépendant, jugent certains. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.