Le conflit s’envenime autour d’un horloger licencié

Le LieuLundi, un peu plus de 70 personnes ont soutenu un horloger remercié «pour des motifs injustifiés», estiment-elles. La direction s’explique.

Le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, est venu apporter son soutien au mouvement de protestation contre le licenciement d'un membre du personnel (en blanc).

Le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, est venu apporter son soutien au mouvement de protestation contre le licenciement d'un membre du personnel (en blanc). Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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«J’ai fait des choses que je regrette, c’est vrai, mais les conséquences sont totalement disproportionnées, soupire Mickaël Béday, un horloger de 27 ans. Ils les ont utilisées contre moi parce que je suis délégué syndical et que j’ai organisé mes collègues en comité.» Le jeune homme a été licencié le 24 juin par la société Dubois Dépraz, au Lieu, qui l’employait depuis plus de cinq ans. Elle l’accuse d’avoir commis une faute grave. De son côté, Unia, qui demande la réintégration de l’horloger, estime que «les erreurs qui lui sont reprochées ne justifient en aucun cas un licenciement». Selon le syndicat, il s’agirait en fait de la volonté de l’employeur combier «de trouver à n’importe quel prix des raisons» de se séparer d’un délégué syndical dont l’action aurait dérangé.

Cette version a fait bondir la direction de Dubois Dépraz: «Dans les jours précédant son licenciement, le collaborateur en question, en sa qualité d’horloger et au mépris de toute conscience professionnelle, n’a pas exécuté les instructions d’un contrôleur qui lui avait demandé de retoucher ses pièces défectueuses, explique Pierre Dubois, directeur général, dans un courriel envoyé vendredi dernier. Tout au contraire, il a remplacé à deux reprises une pièce défectueuse par une pièce conforme et placé le mécanisme défectueux dans le lot des mécanismes conformes, déjà contrôlés. Il a ensuite pris soin de croiser les étiquetages, commettant ainsi une grave tromperie.»

Mickaël Béday ne nie pas les faits. Il explique cependant ne jamais avoir voulu nuire à l’entreprise. «Pour moi, tout était bon alors je me suis opposé à la décision du contrôleur, explique l’horloger, dont le short laisse apparaître les portraits de Lénine et de Trotski tatoués sur ses mollets. J’ai péché par excès de confiance. Maintenant, j’ai beau me taper 20 fois la tête contre le mur, ça ne changerait rien. C’est fait, c’est fait.» Par ailleurs, il indique que sa direction aurait fort peu goûté à ses récentes démarches à l’interne, allant même jusqu’à lui mettre de plus en plus de pression. «J’ai fait en sorte que l’entreprise applique la convention collective de l’horlogerie, assure-t-il. Les problèmes concernaient la compensation des heures supplémentaires et le respect du pointage des heures lors du déménagement d’un atelier. On m’a ensuite demandé si j’étais horloger ou syndicaliste, cela veut tout dire…»

PYM vient à la rescousse

Pour soutenir le jeune homme licencié, plus de 70 personnes sont venues manifester devant le siège de l’entreprise, lundi à midi. Des membres du syndicat Unia, mais aussi du POP, du PS et de SolidaritéS, ont fait le déplacement en nombre. «C’est un rassemblement de soutien, de colère et d’avertissement, a tonné Raphaël Thiémard, responsable de l’industrie horlogère et microtechnique à Unia. Nous dénonçons une fois de plus la protection insuffisante dont bénéficent les représentants des travailleurs. Il n’y a pas de paix du travail sans respect des syndicats.»

«Les syndicats suisses te soutiennent, a poursuivi, sous les applaudissements, Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse. C’est une manifestation de colère, comme l’a dit notre camarade, et c’est aussi une manifestation de tristesse. Mickaël, pour avoir simplement développé une culture syndicale au sein de son entreprise, a pris des risques. Ce qu’il subit n’est malheureusement pas exceptionnel.­ En Suisse, au XXIe siècle, il est impensable et infiniment triste de devoir toujours risquer son poste quand on s’engage pour les autres. Notre pays ne peut pas continuer comme ça.»

De son côté, le directeur général de Dubois Dépraz dénonce «la récupération à des fins politiques», pratiquée par Unia. «Il n’échappera à personne que le syndicat monte cette affaire en épingle, alors que les dirigeants syndicaux et patronaux suisses doivent prochainement débattre de la protection des représentants du personnel.» Pierre Dubois, joint au téléphone lundi soir, ajoute­: «En instrumentalisant ce licenciement à des fins politiques, en parlant de licenciement antisyndical sans en fournir la preuve, les différents intervenants de ce jour occultent le comportement irresponsable de Monsieur Béday.» Le directeur indique qu’il laissera les tribunaux trancher «si tel devait être le cas».

Créé: 08.07.2019, 19h36

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