La Vallée se perd dans la longue liste des chemins protégés

NatureEn deux ans, des kilomètres de routes et de chemins ont été réglementés pour protéger la faune. Un peu trop, selon les Combiers

En 2016, des kilomètres de routes forestières ont été fermées à la circulation à la Vallée, notamment en hiver. Depuis décembre, ce sont des itinéraires de sports d'hiver qui sont visés autour du Noirmont. Les usagers grognent.

En 2016, des kilomètres de routes forestières ont été fermées à la circulation à la Vallée, notamment en hiver. Depuis décembre, ce sont des itinéraires de sports d'hiver qui sont visés autour du Noirmont. Les usagers grognent. Image: Patrick Martin

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D’ordinaire pondéré comme un horloger et patient comme un bûcheron du Risoux, le Combier commence malgré tout à sérieusement grincer des dents: courriers à la Feuille d’Avis de la Vallée et à 24 heures, grognements et jolis mots au Conseil communal… l’agacement est palpable.

Le sujet du courroux? Depuis cet hiver, des panneaux de la Direction générale de l’environnement (DGE) ont poussé un peu partout autour des chemins et des chalets du Noirmont, entre Le Brassus et Arzier, soit sur un joli morceau du Jura. Sauf qu’il ne s’agit pas d’indications concernant les prochaines places de pique-nique. Mais de restrictions édictées par le Canton qui condamnent, en cas de neige, des kilomètres de randonnées. Dans tout le périmètre élargi, 124 km de sentiers et de routes devaient désormais être fermés en hiver, et compensés par 16 km de nouveaux itinéraires.

Seulement voilà, ce n’est pas la première fois que des bouts de la Vallée sont l’objet de limitation d’accès. Et, d’après nos informations, ce n’est pas fini.

La tâche se complique

«Disons que petit à petit, toutes ces zones avec leurs appellations et ces aréopages de protections nous compliquent la tâche, résume Stives Morand, syndic du Chenit. Prenons l’exploitation forestière. On nous demande de valoriser notre bois mais on va finir par ne plus savoir comment aller le prendre. On a peur qu’au bout du compte, on se retrouve avec un maillage des zones protégées qui se réunissent…» Moins pondéré, un élu combier, sous couvert d’anonymat vu la sensibilité du sujet, lâche: «Ça commence à bien faire. Les gens en ont marre. Le Canton devrait vraiment faire attention.»

Récapitulons. Les panneaux apparus cet hiver sont en fait une actualisation de la signalisation du district franc du Noirmont. Une zone protégée par la Confédération, via notamment une ordonnance datant de 1991. Mais c’est seulement en 2010 qu’un plan de gestion est lancé, entre autres pour faire face à l’augmentation des activités dans le secteur.

«Entre 2010 et 2013, les conflits potentiels entre tourisme et nature ont été identifiés et un catalogue de mesures proposé, en partenariat avec les communes et tous les acteurs concernés, pour réduire les dérangements de la faune, résume Catherine Strehler Perrin, responsable de la Division biodiversité et paysage cantonale. Ce secteur possède une faune rare et emblématique, comme le grand tétras, très sensible aux activités de loisirs en hiver.»

Résultat, 28 mesures en tout, comme l’interdiction des drones et ailes delta, et les fameux nouveaux itinéraires. Passé une période de tolérance, le Canton prévient que des amendes d’ordre pourront tomber dès l’hiver 2018-2019. Réaction des usagers? «Ça touche de splendides itinéraires hivernaux, surtout la côte des Begnines où je vais depuis cinquante ans, regrette Didier Pantet, randonneur de la région. Des itinéraires balisés et la grande traversée entre les cabanes CAS du Cunay et du Carroz sont simplement interdits du jour au lendemain. C’est la liberté de mouvement qui est touchée.» Avec une soixantaine de signataires, dont un ancien conseiller d’État, le marcheur demande des explications au Canton.

Ce qui irrite les Combiers, c’est que ces restrictions du district franc suivent celles, apparues en octobre 2016, sur les chemins du Risoud. Sur quelque 238 km de routes, la circulation motorisée était réglementée, et souvent interdite sur la totalité de l’année. Là, c’était l’application de la réglementation forestière de 1991, combattue par les Combiers au Tribunal jusqu’en 2010, qui était en cause. «De nouveau, il s’agit de dispositions découlant de la législation fédérale que les cantons se doivent d’appliquer, rappelle Catherine Strehler Perrin. Mais nous avons veillé à ce que l’ensemble des mesures, notamment de signalisation, soient cohérentes.»

Compenser les éoliennes

Le problème, c’est que tout n’est sans doute pas encore connu. En compensation aux projets d’installation du parc éolien d’Eoljoux, sur l’alpage des Grands-Plats, à la limite du district franc, les autorités négocient avec l’Office fédéral de l’environnement la création d’une «zone de tranquillité», qui doit en priorité compenser les éventuels effets des éoliennes sur les fragiles populations de grands tétras. Rien ne filtre tant que les tractations sont en cours. En 2016, il était question d’une zone de 8,4 km2, sans précisions sur les mesures et le périmètre.

La grogne de la Vallée, le Canton assure l’entendre. «On comprend ces réactions et on comprend que tous les objectifs de préservation ne soient pas toujours partagés. Mais cette protection et les contraintes qui en découlent sont à la hauteur de la valeur écologique du site», note Catherine Strehler Perrin. Tandis qu’à ce jour, les Combiers estiment avoir réussi à épargner les circuits importants et à négocier des exceptions, notamment pour les propriétaires de chalets. «Mais on va finir par en faire plus pour la nature que pour les hommes, relève Stives Morand. Oui, nous avons une nature splendide, mais n’oublions pas que c’est nous qui avons su la préserver.»

(24 heures)

Créé: 12.01.2018, 08h11

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