La villa romaine d'Yvonand réapparaît vue du ciel

ArchéologieUne étude fait le point sur des centaines de clichés pris par avion. De quoi dresser un plan précis de l'antique domaine romain.

Vue du ciel, la villa romaine d'Yvonand se dessine dans les champs. Comme ici, lors de la sécheresse de 2003.

Vue du ciel, la villa romaine d'Yvonand se dessine dans les champs. Comme ici, lors de la sécheresse de 2003. Image: Archéologie cantonale vaudoise

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Les champs aussi peuvent parler. Le dernier numéro des Chroniques de l’archéologie vaudoise publie une étude sur la villa romaine d’Yvonand. Une compilation minutieuse et patiente de toutes les photographies aériennes prises sur la portion de campagne qui recouvre l’imposante villa romaine de Mordagne, une des plus grandes de Suisse.

Ce que révèlent ces 225 clichés, pris depuis 1979 par les pilotes, c’est un plan précis de l’antique et luxueux domaine, connu de longue date, mais seulement partiellement fouillé. Seules les grandes lignes étaient connues. L’examen des photos aériennes a permis de dresser le tracé de ses murs, de ses pièces, voire des chemins utilisés dans le jardin. Une étape majeure vers la compréhension de cet immense complexe – 600 mètres de long sur 190 de large –, même si les questions à son sujet sont encore nombreuses.

Résultat stupéfiant

Reste que les résultats sont stupéfiants. Ils ont été obtenus sans le moindre coup de truelle, grâce à une méthode connue des archéologues. Suivant l’humidité du sol ou la saison, les vestiges enterrés sous les champs gênent la croissance des tiges des céréales ou assèchent la luzerne. A la période des labours, des pierres peuvent même être tirées en surface. Du ciel, s’y ajoutent les ombres ou les lignes qui se dessinent dans les cultures. En somme, des indices souvent discrets qui permettent aux spécialistes de découvrir des bâtiments inconnus, de repérer d’anciennes routes ou d’anciens édifices isolés. En 1976, l’ampleur d’une autre villa, celle d’Orbe, était ainsi apparue sur une photographie aérienne.

«Aujourd’hui on en sait beaucoup plus sur l’organisation de la villa d’Yvonand»

«Aujourd’hui on en sait beaucoup plus sur l’organisation de la villa d’Yvonand, explique l’archéologue de l’Université de Lausanne Yves Dubois, auteur de l’étude. On est parvenu à faire la différence entre les traces des murs et des chemins. Nous avons pu préciser les contours de certains bâtiments, tandis que d’autres sont apparus ou n’étaient pas relevés au bon endroit.»

2003, millésime hors norme

Les scientifiques ont eu de la chance, concèdent-ils. «Il y a eu des années extraordinaires», poursuit Yves Dubois. Il pense au climat de 1982, qui a fait apparaître un petit temple au sud de la villa d’Yvonand. Puis il y a eu la canicule de 2003. La sécheresse de juin a fait surgir comme jamais les bâtiments antiques, et même l’ancien cours de la Menthue.

Au final, il semble que la villa ait bénéficié de deux ensembles thermaux privés. «Un pour la représentation, et un pour la vie de tous les jours», suggère Yves Dubois. Ce n’était toutefois qu’une partie seulement de cet imposant complexe constitué – c’est un fait rare – de deux résidences situées de part et d’autre d’une immense cour agricole parsemée de petites granges ou de bâtiments réservés au personnel. Selon les dernières hypothèses, le riche propriétaire romain aurait construit un premier domaine au sud avant d’élever une deuxième demeure au nord, à la fin du premier siècle de notre ère.

Située de nos jours sous un quartier de villas, la résidence devait donner directement sur le lac de Neuchâtel, alors haut de plus de trois mètres par rapport à son niveau actuel. Avec peut-être un petit port et une terrasse. Le sommet du luxe.

Située entre Yverdon et Avenches, la villa de Mordagne devait jouer un rôle commercial de premier ordre dans la région. Incendiée semble-t-il accidentellement, la villa sera reconstruite vers 350 ap. J.-C. Elle aurait ensuite été utilisée jusqu’au haut Moyen Age, ce qui est peu courant.

Cette riche villa n’a été à ce jour que fouillée dans sa partie nord dans les années 1990, lors de la construction d’un quartier moderne, et tout au sud par l’Université de Berne.

Créé: 30.12.2015, 09h48

Recherches archéologiques en cours

Les recherches sur la villa d’Yvonand devraient à terme déboucher sur une publication et une meilleure visibilité du site au Musée d’Yverdon. En attendant, les chercheurs évitent de «faire de grands discours» sur la seule base
des photographies aériennes, si précises soient-elles. «Ces photographies ont un grand potentiel, mais il peut y avoir des phénomènes de terrain trompeurs, commente l’archéologue Yves Dubois. Et c’est une vision instantanée d’une histoire longue de quatre cents ans.» La fonction des pièces reste également souvent ardue à déterminer sans fouilles. «Il devait y avoir des granges, des petits bâtiments utiles pour la fonction agricole de la villa, poursuit le chercheur. Le personnel devait également se loger. La question reste complexe. En dix?ans, un bâtiment peut totalement changer de fonction.»

A noter qu’un quartier résidentiel est prévu dans
la partie nord-est du site, encore intacte. Le projet immobilier devra passer par des sondages préliminaires.

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