Le visage contrasté de la mobilité yverdonnoise
EtudeMême si les modes de déplacement changent, la deuxième ville du canton reste le paradis de la voiture.
Un cas d’école. La façon dont on se déplace au sein d’Yverdon et de son agglomération a fait l’objet de plusieurs analyses poussées ces dernières années. Le diagnostic des spécialistes est sans appel et révèle la prédominance du réflexe automobile – que tout favorise jusqu’ici –, loin devant une mobilité douce naissante. En pleine campagne électorale, ces résultats éclairent les positions de la gauche et de la droite, dont la politique «anti-» ou «pro-voiture» a fait de la mobilité le thème majeur de la course pour la majorité à l’Exécutif de la cité thermale.
Le paradoxe automobile
Yverdon est et reste une ville d’automobilistes. C’est une étude de l’observatoire de la mobilité de l’EPFL qui l’indique, après avoir interrogé il y a trois ans les actifs «en situation théorique de choix multimodal» de Berne, de Lausanne, de Genève et d’Yverdon. Des centres urbains d’échelle supérieure mais qui montrent, selon les auteurs de l’étude, le visage d’une ville moyenne en pleine croissance. A Yverdon, 59% des sondés conduisent tous les jours pour se rendre au travail – seuls 3% font le trajet comme passagers – et 68% utilisent un véhicule quotidiennement. Tandis que le taux de véhicules par habitant est révélateur. Il se situe à 0,49, selon les données du Canton, c’est moins que Payerne, gros bourg centre (0,53), mais plus que Lausanne (0,39) ou Montreux (0,44). A en croire le Service des automobiles et de la navigation (SAN), Yverdon comptait 13 895 véhicules en 2013.
«Yverdon a deux visages, explique Sébastien Munafò, assistant-doctorant à l’EPFL. D’un côté une population est encore habituée à une ville autonome centrée sur elle-même, où il va de soi d’aller au centre-ville en voiture. De l’autre arrive une population plus métropolitaine, provenant surtout de l’arc lémanique, qui est habituée aux déplacements multimodaux.» Parmi les sondés figurent 43% de détenteurs d’abonnements de train, soit, en théorie, autant de pendulaires ou de voyageurs occasionnels. Un chiffre comparable à celui de Lausanne.
Majorité de trafic externe
Le centre d’Yverdon est-il victime du trafic venant de l’extérieur? Selon les bureaux de la Ville, qui s’appuient sur de récents comptages aux heures de pointe, 60% du trafic résultent d’un échange entre la commune et des destinations externes. «Soit Lausanne, Neuchâtel ou les environs», détaille Luc Tomasetti, chef du Service de la mobilité. Avec quasi autant (48%-52%) de pendulaires qui entrent ou qui sortent de la ville. Et 30% du trafic rencontré au centre est lié à des trajets internes. «Essentiellement des courtes distances, poursuit le spécialiste. Aux deux tiers pour motifs professionnels.» Le transit fait 10% du trafic, surtout sur l’axe Yvonand-Grandson en matinée.
Bus en berne
Les Yverdonnois sont peu enclins à utiliser les bus. Seuls 9% des sondés possèdent un abonnement de transport régional. C’est moitié moins qu’à Lausanne, trois fois moins qu’à Berne. La faute, selon les spécialistes, à un réseau encore trop «radial» et centré sur la gare. Un tiers du territoire de l’agglomération dispose pourtant d’une desserte qualifiée de «très bonne à bonne», contre 40% à l’échelle du canton. «En somme, la population qui a le choix n’utilise que très peu les transports publics, poursuit Sébastien Munafò. Peut-être parce que le réseau ne répond pas à leur demande. Les Yverdonnois font plutôt des boucles. Ceux qui ont le choix se demandent ce qui est le plus rapide et le moins contraignant, et c’est souvent la voiture.» Le réseau ne serait ainsi pas assez concurrentiel sur les secteurs d’activité trop proches des accès routiers.
Stationnement tous azimuts
Yverdon comptait fin 2013 6100 places de stationnement d’accès public, selon la Ville. S’y ajoutent au moins 17 000 places privées, allant des garages de villa aux parkings d’entreprises. Soit beaucoup, selon les observateurs, même si aucun chiffre cantonal n’autorise de comparaison.
L’autoroute facile
La situation de l’autoroute est, à en croire les spécialistes, une situation rare voire unique en Suisse. Ce serait à la fois un atout et un créateur de réflexes d’utilisation. «A Yverdon, l’autoroute est presque urbaine», synthétise Sébastien Munafò. Dans toute la région, chaque automobiliste est à cinq ou dix minutes d’une jonction autoroutière. «De quoi attirer des familles appréciant peu les transports publics ou des populations prédisposées à ce type de déplacement.»
Le défi jeune
Les tendances pour les prochaines années sont difficiles à cerner. Tout au plus peut-on s’attendre au rôle différent des jeunes actifs. «Depuis dix ans, on voit que les jeunes ont une voiture plus tard, qu’ils sont prêts à utiliser d’autres moyens, poursuit l’assistant doctorant à l’EPFL. Il leur faut un peu de tout en somme, et ces générations auront un impact sur les demandes futures.»
Pas encore grand pôle urbain, Yverdon en est à une phase cruciale, selon les géographes. Tous les ingrédients sont là pour faciliter l’emploi d’une voiture, alors que le terrain, plat, est propice à la mobilité douce: 13% de cyclistes quotidiens figurent parmi les sondés yverdonnois et la tendance à la «multimodalité» y est accrue. «Dans ces cas-là, deux paradigmes s’opposent, conclut Sébastien Munafò. Soit on répond à la demande automobile qui augmente, soit on tente de l’orienter .»
Créé: 15.12.2014, 18h41
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