«La visite de Monsieur Leuba est une marque de reconnaissance»

DrameLe conseiller d’Etat Leuba a rencontré mercredi la famille de l’agriculteur nord-vaudois qui avait mis fin à ses jours fin avril.

Jean* avait été reconnu coupable d’infraction à la loi sur la protection des animaux.

Jean* avait été reconnu coupable d’infraction à la loi sur la protection des animaux. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Leurs nombreux courriers ne sont pas restés lettre morte. Mercredi soir, la famille endeuillée de Louis*, l’agriculteur nord-vaudois qui a mis fin à ses jours fin avril (notre édition du 26 mai), a reçu la visite du conseiller d’État chargé de l’Économie, Philippe Leuba. «On l’a senti touché, et sa venue est une marque de reconnaissance face à la profonde souffrance qui nous affecte», souligne Laurence*, la fille aînée du défunt. Pour autant, ce rendez-vous n’a pas apaisé la tristesse et la colère, ni le dénuement de cette famille face au geste fatal commis par un septuagénaire qui disait ne plus supporter la pression mise sur l’exploitation par le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV).

Dans la quinzaine de lettres adressées notamment au SCAV et à ses contrôleurs, à son ministre de tutelle, au chef du Service de l’agriculture ou encore à Prométerre, la veuve et ses trois enfants ne se voulaient ni revanchards ni hargneux. Ils écrivaient par besoin de comprendre. «On posait aussi une question qui nous taraudait: les contrôleurs ne sont-ils pas astreints à un devoir de réserve?» reprend Chantal*, la seconde fille. Quelques jours après leur passage, le 1er février, plusieurs personnes savaient déjà ce qui avait été reproché à ces agriculteurs de la région d’Yverdon. C’est justement ce contrôle qui a durement affecté Louis*, le conduisant à commettre l’irréparable, selon sa famille.

Sur ce point-là, aucune réponse de Philippe Leuba mercredi soir, accompagné en la circonstance par Frédéric Brand, chef du Service de l’agriculture, et de Pierre-André Schütz, l’aumônier engagé auprès des agriculteurs en détresse. «Je n’attendais rien de leur venue, relève Jean*, mais on partage le sentiment qu’au Canton ils se couvrent.» «C’est comme s’ils ne voulaient pas qu’il soit dit qu’un dysfonctionnement puisse exister au sein de leurs services», reprennent ses deux sœurs et sa mère.

Pas de commentaire

Philippe Leuba ne réagira pas à cette impression. Contacté jeudi, le conseiller d’État ne souhaite pas apporter de commentaire sur une «visite à caractère privé… entreprise dans une démarche de sympathie envers une famille extrêmement éprouvée», répond-il par le biais de son conseiller personnel, Denis Pittet.

Si la famille ne cache pas une certaine frustration, elle sait que sa démarche n’a pas été vaine. Déjà parce que l’édile aurait reconnu inadéquate une mesure proposée par les contrôleurs. «On nous demandait d’installer un enclos devant notre étable pour faire plus facilement sortir nos bêtes. Or le sol est en pente et nous sommes en plein centre du village…» explique Jean*. Et surtout parce que «maltraitance» – le terme à connotation juridique qui a tant blessé Louis* – ne sera plus utilisé sans raison. Apparemment, les services de l’État réfléchissent en outre à des mesures concrètes pour épauler la quinzaine de familles paysannes en proie à des difficultés liées aux nouvelles réglementations. «Et puis le Canton planche sur un projet destiné à sensibiliser les contrôleurs à leur attitude. On les sent très dictatoriaux, alors que leur approche devrait être plus empathique», conclut Chantal*.

* Prénoms fictifs (24 heures)

Créé: 14.06.2018, 19h59

Le procureur a levé les sanctions

Parmi les courriers adressés par la famille, un avait été expédié au Ministère public de l’arrondissement du Nord vaudois sous la forme d’une opposition aux sanctions reçues… la veille de l’enterrement de Louis*. Reconnu coupable, Jean* avait écopé de 40 jours-amendes à 40 francs avec sursis pendant deux ans et 800 francs d’amende pour infraction à la loi sur la protection des animaux. La justice n’a pas été sourde à son appel et elle a prouvé qu’elle n’était pas forcément inflexible. «Après avoir pris connaissance de ma situation personnelle et professionnelle, le procureur a abandonné les charges qu’ils avaient retenues. Il ne me reste que les frais de procédure à régler», note Jean*.

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