[VIDEO] Des voix d’hommes chantent la résurrection de Jésus Christ

Estavayer-le-LacAu douzième coup de minuit le jour de Pâques, une troupe d’hommes annonce la résurrection lors de la procession du Surrexit.

Vidéo: FLORIAN_CELLA

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Depuis la nuit des temps, les habitants de la vieille ville médiévale d’Estavayer-le-Lac sont dans les premiers avertis de la résurrection du Christ, le dimanche de Pâques. Alors que l’horloge de la Collégiale vient de sonner le douzième coup de minuit, Georges Chanez lance un vibrant «Au premier du Surrexit, marche». Dans la foulée, quelque 70 hommes, réunis depuis quelques minutes sur le parvis de l’église, entonnent un chant grégorien, accompagnés par quelques cuivres. C’est le «Surrexit Christus hodie» (Christ est ressuscité aujourd’hui).

Connaissant un succès grandissant, ce chœur d’un soir ne nécessite point de répétition, pourtant, les paroles des chants liturgiques sont en latin. «On distribue les partitions au fur et à mesure de l’arrivée des chanteurs et au bout d’un petit quart d’heure, tout le monde a compris le rythme», sourit Georges Chanez, l’organisateur de la procession. Au pire, on comptera sur la mémoire des anciens. La procession peut alors se mettre en branle. Elle passera par les diverses portes de la muraille d’enceinte de la ville, le monastère des Dominicaines ou le cimetière, à la lumière des flambeaux. Les ruelles étroites font office de caisse de résonance. Au passage des chanteurs, souvent les volets s’ouvrent.

«C’est une magnifique tradition. En Pologne, cela existe aussi, mais en Suisse, c’est plus rare et je suis heureux d’y participer», se réjouit le curé Lukasz Babiarz, qui avoue que les participants sont probablement davantage là par tradition que par foi. L’abbé est aussi l’un des seuls à comprendre les paroles. Tout le contraire d’Hervé Ranzoni, présent pour la première fois, «venu pour voir et parce que des connaissances m’en ont parlé».

Les Dominicaines chantent

La foule réunit Monsieur tout le monde et têtes connues à l’instar de Samuel Ménétrey, conseiller communal (municipal): «Ce n’est pas une première et je ne participe pas comme élu, mais pour moi». Au monastère, les voix des sœurs sont les seules féminines autorisées pour un chant. «Peut-être parce qu’on ne leur a jamais expliqué qu’elles n’avaient pas le droit», glisse Georges Chanez, tout en rappelant que les femmes ont la tradition des Catherinettes à Estavayer-le-Lac. D’ailleurs plusieurs suivent le cortège en silence.

Devant les chapelles dédiées à la Vierge, on entonne le «Regina Coeli» (Reine du Ciel). Au cimetière, on récite la prière «Notre Père» et on se recueille sur la tombe du dernier bourgeois enterré à Estavayer-le-Lac. Mais pas le temps de traîner, le chef enchaîne rapidement sur un nouveau couplet.

La procession se conclut par la montée de la centaine de marches des escaliers des Egralets, comme un symbole de la montée au Ciel. «À l’époque, «Coco» distribuait les bons pour la choucroute au sommet», lance Christian Gobet, alias Gobio, un des musiciens de la soirée. Désormais, c’est Cédric Chanez, qui joue l’assistant de son papa et remet les sésames. Car le Surrexit marie soif de religion et de fête, avec la fin de la période de carême. Par le passé, les chanteurs apportaient saucisses et pipe pleine de tabac pour marquer le coup. Désormais, la maison des œuvres de la paroisse est pleine à craquer pour la choucroute. «Il ne faudrait pas davantage de monde, parce que je ne saurais pas où les caser», commente Georges Chanez, tout en servant ses compères.

Traditions nombreuses

La tradition du Surrexit remonte au Moyen Âge. Des textes attestent de sa présence dès 1300. Elle est la plus ancienne des coutumes staviacoises liées à la Semaine sainte. Si les catholiques sont du soir, les protestants se lèvent à l’aube pour déjeuner au bord du lac. Pour les plus jeunes, l’énigme du lapin de Pâques lancée par l’Office du tourisme connaît aussi le succès, depuis plus de dix ans.

Le carcasset autour de la Collégiale. Photo: SEBASTEIN_GALLIKER

Enfin, tant vendredi que samedi, le clocher de la Collégiale résonne au son tonitruant du carcasset à midi. Cette sorte de crécelle en bois doit remédier au départ des cloches, parties pour Rome. «Impossible de déterminer de quand cela date, mais on sait que le carcasset sonnait déjà au début du XXe siècle», glisse Gobio, responsable de l’engin. Sauf que désormais, le système électronique de l’horloge ne peut pas être désactivé et les douze coups sonnent avant la cloche en bois.

Créé: 21.04.2019, 14h31

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