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«Nous voulons travailler, pas demander la charité»

La coopérative de réinsertion professionnelle L’Autre temps a perdu les deux tiers de son budget.

Cyril Maillefer, dans la cuisine de sa coopérative à Chavornay. Le Canton s’est désengagé et les programmes de réinsertion sont menacés, mais il n’a pas perdu espoir.
Cyril Maillefer, dans la cuisine de sa coopérative à Chavornay. Le Canton s’est désengagé et les programmes de réinsertion sont menacés, mais il n’a pas perdu espoir.
Patrick Martin

Cyril Maillefer, fondateur de la Coopérative L’Autre temps, fuit la polémique. Il ne veut «pas jeter de l’huile sur le feu», et préfère remuer ciel et terre pour sortir son entreprise sociale des ennuis dans lesquels elle se trouve. «Notre enveloppe annuelle se montait à environ 600'000 francs, dit-il en soupirant. Le Canton n’a pas renouvelé la convention qui nous liait jusqu’à cette année, ce qui a causé une baisse de notre production et réduit notre budget à 200'000 francs. Autant dire qu’en l’état, la totalité de nos programmes ne pourra plus être assurée. Cela a aussi causé six licenciements fin septembre.»

La petite structure montée en 2012 et basée à Chavornay avait pourtant rapidement pris de l’ampleur. «On est peut-être devenu trop grand trop vite», se demande l’éducateur spécialisé de formation, qui dirige aujourd’hui dix employés. «Notre mission est de valoriser le patrimoine culturel et les ressources naturelles locales dans des dispositifs de production en proposant des programmes de réinsertion professionnelle, explique Cyril Maillefer. Nous voulons sortir de l’isolement des personnes qui sont à l’AI, à l’aide sociale ou des réfugiés.»

Que ce soit dans une ferme, dans une cuisine professionnelle, au pressoir d’Orbe ou chez des agriculteurs, les bénéficiaires de la coopérative, une petite vingtaine actuellement, peuvent s’inscrire dans un programme individuel. «Faire quelque chose de sa journée en change la couleur, image le fondateur de L’Autre temps. Tout le monde y trouve son compte. Les personnes reprennent racine en travaillant. Certains redécouvrent qu’ils peuvent y trouver du plaisir.» Ces programmes permettraient aussi une économie: «Les salaires versés aux bénéficiaires de l’aide sociale sont déduits des forfaits que l’État leur verse, insiste-t-il. Ces petits emplois créés par les entreprises sociales sont un modèle d’avenir.»

Travail dans les champs

Ce ne sont pas les maraîchers et les propriétaires d’arbres fruitiers qui collaborent avec la structure qui diront le contraire. «Beaucoup ne ramassaient plus leurs fruits parce qu’ils manquaient de débouchés, assure l’éducateur spécialisé. Nous les récoltons et les pressons. En échange, nous redonnons une partie du jus aux propriétaires des arbres.» Plus de 54 tonnes de fruits ont été pressées l’an dernier. Le solde, ainsi que des légumes bios, est vendu dans les deux magasins ouverts par l’équipe, L’Épicentre, à l’Université de Lausanne, et La Musette, à Romainmôtier.

«Le Département de la santé et de l’action sociale nous donnait 168'000 francs par an, indique Cyril Maillefer. À cette somme venait s’ajouter le financement de nos activités avec les réfugiés, à la ferme de Rovéréaz, à Lausanne. Soit plus de 200'000 fr. par an. Cette deuxième aide dépendait directement de la première.» À l’heure du développement durable, il confie ne pas comprendre pourquoi les activités de la coopérative ne sont plus considérées comme essentielles par le Canton.

«Notre bataille, maintenant, c’est de trouver un partenaire financier pour intégrer nos deux magasins à la coopérative et rejoindre notre chiffre d’affaires qui est de 1,5 million de francs par an. Nous voulons travailler, pas demander la charité.»

Contactée, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) défend sa position. «En fonction de l’évolution des besoins et des priorités fixées par les autorités (notamment par le biais du programme de législature), il arrive que la DGCS réoriente les ressources à disposition vers des projets correspondants à ses objectifs prioritaires, nous répond par courriel Antonello Spagnolo, à la tête de la Direction de l’insertion et des solidarités. Il est de sa responsabilité d’affecter au mieux les ressources dont dispose le Canton pour mettre en œuvre des mesures d’insertion.»

Cyril Maillefer imagine plusieurs pistes pour tirer d’affaire sa coopérative. «Nous envisageons d’augmenter le capital en proposant des parts sociales et de lancer un financement participatif.»

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