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Un week-end pour revivre la Mob de 1940

L'association «Mob Romande» ouvre ce week-end les portes des anciens fortins de Lignerolle et de Ballaigues. Le public est invité à découvrir le quotidien de la dernière guerre, notamment dans les Gardes locales.

Les passionnés de l'association Mob Romande ont pris leurs quartiers dans un ancien fortin tenu autrefois par le 213e bataillon de fusiliers de frontière.
Les passionnés de l'association Mob Romande ont pris leurs quartiers dans un ancien fortin tenu autrefois par le 213e bataillon de fusiliers de frontière.
Philippe Maeder

Ce week-end, Lignerolle va retrouver le parfum de la vieille essence, des premiers disques de Foxtrot, des épais uniformes en laine qui gratte et l’anxiété latente des années 1940. Pour la deuxième fois, la petite association de passionnés «Mob romande» ouvre les portes du fortin démilitarisé des Rogets, un ouvrage conçu en 1939 pour défendre la route venant du col de Vallorbe. Tout y a été reconstruit et meublé à l’identique. Du vieux sac en poils en passant par les gamelles en fer et la photo du général Guisan.

«Ce qu’on cherche, c’est raconter l’histoire avec un petit «H», on veut immerger le public dans le quotidien de leurs grands-pères, montrer ce qu’ils ont vécu. Ce sont des choses qu’on ne peut pas appréhender de la même façon dans un livre ou un musée.» Lausannois d’adoption, français mordu d’histoire et caporal dans la compagnie de reconstitution historique du Bat. Fus. Fr 213, Bruno Aklil sera ce week-end à la tête d’une vingtaine d’hommes et de femmes en tenue d’époque. «Cette année on a voulu montrer au public une autre facette que la vie en uniforme: celle des gardes locaux, le quotidien des gens, de tous ces civils qui se sont engagés pendant toute la guerre. Il ne faut pas oublier qu’à un moment on a engagé des jeunes scouts de 12 ans et des vétérans de 1870!»

Page méconnue de l’histoire suisse, la Garde locale suisse a compté jusqu’à 120 000 hommes (à comparer avec les 450 000 soldats mobilisés en 1940). Des hommes aux pieds plats, des jeunes tireurs ou des vétérans appelés d’un coup de cloche au besoin depuis l’église de chaque village. Logeant chez eux, souvent seulement équipés d’un vieux mousqueton et d’un brassard, ils ont abondamment servi la propagande de l’époque: un mythe de nation en arme, dissuadant l’ennemi et la 5e colonne. Tout un symbole. «En fait, c’étaient des volontaires appelés à décharger l’armée, explique Bruno Aklil. En s’occupant de la surveillance des routes, des travaux d’entretiens, des barbelés, du ravitaillement, d’observation aérienne ou encore du minage des infrastructures, ils ont permis de démobiliser des travailleurs. Ça a relancé l’économie du pays, paralysée par la mobilisation.»

Mémoire en perdition

Les Gardes locales ne sortent toutefois pas de nulle part. En mai 1940, trois jours avant que les panzers allemands ne déferlent sur la France, le général Guisan ressuscite une idée déjà appliquée en 1870 ou en 1914. C’étaient à l’époque des auxiliaires appelés à venir en aide à la Croix-Rouge lors de l’internement des Bourbaki, puis des hommes inaptes au service dans la Landsturm. «On les a ensuite inclus dans les Services complémentaires. Avec le Service complémentaire féminin, les pompiers, la défense passive… Ce sont des choses que la mémoire collective n’a pas forcement retenu, estime Bruno Aklil. On a plutôt conservé le souvenir du citoyen-soldat et de l’armée à la frontière.» Les Gardes locales ont finalement été dissoutes en mai 1967. La Suisse était passée à autre chose.

C’est dans l’idée de «restituer de manière concrète une partie de l’histoire suisse» que les jeunes mordus organisent leurs portes ouvertes de ce samedi. Une démarche historique, de sensibilisation, qui vise à dépasser l’intérêt des seuls passionnés. «Reconstituer permet de prendre du recul. On oublie que la Suisse n’a pas toujours été un pays prospère, que des tickets de rationnement existaient encore en 1949 et que les gens n’hésitaient pas à s’engager pour la collectivité, poursuit le spécialiste. A mon sens, la deuxième guerre est à l’origine de la Suisse moderne.»

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