A Yverdon, un arbre dédié aux victimes de violences

HommageLa Ville aménage un lieu de recueillement suite aux drames qui ont touché la région. Une réponse, partielle, aux mémoriaux privés.

Des proches de Carole étaient venus déposer des bougies et des fleurs devant la porte de la jeune femme.

Des proches de Carole étaient venus déposer des bougies et des fleurs devant la porte de la jeune femme. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On ne sait pas encore si ce sera un oranger. Mais la Ville d’Yverdon prévoit de planter un arbre, samedi prochain, en hommage «aux victimes de violence d’ici et d’ailleurs». L’arbre sera accompagné d’une petite stèle et d’une cérémonie sobre à laquelle toute la population est conviée. L’arbre en question sera planté au quai de Nogent – aux Rives du Lac donc. Un site que la Commune considère comme adapté au recueillement et au calme.

Cette action hautement symbolique fait suite aux deux événements tragiques qui avaient secoué la deuxième ville du canton en novembre dernier: une mère de famille de 31 ans tuée par son conjoint dans un appartement du quartier Sous-Bois et un jeune étudiant de 21 ans abattu d’une balle en pleine tête au cours d’une rencontre au parc des Quatre-Marronniers, un soir, au cours d’une probable transaction de stupéfiants. Le suspect est un Combier de 19 ans.

Pétition avec 800 paraphes

Ces drames, ainsi qu’une série de décès parmi les gymnasiens de la région, les jeunes d’Yverdon avaient tenu à les dépasser par une marche contre la violence. «Pour montrer qu’à la fin la lumière et l’espoir gagnent», se souvient l’une des jeunes participantes. En avait découlé une pétition, avec les paraphes de 800 personnes, demandant qu’un arbre de plus soit planté au parc des Quatre-Marronniers, lieu de recueillement régulier, aujourd’hui encore, des amis du jeune étudiant décédé sur les lieux. «On a juste demandé la permission, rien d’autre, de planter un arbre à nos frais, pour que la vie continue à cet endroit», témoigne, ému, un proche du jeune défunt, qui était un pilier de la scène militante locale.

Alors? Une partie des membres de l’Yverdon associatif applaudit la décision municipale. «C’est un beau geste. Une position qui m’a fait réfléchir. Cet endroit permettra à chacun de se l’approprier, et il a le mérite d’éviter des questions entre les proches de victimes: pourquoi lui a droit à son espace de deuil et pas tel autre?» réagit Mathilde Marendaz, figure de l’association AlternatYv et organisatrice de la marche de novembre dernier. Elle ajoute: «Même si, pour certains, la réponse de la Ville n’en est pas une.» Un comparse abonde. «C’est bien que la Ville réagisse. Maintenant, ce n’est peut-être pas ce qu’on lui demandait.»

C’est toute la question. Les proches du jeune étudiant ont réagi en envoyant une lettre à la Municipalité d’Yverdon. Ils refusent de participer de manière active à la cérémonie de samedi prochain (la Ville leur demandait d’aller déposer un peu de terre sur les racines de l’arbre). «L’idée est très honorable, mais nous ne nous sentons pas assez concernés», écrivent-ils, en précisant rester dans l’attente d’une réponse à leur propre courrier.

Manque de dialogue

Entre les lignes, ils soulignent que leur deuil n’est pas au bord du lac. «On comprend ces souffrances, intervient le syndic Jean-Daniel Carrard. Yverdon est confronté à des drames, comme toutes les autres villes, et c’est pour ça qu’on a cherché un lieu approprié à la violence incompréhensible. On parle d’une généralité, et on la traite de manière globale. On reconnaît qu’il y a des émotions. Mais un parc public ne peut pas accueillir un mausolée privé.»

Une réponse de collectivité, qui cherche à éviter tout sentiment d’insécurité en ville. Juste sur le fond, estime l’animatrice du Centre œcuménique d’Yverdon (CAJO) et proche des jeunes en question, Luisa Shammas. Mais pas la plus adaptée: «Ils demandaient un symbole, un rite qui avait du sens pour eux. Certains jeunes ont eu l’impression de ne pas être reconnus et écoutés parce que la Commune n’a pas répondu directement par une lettre personnalisée à leur demande. Cette génération qui manifeste pour le climat est parfaitement au clair de l’importance de l’espace commun.»

En d’autres termes, on aurait dû faire preuve de pédagogie avec ces futurs citoyens, qui restent des jeunes en souffrance. Elle poursuit: «Il faut se demander s’il y a eu une démarche de dialogue. Ce qu’Yverdon a vécu récemment, plusieurs décès successifs, est extrêmement douloureux et exceptionnel.»

Créé: 24.03.2019, 20h39

Articles en relation

«Il la frappait et le pire est arrivé»

Yverdon-les-Bains La jeune femme de 31 ans trouvée morte chez elle était battue par son compagnon qui a avoué l'avoir tuée. Plus...

«J’ai été témoin de la violence qu’elle subissait»

Yverdon-les-Bains La police et le SPJ étaient déjà intervenus au sein du foyer de Carole, pour des faits de violence conjugale. Son compagnon a fini par la tuer. Aurait-on pu éviter cette tragédie? Plus...

L'auteur du coup de feu mortel a 19 ans

Yverdon-les-Bains (VD) Après l'enquête de la police sur la mort d'un homme dans un parc d'Yverdon, quatre jeunes, dont deux mineurs, ont été placés en détention. Plus...

Le jeune homme abattu à Yverdon dealait «pour survivre»

Drame La victime tuée par balle samedi soir menait une double vie. Très engagé dans des causes sociales, il vendait aussi du cannabis. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...