Comment Yverdon a choisi de lancer sa Riponne du XXIe siècle

Nord vaudoisLe Conseil communal a accepté d’enfouir les voitures et de métamorphoser le centre, cinquante ans après Lausanne.

Le parking souterrain voté, doit venir maintenant le tour du projet de parc végétal en surface, objet de toutes les convoitises.

Le parking souterrain voté, doit venir maintenant le tour du projet de parc végétal en surface, objet de toutes les convoitises. Image: Olivier Allenspach-A

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L’histoire locale retiendra probablement qu’un bon bout du XXIe siècle d’Yverdon s’est joué le soir du jeudi 7 mars 2019. Au terme d’intenses débats, le Conseil communal a accepté la réalisation d’un parking souterrain à la place d’Armes, une idée lancée il y a au moins quarante ans et qui doit, avec le futur quartier Gare-Lac, métamorphoser la deuxième ville du canton.

On ne le dira jamais assez: Yverdon se lance dans un projet titanesque, dont la seule première phase vise à remodeler rien de moins que 4,5 hectares de son centre urbain. Changer la mobilité au sein de la ville. Un parking de 1000 cases à deux niveaux. Un équivalent de la Riponne de 1969, en plus grand. Des sommes de mètres cubes de terre à évacuer et de béton à couler. Rien que le sous-sol est devisé à 16,2 millions pour la Ville et 54,5 millions pour le groupe Marti & Amag, qui devient en échange propriétaire de l’infrastructure jusqu’en 2094 si le chantier se déroule comme prévu. Le réaménagement de surface en parc végétal, lui, attendra la suite (lire encadré).

«Démesuré», «dépassé», «on ne referait pas la Riponne aujourd’hui», «ça bloque notre politique de mobilité pour septante ans», «trop risqué pour les finances publiques», etc., ont lancé les Verts et quelques frondeurs à gauche et à droite. Seuls survivants de l’opposition autrefois vive au projet, ils ne sont pas parvenus à retirer l’objet de l’ordre du jour. Ni à obtenir un vote à bulletins secrets pour grappiller des voix, encore moins à obtenir que le parking soit soumis spontanément à un scrutin populaire. L’effet du bloc de droite, bien décidé à faire passer le projet qui a rempli le dernier journal du PLR. «Je préfère faire partie du Conseil qui l’a lancé plutôt que de celui qui l’a refusé pour les années à venir», a illustré l’UDC Ruben Ramchurn. L’effet surtout des socialistes, convaincus par la majorité et un accord interpartis «voitures contre crèche» signé en début de semaine (notre édition de mercredi). «Une avancée sociale sans précédent à Yverdon et supérieure au nombre de places d’UAPE obtenues par Lausanne», défendent les socialistes. En réalité, ils savaient qu’une opposition au projet, attendu de longue date par la population, était risquée. À la fois parce que le vote allait se jouer à quelques voix, mais aussi parce qu’Yverdon veut faire disparaître sa morne place depuis des lustres. «Rien n’a été fait pour améliorer la place d’Armes depuis le Jardin japonais (ndlr: en 1981)», a achevé le socialiste Gildo dall’Aglio.

En face, les écologistes se disent trahis. Comme à l’écoute de la réponse du PS lorsque les Verts ont demandé leur référendum spontané. «C’est un sujet complexe qui mérite d’être débattu par la population si les Verts l’estiment nécessaire, mais à ce moment-là par un travail de terrain pour récolter des signatures», a ainsi répondu Julien Wicki à ses alliés. Entre les lignes: partez seuls au combat s’il doit y en avoir un. Rendant son micro, l’élu était ovationné par le PLR et l’UDC. Un compromis dynamique, ou une alliance de circonstance. Dans tous les cas, du jamais-vu à Yverdon.

Sine qua non

Dans le tumulte du fond de la salle, la jeune Morgane Balet a été à peine entendue quand elle a dit sa déception devant un projet «déjà ficelé». «C’était à prendre ou à laisser, en somme. Ce n’était pas l’idée que je me faisais de la politique.» C’est peut-être effectivement en liant fortement son parking souterrain au futur Central Park yverdonnois, au futur complexe commercial et culturel Front-Gare, ainsi qu’à la vitalité du centre, que la majorité a finalement convaincu. «Ce projet fait partie d’une globalité. C’est une vision, a plaidé Gloria Capt, municipale PLR de l’Urbanisme. En cas de refus, on ne lancera pas d’autres milliers d’heures d’études pour un autre parking ou pour le Front-Gare. Ni pour le parc en surface. D’autres devront le détruire pour faire ce parking souterrain.» En d’autres termes, celui qui se fera bel et bien un jour.

L’argument d’un parking réceptacle de la mobilité de toute une région dépendante de la voiture. La députée PLR et présidente du TCS-Vaud Pierrette Roulet-Grin a brandi l’horaire des cars postaux. «Plus de 50 communes de notre bassin commercial ne peuvent pas venir à Yverdon le week-end. Arrêtez de nous comparer avec d’autres villes», a-t-elle lancé à l’opposition.

Le lien avec la Riponne, le PLR l’a également fait. «Dès son ouverture, il a fallu l’augmenter en sous-œuvre. Ne faisons pas cette erreur. Vous pouvez faire toutes les batailles de chiffres, ce n’est pas un ouvrage surdimensionné», a argumenté le syndic, Jean-Daniel Carrard, peu avant de remercier les élus pour leur vote favorable.

Yverdon vient d’assister au tournant de la législature. La gauche est plus divisée que jamais. Le PS est fractionné et change d’image. L’UDC semble rentrée dans les rangs. La majorité PLR a défendu et fait passer «son» projet phare dans sa totalité. Avec un tel jeu de cartes, on voit mal comment l’équipe en place pourrait ne pas emporter un nouveau succès, cette fois-ci lors des prochaines élections en 2021.

Créé: 09.03.2019, 18h19

Et maintenant la suite

Dans l’immédiat: Les opposants réfléchissent à un référendum, auquel l’ancien parti Solidarité et Écologie apporte son soutien. Ils auront trente jours pour récolter 3000 signatures, un pari risqué. L’ATE a toutefois déjà annoncé qu’elle ferait opposition.

Cette année encore: La Ville espère lancer le préavis qui concerne le réaménagement en surface, un vaste espace vert avec cheminements piétons et un plan d’eau. Les travaux sont prévus entre 2022 et 2024. Avec la refonte de la rue des Remparts, la facture, entièrement publique, atteint 18,8 millions. Une démarche avec les commerçants doit aussi définir où et comment seront supprimées 795 places de parc au centre-ville.

En 2020,selon le planning, débutent les travaux. Ils sont prévus en deux phases, avec des parkings temporaires. La Ville veut se fonder sur l’expérience du collège des Rives pour éviter la cacophonie au centre. Le parking est censé entrer en service en 2023. À 2 fr. l’heure et avec possibilité d’abonnement. La Ville couvre le déficit jusqu’à 150 000 fr. par an durant dix ans. Au bout de dix ans, le groupe Marti & Amag peut ouvrir le capital de la société créée pour le parking.

Les questions qui restent ouvertes
: les éventuelles découvertes archéologiques, la dépollution du site (à la charge de la Ville) et le coût du déplacement des fibres de Swisscom (en négociation).

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