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A Yverdon, la droite revendique sa part de culture

Théâtres et concerts sont la nouvelle scène du débat politique. PLR et UDC demandent plus d’efficacité.

La petite salle de l'Echandole est devenue malgré elle un des enjeux de ce débat politique qui veut «dépolitiser» la culture yverdonnoise.
La petite salle de l'Echandole est devenue malgré elle un des enjeux de ce débat politique qui veut «dépolitiser» la culture yverdonnoise.
Jean-Paul Guinnard

On s’attendait presque à entendre un giscardien «Vous n’avez pas le monopole de la culture». Jeudi soir, le Conseil de la deuxième ville du canton a été le théâtre d’une série d’interventions du PLR-UDC à l’adresse du dicastère culturel yverdonnois, dirigé par la Verte Carmen Tanner.

En tout, trois interventions ont ciblé ce domaine dans la même séance: les départs en série de plusieurs postes clés, la fusion de deux théâtres (Échandole et Benno Besson), la mise en place d’un plan stratégique global et la réaffectation des sous-sols du château en temple de la vie nocturne. Une démarche inédite, en tout cas depuis deux législatures.

Pour la gauche, c’est certain. «La droite a identifié la municipale comme maillon faible et, vu les prochaines élections, ça ne va pas se calmer», note une élue.

Rien à voir, assure l’UDC Roland Villard. «Par contre c’est vrai que la culture est un domaine que nous avions négligé. Il faut faire un vrai bilan, et s’arrêter sur une vision commune qui dépasse les personnes et les clivages politique. La culture, on compte dessus pour faire rayonner la ville. Elle doit être ambitieuse et convaincre.»

Nouvelle saison

Entre les lignes, les élus assument avoir voulu secouer les habitudes du dicastère. «On s’est rendu compte que des institutions ronronnaient dans leur zone de confort, explique une figure du camp bourgeois. Assumer qu’il y a des lacunes ou des choses qui ne fonctionnent pas, c’est aussi avoir du courage politique.»

Réaction de la gauche? Peu aimable. «On a vu comment vous vous occupiez de la culture quand il a fallu octroyer des subventions à l’Amalgame», a ironisé le socialiste Ervin Sheu, en allusion à un autre récent débat homérique sur ladite salle, également dans le viseur du plan culturel. Ce dernier devrait évoquer, selon son signataire Roland Villard, les conditions d’accès aux subventions communales et la pérennisation de plusieurs partenaires, comme la salle de concert.

La motion demandant le plan directeur a été acceptée par 44 oui contre 27 non, avec plusieurs abstentions de la gauche, qui a répété à plusieurs reprises qu’une étude globale sur l’offre culturelle et sa conduite stratégique était de toute manière en cours de rédaction. En vain.

«Il faut faire un vrai bilan, et s’arrêter sur une vision commune qui dépasse les personnes et les clivages politique»

Le camp bourgeois nie tout cliché des défenseurs de l’art classique et traditionnel. «Il est toutefois vrai qu’il y a certaines lacunes dans l’offre globale, notamment le divertissement adressé aux jeunes, note le PLR Maximilien Bernhard. On doit voir ce qu’on peut améliorer, aussi pour mieux répartir les moyens.»

Pour l’heure, la Ville semble peu encline à entrer en matière sur les propositions principales de jeudi: fusionner les deux théâtres, voire reconvertir l’Échandole. «Si on fusionne la direction, on doit ajouter deux adjoints de programmation. L’économie est minime, souligne la municipale Carmen Tanner. L’autre option est de diminuer l’offre, ce serait une perte, notamment pour le rayonnement de notre ville. L’heure est au développement. Rappelons que notre budget culturel (ndlr: 4,2% des dépenses 2020) est en dessous de la moyenne nationale.»

Pour elle, l’avenir des deux théâtres passe par une complémentarité plus poussée. Plusieurs éminences de la gauche viennent à sa rescousse. Ils critiquent une manœuvre politique qui viserait à contenir le budget du dicastère, voire d’obtenir des moyens de contrôle. «On a eu un débat focalisé sur la forme, avec peu de contenu», note la socialiste Pascale Fischer.

«En fait, cette fronde, surtout UDC, c’est le symptôme de deux visions de la culture qui s’opposent. Une version limitée en termes d’offre et ultrarentable, à l’opposé de celle qui permet de porter la ville. Pour preuve la transformation d’un théâtre en disco.» Cette proposition de l’UDC Ruben Ramchurn est renvoyée pour étude. «Qu’on dise que le monde de la nuit n’est pas de la culture, ça me choque, réagit-il. On a dans la région des collectifs de jeunes DJ et des programmateurs qui font autant, voire plus, que des salles subventionnées. Notre objectif est d’abolir ces distinctions et de faire évoluer les structures vers quelque chose de moins cloisonné. Voilà des années que le public et les responsables changent peu.»

Du sérieux au comptoir

En face, la responsable du dicastère balaie la plupart des critiques. «Ce qui se passe, c’est que nous sommes en train de développer la professionnalisation des milieux culturels restés longtemps bénévoles. On passe au stade d’après. Mais les optimisations sont toujours recherchées. Pour ce qui est de l’Échandole, on les a identifiées. Je pense notamment à la gestion du bar. Nous aussi, on attend plus de rentabilité sur les chiffres.»

Elle poursuit: «Et le monde de la nuit, c’est un des axes de notre politique culturelle». Aux côtés de Léa Romanens, élue verte et ancienne chargée de production de l’Amalgame. «On est tous conscients qu’il y a un manque et qu’il faut des offres fortes. Mais il ne faut pas non plus s’attaquer à une salle parce qu’elle est communale. Surtout celle dont les soirées touchent un public au contraire très diversifié.»

Ces questionnements autour de l’Échandole interviennent après une année 2018 marquée par une baisse de sa fréquentation, de 7900 à 7000 entrées payantes. «Justement parce que la salle a pris des risques dans sa programmation», défend Carmen Tanner.

La droite de l’échiquier politique yverdonnois entend poursuivre sa réflexion sur «un directoire des théâtres» et promet de scruter avec attention l’évolution du dossier. Cette fois, c’est certain, à Yverdon les prochaines élections ne vont pas se jouer que sur ses projets urbains.

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