A Yverdon, l'ouverture tardive des échoppes tourne à l'impasse

CommerceAprès deux recours en justice, la tension est à son comble entre les commerçants, la Ville et le syndicat UNIA à Yverdon. Un cas unique dans le canton. Aucun compromis ne se dégage sur les horaires des commerces

Les magasins du centre, notamment les grandes surface, demandent régulièrement des heures d'ouvertures élargies à Yverdon. Une ville qui se sent mal lotie par rapport aux autres. Avec les défenseurs des salariés, la tension est toutefois à son comble.

Les magasins du centre, notamment les grandes surface, demandent régulièrement des heures d'ouvertures élargies à Yverdon. Une ville qui se sent mal lotie par rapport aux autres. Avec les défenseurs des salariés, la tension est toutefois à son comble. Image: Joana Abriel

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Dans la deuxième ville du canton, les soldes se décident désormais devant les juges. La moindre modification d’horaire ou de dérogation pour les Fêtes vire au psychodrame, voire aux recours judiciaires entre les principaux acteurs du commerce local. À savoir la Ville, la Société industrielle et commerciale (SIC) et le syndicat Unia.

Dernier cas en date, l’organisation d’un Black Friday vendredi, où les commerces du centre étaient autorisés à fermer à 20 heures au lieu de 18 h 30. Saisi d’un recours du syndicat, le Tribunal cantonal a donné raison à la Ville (notre édition de vendredi). Il juge proportionnée l’ouverture exceptionnelle, mais tape sur les doigts de la Municipalité pour son manque de communication. L’info avait en effet été partiellement donnée aux intéressés, qui ne se parlent plus ou presque.

Comment en est-on arrivé là? «Je n’ai aucune explication rationnelle à donner, soupire Laurent Gabella, président de la SIC. Les relations ont toujours été tendues.» Notamment, dénoncent les commerçants, parce que le syndicat serait plus dogmatique à Yverdon qu’ailleurs. En face, Nicolas Rochat Fernandez, responsable de la section nord-vaudoise d’Unia, se creuse aussi les méninges. «Dogmatique? J’aimerais les voir finir le travail à 20 heures un samedi avec des enfants à la maison. Non. C’est comme ça depuis au moins trente ans. Il y a ici une forte influence des grands groupes commerciaux et une Ville qui refuse le dialogue.»

Sont acteurs de ce dossier des personnes aux positions tranchées. Unia a à sa tête un député socialiste en vue, Yverdon un syndic-député PLR, la SIC une des personnalités du Nord vaudois. «Ce qui est curieux, c’est qu’ils arrivent bien à discuter sur certains points, note un Yverdonnois au fait du dossier. Sur les horaires des magasins, c’est impossible depuis des années.» Officiellement, chaque camp en appelle pourtant à un dialogue serein réunissant toutes les parties. «J’ai été chargé de la police pendant treize ans, et donc des réunions de la SIC et du syndicat qui feraient mieux de s’attaquer aux problèmes de fond, appuie le syndic, Jean-Daniel Carrard. On n’a jamais réussi à trouver un terrain d’entente. Mais s’il y a une volonté de dialogue, je les accueille volontiers.» «C’est difficile après ces recours, note Laurent Gabella. Ces choses laissent des traces, même si j’entends les arguments des syndicats.»

Nyon en exemple

Le landerneau politique cite volontiers le cas de Nyon, où défenseurs des travailleurs et des commerçants ont fini par trouver un modus vivendi. Notamment grâce aux talents diplomatiques du syndic, Daniel Rossellat. Pour le syndicat et la gauche yverdonnoise, la Ville à majorité PLR penche trop en faveur des commerçants, dans une optique de sauvegarde de la vie du centre historique, souffrant de la concurrence des commerces de périphérie. Plusieurs sources proches de l’affaire nuancent: la Ville n’a jamais perdu son rôle de facilitateur, recadrant souvent les grandes surfaces du centre et se refusant à remodeler tout son règlement communal.

Un point d’achoppement reste la mise en place d’une CCT à l’échelle de la ville, à l’instar de Lausanne ou de Nyon. «On a fait des dizaines d’autres propositions mais, pour le syndicat, c’est une exigence d’entrée, note Laurent Gabella. Impossible toutefois à mettre en place dans une ville où les commerces sont très petits, ou alors dont le centre de décision est loin d’ici.» Le cas de Nyon, où une telle CCT n’empêche pas les tensions de passage entre les mêmes camps, rebute aussi sans doute le parti commercial. «Une CCT, c’est déjà la base pour des discussions paritaires, reprend Nicolas Rochat Fernandez. Elle permet au moins de mettre les salariés sur un pied d’égalité et de se consulter. Comment fonctionner avec une Ville qui décide de son côté? Comment peut-elle s’assurer que les employés sont bel et bien consultés chez eux, qu’ils ont droit à des compensations?»

Rassurons-nous. Sur le Black Friday, il y a au moins un consensus. «Une heure trente d’ouverture en plus, ce n’est rien, note en substance le syndicaliste. Ce n’est pas ça qui va enrayer la concurrence de Chamard ou de l’e-commerce.» Laurent Gabella: «Qu’est-ce que ce petit geste pour le commerce va changer? On ne remet pas en question des acquis sociaux ou l’équilibre en général.»

Créé: 27.11.2018, 09h42

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