Yverdon tarde à mettre en route les grands chantiers du XXIe siècle

UrbanismeAttentisme ou sagesse, la stratégie qui prévaut pour l'Yverdon de demain peine encore à manifester ses effets.

Image: Olivier Allenspach

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S’il existe une échelle du développement urbain (appelons-la l’échelle d’Orllati, de Bernasconi ou d’Alvazzi) fondée sur le nombre de grues qui peuvent apparaître dans un avenir proche, alors Yverdon est plutôt mal barrée.

Voilà cinq ans qu’aucun plan ficelé, abouti et bichonné de nouveau quartier n’est passé entre les rangs du Conseil communal. Quant aux grues actuellement dans le paysage, elles résultent de projets anciens qui ont profité des derniers espaces encore utilisables: de petits immeubles dans des trous en bordure de quartier, et surtout les quasi-friches étalées le long de l’avenue Haldimand.

Le reste, à savoir les projets urbanistiques majeurs qui doivent donner à la deuxième ville vaudoise son visage du XXIe siècle, traîne toujours dans les tiroirs. La faute à une stratégie de développement dans laquelle la Ville, tous bords politiques confondus, s’est enfermée depuis plusieurs années. Décryptage.

Miser sur tous les chevaux

«Le problème, c’est que la stratégie est de faire avancer tous les projets en même temps, avec des services administratifs débordés, soupire un membre, de gauche, du cénacle politique yverdonnois. Ainsi, rien n’avance alors que le temps presse. On refuse de faire des choix pour ne pas se mettre à dos des promoteurs.» Des critiques qui ne sont pas isolées. Sur le fond, le Développement territorial a également et récemment pointé du doigt une absence de priorisation des projets.

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«Il y a une priorisation qui se fait, mais à l’échelle de l’agglomération, nuance le syndic, Jean-Daniel Carrard. Nous devons gérer un développement de 7700 nouveaux habitants d’ici à 2030. Cela veut dire exploiter le potentiel de plusieurs quartiers, dont certains peuvent se révéler plus lents que d’autres. On ne peut pas se fermer des portes et risquer de tout perdre.» Une vision déjà en place durant l’ancienne législature, ajoute la municipale de l’Urbanisme, Gloria Capt. «Le fait que le Canton change trois fois ses méthodes de calcul de développement (ndlr: l’indice de base de la loi sur l’aménagement du territoire, LAT) n’a pas aidé non plus.»

Sauf qu’à l’heure actuelle la moitié des projets sur lesquels compte Yverdon sont situés sur de jolis terrains que la LAT condamne à un long chemin de croix: les Parties, Roseyres et Coteau-Est, soit un potentiel de 4500 habitants et 750 emplois, qui sont encore en affectation agricole. Autrement dit intouchables à moins d’avoir épuisé toutes les surfaces légalisées de la ville, ce qui n’est pas le cas. Pis, ces projets visent des surfaces d’assolement. C’est-à-dire le sol arable de qualité dont Berne impose aux Cantons un nombre minimal d’hectares à préserver.

Or, pour Vaud, il restait aux dernières nouvelles moins de 60 hectares de réserves d’assolement sacrifiables pour la construction, soit rien du tout. Les ultimes lopins sont actuellement accordés au compte-gouttes par l’État, qui met en place une longue stratégie de reconstitution du stock. En résumé, si Yverdon veut développer un de ces morceaux de terre, il a intérêt à faire vite, très vite.

D’autant plus que c’est sur une de ces surfaces, les Parties, que repose depuis des années tout le schmilblick. On s’accroche: Gare-Lac, le projet d’avenir d’Yverdon, 5000 habitants et emplois, est situé, lui, en zones légalisées et utilisables. Le hic, c’est que, selon les vues des élus en place, il n’est pas question de commencer à développer ce quartier majeur tant que d’encombrants occupants comme le dépôt de CarPostal, le Service des énergies d’Yverdon ou encore Travys promènent leurs véhicules dans les parages. En sourdine et à gauche, cette latence est volontiers critiquée, mais passons.

Le plan, c’est de déménager ces bruyants utilitaires en périphérie. Un temps examinée, la friche Verdan, à l’ouest de la ville, est abandonnée car destinée depuis à un projet immobilier public-privé. Restent donc… les Parties, une de ces surfaces loin d’être légalement utilisables. D’où l’impasse actuelle.

«On va y arriver, le Canton a également tout intérêt à développer Gare-Lac, c’est un site stratégique également pour eux, reprend le syndic. Mais la problématique est énorme.» Du côté du Développement territorial, Pierre Imhof confirme avoir entrouvert la porte aux vues d’Yverdon. «On soutient très fortement Gare-Lac et le déménagement des services présents qui permettra la réalisation de ce plan. Nous entrons donc en matière mais, pour pouvoir empiéter sur des surfaces d’assolement, il reste à démontrer qu’on ne peut pas les implanter ailleurs.»

Surfaces libres

Une formalité, en théorie. Sauf qu’il y a encore des surfaces libres à Yverdon. Dans son argumentaire au Canton, la Ville devra justifier pourquoi des recoins pourtant légalisés n’ont pas encore été utilisés. Par exemple le secteur Pré-du-Canal ouest, de quoi caser en tout cas 650 habitants ainsi que quelques locaux voués au tertiaire. Un joli quartier potentiel en périphérie de la ville, toutefois aux mains de Zurich Assurances, qui n’a pas bougé d’un doigt ces dernières années. Ne reste plus qu’à mettre la pression sur le secteur privé, persuader ses acteurs et faire actualiser les plans datant des années 2000. «Les négociations sont en cours», souligne la municipale de l’Urbanisme.

La solution, alors? Vraisemblablement scinder le développement des Parties: commencer par le volet logistique et sacrifier, en le remettant aux calendes grecques, le volet logements. Ce qui permettrait de déclencher toute la chaîne de dominos. Si aucun écueil ne vient se greffer d’ici là.

Bref, pour la Ville le déclic est désormais agendé pour 2020. Avis à Alvazzi, Orllati et Bernasconi.

Créé: 27.12.2018, 20h06

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