Pourquoi Yverdon ne veut pas avoir sa propre police judiciaire

SécuritéRejetant l’idée d’un élu, la Ville ne veut pas se lancer dans une concurrence entre brigades.

Pas les moyens, pas la taille critique, pas certain que ça marche et surtout pas envie de rouvrir un vaste débat plus ou moins clôt il y a dix ans, Yverdon ne veut pas demander des compétences judiciaires pour sa police du Nord vaudois.

Pas les moyens, pas la taille critique, pas certain que ça marche et surtout pas envie de rouvrir un vaste débat plus ou moins clôt il y a dix ans, Yverdon ne veut pas demander des compétences judiciaires pour sa police du Nord vaudois. Image: Jean-Paul Guinnard

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Lausanne, la première ville du canton, dispose de sa propre police judiciaire. Pourquoi pas nous? En substance, c’est ce qu’a demandé à la Municipalité d’Yverdon le remuant conseiller communal UDC Ruben Ramchurn. Pour le politicien proche des milieux sécuritaires, la deuxième ville du canton et sa police régionale pourraient ainsi gagner en efficacité avec plus de compétences judiciaires, notamment sur le terrain et dans la lutte contre le deal de rue, ainsi qu’en matière de communication à la population.

La réponse est non. L’idée même a fait bondir le syndic («Vous voulez que la conseillère d’État ait un infarctus?») et provoque le quasi-mutisme de la ministre en question, Béatrice Métraux, qui se contente de dire qu’aucune révision des bases légales n’est en vue. Et pour cause.

En l’état, Yverdon est en effet logé à la même enseigne que toutes les Communes vaudoises, où les forces de l’ordre régionales se dédient aux premières interventions et à la police de proximité. Lausanne restant l’exception. La compétence des agents s’arrête donc quand commencent les investigations réservées à la police cantonale, la Sûreté et la gendarmerie, sous l’autorité du Ministère public. Ce transfert au Canton des compétences judiciaires, c’est la conséquence de la mise en place de la «police coordonnée», suite au refus de la police unique par les Vaudois en 2009. Un vaste débat que personne, vraiment personne, ne souhaite visiblement recommencer.

Sur le papier, déléguer des compétences judiciaires à une police régionale comme celle du Nord vaudois serait possible, soulignent plusieurs agents: depuis 2019, les aspirants aux polices locales ou cantonales effectuent la même formation de base à l’école de Savatan. Et, depuis juin 2018, la police cantonale expérimente une intégration de plusieurs agents de la police de l’Ouest lausannois dans sa propre organisation, avec en partie des compétences judiciaires.

Une notable exception toutefois: les enquêtes restent la chasse gardée de la Sûreté. Et c’est logique, signalent des sources policières: «C’est peut-être frustrant pour un agent local d’attraper un dealer et de laisser ensuite les Stups, qui relèvent du Canton, faire l’enquête et les auditions. Mais on ne peut pas se permettre d’avoir des doublons ou de prendre des risques. Imaginez que la filature de tout un réseau capote parce qu’un agent local a bossé dans son coin.»

Et en fait, une police judiciaire yverdonnoise, Yverdon n’en veut pas. «Nous avons certes les problématiques d’une ville, mais pas forcément les moyens et la taille critique pour des inspecteurs et, surtout, la structure qui va autour», souligne Valérie Jaggi Wepf, municipale de la Police et membre du Conseil cantonal de sécurité. «Les coûts mêmes n’ont jamais été évalués. Il faut voir la réalité: des amendes font rentrer de l’argent dans les comptes, pas des saisies et des enquêtes.»

Le commandant de la police du Nord vaudois, Pascal Pittet, abonde: «Si on détache du monde, on est moins dans les quartiers et sur le terrain. Et personnellement, je préfère des agents mobiles, réactifs et engagés dans de la proximité. C’est ça qui permet ensuite de renseigner efficacement la Sûreté.»

Com à améliorer

N’empêche. Quand, en novembre 2019, la rumeur d’une série d’agressions en pleine rue s’est répandue comme une traînée de poudre, Yverdon et sa police se sont distingués par une certaine discrétion. «La police du Nord vaudois aurait pu communiquer et rassurer les gens», note à ce propos Ruben Ramchurn. Sauf que la communication des enquêtes dépend de fait de celui qui a la haute main sur les investigations, soit le procureur du Ministère public.

«Or aujourd’hui, les informations circulent vite, surtout sur les réseaux sociaux. Et on se retrouve dans une situation où ceux qui ont le devoir de rassurer les gens, avec un devoir de réserve, ceux qui sont responsables de la sécurité de la commune, ne peuvent rien dire», note, un brin amer, le syndic et soutien indéfectible des polices municipales, Jean-Daniel Carrard. «Sur le terrain, ça se passe bien, la coopération est bonne, et des informations, on en a, enchaîne le commandant, Pascal Pittet.

Mais ce ne sont pas des informations qu’on peut transmettre à l’autorité politique.» Il poursuit: «La plus-value d’une police judiciaire à notre échelle reste à démontrer. Par contre, il y a encore une marge en matière de communication.» On devine que la police du Nord vaudois pourrait être plus bavarde, là où la Blécherette a le monopole du micro. Ce ne sera visiblement pas pour tout de suite.

Pour le directeur de la communication de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel, la population yverdonnoise a été informée en décembre dernier. «La police cantonale a communiqué. On le fait chaque fois que c’est nécessaire, et en particulier via les réseaux sociaux, pour stopper certaines rumeurs. Quant aux polices régionales, elles ont accès aux informations dont elles ont besoin et dans leur domaine de compétences.»

Créé: 19.02.2020, 20h14

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