L’Yverdonnois aux 57 coups de couteau reste une énigme

ProcèsAprès les experts, au tour des magistrats d’être divisés sur le sort du tueur de la rue du Lac. Le Parquet réclame l’internement.

Avocate du fils de la voisine abattue, Gloria Capt plaide la responsabilité partielle et réclame une condamnation.

Avocate du fils de la voisine abattue, Gloria Capt plaide la responsabilité partielle et réclame une condamnation. Image: Florian Cella

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Un Ministère public qui estime le tueur irresponsable et prône un internement thérapeutique. Des avocats de la partie civile et de la défense alliés pour soutenir une responsabilité diminuée et appeler à une condamnation… L’affaire est pour le moins «atypique», a lui-même admis le premier procureur du Nord vaudois, Christian Maire. Il faut dire que l’histoire de ce monteur sanitaire yverdonnois plutôt effacé qui larde ses voisins de 57 coups de couteau un soir de septembre 2016 parce qu’il se sent persécuté est elle-même hors norme. «Cette affaire est incompréhensible pour tout le monde», relève le défenseur de M.*, Laurent Schuler.

«Dans son monde virtuel»

Après avoir divisé les experts psychiatres, l’un concluant à l’irresponsabilité pénale, l’autre à une responsabilité restreinte, le cas a clivé les magistrats mardi, au second jour de procès.

«Parce qu’ils faisaient trop de bruit, M. a réduit ses voisins au silence éternel. Seul son trouble explique son geste»

Pour le représentant du Ministère public, le raisonnement du premier expert psychiatre mandaté est le plus fiable: «M. croyait que sa voisine cherchait à lui nuire, or il n’y avait rien, si ce n’est dans son imagination, a récapitulé Christian Maire. Il était dans son monde virtuel, comme dans ses jeux vidéo. Et à l’instar de ses héros, il s’est mué en tueur sanguinaire pour régler son problème. Parce qu’ils faisaient trop de bruit, M. a réduit ses voisins au silence éternel.»

Aux yeux du procureur, le trouble du prévenu a généré son geste et seul un internement thérapeutique peut protéger le public d’un risque de récidive avéré.

Parlant au nom du fils de la voisine abattue, Gloria Capt a tracé un autre visage du tueur: «M. n’est pas un simple d’esprit, c’est quelqu’un d’intelligent, avec un Q.I. élevé, qui lit «Le Monde diplomatique» en prison. Qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’était pas capable d’introspection ou d’analyse! Comment peut-on conclure à l’irresponsabilité?» Avec Stéfanie Brun Poggi, autre avocate de la partie civile, elle réclame une peine de prison, assortie d’une mesure ambulatoire, admettant du bout des lèvres une diminution de responsabilité.

L’ombre du cas Dubois

«Ce n’est pas parce qu’il lit «Le Monde diplomatique» qu’il n’est pas malade», s’est agacé Laurent Schuler, appelant ses contradicteurs à admettre les émotions de son client. «Il est plus facile de comprendre la situation si on ne tient pas compte de ses larmes.»

Plaidant le meurtre plutôt que l’assassinat, l’homme de loi a appelé une sanction laissant ouvertes des perspectives à cet homme de 28 ans déterminé aujourd’hui à «payer pour ce qu’il a fait»: «Mon client a connu une évolution importante au cours de ces trois années en prison, grâce à un suivi psychiatrique. Une peine assortie d’un suivi en ambulatoire serait proportionnée et lui permettrait de poursuivre un travail qui commence à porter ses fruits.»

L’avocat a invité les juges à ne pas se laisser gagner par une autre émotion, celle générée par d’autres affaires médiatisées. Référence explicite à Claude Dubois, qui avait à nouveau tué vingt ans après son premier assassinat. De quoi rendre très frileuses les commissions chargées de réévaluer le sort des criminels en internement thérapeutique, faisant de cette option une potentielle condamnation à vie. Verdict jeudi.

Créé: 27.08.2019, 18h02

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