Le notaire d’Echallens assume ses 33'580 actes

PortraitNé dans une famille d’agriculteurs, le notaire Michel Mouquin en a gardé une grande humilité, le goût du travail et les sens des relations humaines

En près de cinquante années de carrière professionnelle, le notaire et ancien député Michel Mouquin a signé plus de 33'000 actes

En près de cinquante années de carrière professionnelle, le notaire et ancien député Michel Mouquin a signé plus de 33'000 actes Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Ce qu’il me reste de ces quarante-sept années de pratique? Tous ces contacts humains et ces solutions trouvées. C’est ce qui rend ce métier de notaire si fantastique. Même si, au fil des ans, le carcan légal restreint toujours plus la mise en place de solutions pragmatiques.» Entré dans sa 71e année le 1er janvier dernier, Michel Mouquin a été contraint par la loi de stopper son activité professionnelle. Une limite d’âge votée, pour la petite histoire, alors qu’il siégeait encore au Grand Conseil. «Mais aujourd’hui, comme la relève est assurée, je suis content d’arrêter.»

Si l’engagement politique du notaire d’Échallens lui a apporté la majeure partie de sa notoriété, c’est son activité professionnelle qui lui a fait rencontrer le plus de monde. Forcément plus de 67 000 personnes puisqu’en près de cinquante ans de carrière, il a signé… 33 580 actes. «Je connais au moins deux collègues ayant passé les 30 000, mais je ne dois pas être loin du record», s’amuse-t-il dans son bureau tapissé des gros livres blancs contenant les précieux documents. Achats de maison, remises de domaines, constitutions de sociétés, mariages ou héritages, tant d’événements marquants de la vie de Vaudoises et de Vaudois couchés sur le papier en son étude. «J’ai toujours accordé la même importance à chaque client. Il faut savoir rester humble, car certaines petites bricoles ont débouché sur des affaires importantes.»

L’humilité n’a de toute manière jamais été un problème pour Michel Mouquin. Né à Penthaz dans une famille d’agriculteurs au milieu de sept enfants, il a perdu son père à l’âge de 9 ans. Du coup, il a financé lui-même ses études. «Je sais ce que c’est de s’enduire les mains de graisse à traire avant de passer une journée à nettoyer les bouteilles d’un vigneron à l’eau froide.»

Doté d’une intelligence et d’une rapidité d’esprit au-dessus de la moyenne, le jeune Michel mènera ainsi sa barque scolaire jusqu’à l’obtention de deux licences: une en HEC et une en notariat. C’est aussi durant cette période qu’il a fait ses premières armes en politique. «À 22 ans, je me suis occupé de la campagne pour l’élection au Grand Conseil du syndic de Penthaz. On n’avait peur de rien, on demandait ouvertement aux gens de doubler les votes», rigole-t-il. Dans son fief, ledit syndic a donc obtenu 660 suffrages sur… 440 votants.

Jeux d’alliances et de stratégies

S’il s’est toujours passionné pour la politique, Michel Mouquin a aussi tenu à garder ses distances avec elle. «Je n’ai jamais eu envie d’en faire mon métier. Je n’aime pas l’idée d’être à la fois le chef et l’employé de tout le monde.» Une distance qui lui a permis de se régaler des jeux d’alliance, de stratégie, voire d’intox. «Ah, quand on demandait de transformer un amendement de la gauche en postulat et qu’ensuite on shootait ledit postulat», savoure-t-il encore avec son air malicieux.

«Michel a toujours aimé le combat d’idées et les belles passes d’armes, explique le député Alexandre Berthoud. Mais quand il utilisait ses talents théâtraux, c’était pour faire bouger les gens.» Car, si le notaire d’Échallens est un homme de droite, il a aussi un grand sens de l’État. «Il a toujours tenu à lui permettre d’assumer ses responsabilités, poursuit celui qui lui a succédé au Grand Conseil. Une grosse voix et un grand cœur.»

Ce recul a sans doute aussi aidé le notaire d’Échallens à avaler les quelques couleuvres ayant parsemé sa carrière politique: son éviction de la Municipalité de Morrens lorsqu’il s’est présenté pour la place de syndic – «à 29 ans, j’étais sans doute trop présomptueux» – son échec pour deux voix à l’élection du Grand Conseil de 1986 – «je n’ai pas demandé de recomptage. Ce n’était pas au nouvel arrivant de le faire» – ou son entrée dans la même assemblée en 1995 comme second vient-ensuite après l’élection de Charles Favre au Conseil d’État, puis la nomination de Marc-Étienne Piot comme préfet. Une arrivée sur la pointe des pieds, qui sera compensée par de bonnes réélections en 1998, 2002 et 2007; sans doute grâce au rôle important qu’il a joué dans le redressement des finances cantonales.

Adepte de l’autodérision, Michel Mouquin reconnaît que cette période n’a pas été de tout repos pour ses collaborateurs. «Je n’ai pas toujours été agréable, principalement à cause de ma suroccupation et du téléphone. Savoir qu’une liste de personnes à rappeler m’attendait au bureau me stressait. Pour le reste, j’ai été un vrai patron, qui engueule son personnel, mais sait aussi le défendre.» Le fait que plusieurs de ses collaboratrices l’aient supporté plus de vingt ans prouve toutefois que si ses colères étaient hautes en couleur et riches en décibels, elles ne franchissaient pas la ligne rouge.

À l’heure de prendre sa retraite, Michel Mouquin ne craint pas de se retrouver désœuvré. Il conserve en effet encore quelques mandats de longue date, comme son rôle de conseiller juridique pour Y-Parc ou les présidences de la zone industrielle de Chavornay et du Syndicat d’améliorations foncières du Mont-sur-Lausanne, le plus grand du canton. La garde occasionnelle de ses petits-enfants, le suivi de l’actualité politique vaudoise et les grands matches de foot internationaux combleront le reste de son agenda. «Et puis, je resterai à disposition de l’étude comme conseiller. Je continuerai à toucher la main aux gens qui viendront désormais chez mon fils.» (24 heures)

Créé: 23.02.2018, 09h15

Bio

1948
Naissance le 28 janvier à Pompaples.
1971
Débute son stage de notaire à Échallens.
1973
Se marie avec Catherine; naîtront trois enfants, Julien en 1977, Mélanie en 1978 et Elsa en 1980.
1978
Est élu municipal à Morrens.
1982
Entre à la Fondation Les Châteaux et au Syndicat d’améliorations foncières du Mont-sur-Lausanne; deux structures qu’il préside toujours.
1986
Rate l’élection au Grand Conseil pour deux voix.
1987
Entre au comité du FC Échallens; en sera président de 1990 à 1997.
1989
Construit un bâtiment à Échallens et y installe son étude.
1995
Entre au Grand Conseil comme 2e vient-ensuite, mais sera bien réélu en 1998, 2002 et 2007. Chef du groupe radical de 2002 à 2007.
1997
Entre au Remaniement de Chavornay en tant que président.
2012
Quitte le Grand Conseil.
2018
Confie les rênes de son étude à son fils Julien Mouquin et son associé Didier Rickli.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Macron et la France bloquée. Paru le 21 avril 2018.
(Image: Valott) Plus...