Le nouveau job d'Anne-Catherine Lyon interpelle

Plateforme10L’accession de l’ancienne ministre de la Culture à la présidence d’une fondation attise des soupçons de conflit d’intérêts.

Anne-Catherine Lyon, ancienne conseillère d’Etat.

Anne-Catherine Lyon, ancienne conseillère d’Etat. Image: PATRICK MARTIN

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Anne-Catherine Lyon devrait-elle s’abstenir de présider la Fondation pour le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA)? C’est ce que pensent certains élus et des personnalités du monde de la culture. L’ancienne conseillère d’Etat socialiste, qui a quitté ses fonctions à la tête du Département de la formation et de la culture (DFJC) il y a quelques jours, a élaboré elle-même la loi pour la création de cette fondation, modifiée et approuvée par le Grand Conseil le 9 mai dernier. Dans la foulée, à trois semaines de la fin de la législature, le 7 juin, le Conseil d’Etat a indiqué que c’est la ministre sortante elle-même qui allait présider ladite fondation.

«Cette nomination est problématique», juge un député. Pourquoi? Le MCBA est intégré au projet Plateforme10 présidé par Chantal Prod’hom, qui est proche d’Anne-Catherine Lyon. Elles se retrouveront à deux postes clé d’un projet culturel phare pour le Canton. «Le moins que l’on puisse dire c’est que cette proximité n’est pas très heureuse. Cela donne l’impression d’une coterie», dénonce le député veveysan Jérôme Christen (Vaud Libre), l’un des seuls élus à oser émettre des critiques ouvertement, via les réseaux sociaux.

«Curieuse proximité»

Un risque de conflit d’intérêts? Plusieurs élus ne l’excluent pas. L’une des missions de la fondation consiste, selon la loi votée en mai, à «participer au développement du Pôle muséal (Plate­forme10) en collaboration avec les différentes institutions qui le constituent». Anne-Catherine Lyon n’a pas pu être atteinte pour répondre à nos questions sur le sujet. «Cette proximité est en tout cas curieuse», considère un PLR. La conseillère d’Etat Cesla Amarelle (PS), qui vient d’arriver à la tête du DFJC, ne fait aucun commentaire et renvoie à son collègue Pascal Broulis (PLR) le soin de s’exprimer.

Un problème? «Circulez, il n’y a rien à voir», dit en substance Pascal Broulis. La présidente de la fondation «n’aura pas de responsabilité au sein de Plateforme10. Il y a une séparation entre la conduite du projet Plateforme10 et la gestion future du nouveau MCBA», dit le conseiller d’Etat. Il estime que son ancienne collègue «est certainement la mieux placée pour établir solidement cette fonction et lui donner son impulsion. Cette fondation est à construire.» Le temps d’activité estimé de la présidente sera de deux jours par semaine jusqu’à fin 2018, puis se réduira. La rémunération du poste serait encore floue.

«Je ne veux être jugée que sur mon travail», affirmait Anne-Catherine Lyon il y a quelques jours. La capacité de travail de l’ancienne ministre n’est en fait remise en cause par personne. Même Jérôme Christen juge «positif qu’une ancienne conseillère d’Etat mette son temps et ses compétences à disposition de la collectivité.» Membre de la commission pour le Pôle muséal, l’ancien député Jean-Marie Surer (PLR) assure: «C’est la bonne personne au bon poste. Elle a le réseau, les compétences et les connaissances.»

«Las de ces histoires»

Cependant, des élus font part de leurs critiques en aparté, tout en rechignant à en parler à visage découvert. Malaise? Cette nomination «est ennuyeuse parce qu’elle prolonge un problème qui s’est déjà posé pendant la législature», affirme un député. La nomination de Chantal Prod’hom à la direction de Plateforme10 en 2015 (lire ci-dessous) avait en effet déjà surpris de nombreux observateurs. Le Conseil d’Etat avait alors fait dépendre Plateforme10 du Département de Pascal Broulis, plutôt que du DFJC, ce qui avait eu pour effet d’éteindre les critiques. Jérôme Christen dénonçait à cette époque «un bel exercice de copinage». Le Conseil d’Etat «n’avait pas nommé quelqu’un d’extérieur, mais une personne qui était déjà là, à la tête du MUDAC (Musée de design et d’arts appliqués contemporains) et qui avait toutes les compétences requises», rappelle aujourd’hui Pascal Broulis.

«Le mari de Cesla Amarelle, qui était dans l’équipe dirigeante du CHUV, a démissionné lorsque son épouse a été élue, constate un élu de gauche. Je ne vois pas pourquoi certains feraient des efforts de transparence et pas d’autres. D’autant plus que si tous les conseillers d’Etat se font recaser, on n’a pas fini.» Et de citer l’exemple de l’ancien conseiller d’Etat genevois Charles Beer (PS) qui a repris la présidence de Pro Helvetia, à l’extérieur de son canton.

Jérôme Christen ne fera pas d’intervention au Grand Conseil: «Je suis un peu las de ces histoires, dit-il. Personne d’autre ne réagit et c’est à mon sens encore un effet de l’entente gauche-droite qui prévaut dans le Canton.» (24 heures)

Créé: 15.07.2017, 08h11

Une gouvernance encore floue

Le Pôle muséal, alias Plateforme10, est physiquement en train de se construire, tout comme son organisation juridique. Il n’est donc pas évident d’y voir clair dans les relations futures entre ses différentes entités.

Un retour en arrière est nécessaire pour poser les choses. En 2010, le Conseil d’Etat décide d’installer le nouveau Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) sur la parcelle de la halle aux locomotives à Lausanne. Le choix de ce site suscite quelques polémiques, mais le gouvernement souhaite rapidement en faire un quartier aux musées en y rapatriant l’Elysée et le Mudac. On parle alors d’un «pôle muséal».

Début janvier 2015, les conseillers d’Etat Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis, accompagnés du syndic de Lausanne de l’époque, Daniel Brélaz, annoncent qu’ils dotent ce pôle d’une «gouvernance». Ce «Conseil de direction» a la mission d’«établir le concept général d’exploitation des activités, les animations et de l’utilisation des espaces communs du Pôle muséal», détaillaient alors les autorités. Ce nouvel organe de pilotage est composé des directeurs des trois musées concernés ainsi que des représentants des fondations Vallotton et Toms Pauli. Le Conseil d’Etat nomme Chantal Prod’Hom, la patronne du MUDAC, à la présidence de ce Conseil de direction.

Pour éviter un conflit d’intérêts, ce poste de présidence dépend du Département des finances et pas de la culture.

Les trois musées doivent garder leur propre identité, mais à terme leurs statuts juridiques seront harmonisés, afin de favoriser les synergies. Dans cette optique, le Département de la culture a élaboré un projet de loi pour la création d’une Fondation de droit public pour le MCBA. Le texte est voté en 2014 par le Grand Conseil. Son règlement d’application est, lui, adopté lors d’une des dernières séances du Conseil d’Etat de la législature. Au passage, le collège gouvernemental nomme un de ses membres, la sortante Anne-Catherine Lyon, à la présidence du conseil de fondation. Une annonce faite sans grand tapage.

Cette fondation existe désormais sur le papier. Selon le règlement d’application, «elle coordonne ses activités avec le conseil de direction de Plateforme10». En l’état actuel, il est difficile d’en savoir plus. Le cahier des charges du conseil de fondation du MCBA reste encore à définir avant sa mise en place officielle au début de l’année prochaine.

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