Toutes les nuances de vert connaissent le succès

Conseil nationalLes Verts et les Vert’libéraux doublent chacun leur représentation au Conseil national. L’UDC perd un siège et le PDC est contraint de tirer sa révérence.

La candidate des Verts Adèle Thorens Goumaz, à gauche, est félicitée par la candidate Sophie Michaud Gigon, à droite, au stamm du parti.

La candidate des Verts Adèle Thorens Goumaz, à gauche, est félicitée par la candidate Sophie Michaud Gigon, à droite, au stamm du parti. Image: Keystone

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Verts, Jeunes Verts, Vert’libéraux, Jeunes Vert’libéraux… Toute la gamme du vert politique progresse fortement dans le canton. Vaud ne diffère pas des résultats nationaux. Le PLR et le PS, traditionnels mastodontes de la vie politique vaudoise, limitent la casse, tout comme l’UDC. Le PDC de Claude Béglé coule. La participation est en baisse par rapport à l’élection précédente. Elle atteint 41,4%, en recul de 1,5 point.

Verts en fête

C’est un dimanche de fête au Café du Simplon, qui accueille le stamm des Verts vaudois désormais troisième parti vaudois à la place de l’UDC. Le bistrot, collé à la Gare, s’est d’ailleurs vite révélé trop petit. Ils s’attendaient à faire de bons résultats, mais pas de cette ampleur. Leur score (liste mère, liste jeune) au Conseil national fait un saut spectaculaire (19,7%) par rapport à 2015 (11,3%). Le nombre de sièges double: quatre d’entre eux vont siéger au National. Ils étaient quasi assurés de cette victoire vers 14 heures. Ils n’ont pas eu à vivre le suspense des autres partis, jusqu’aux tardifs résultats de Lausanne à 21 h 45.

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Derrière les deux sortants, Adèle Thorens et l’inamovible Daniel Brélaz, se placent Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC), et Léonore Porchet, communicante. On découvre le symbole de l’envol des Verts avec la climatologue Valentine Python, de La Tour-de-Peilz. Inconnue sur la scène politique cantonale jusqu’à hier, elle dépasse des candidats aguerris. Au resto Le Milan, les très souriants Vert’libéraux sirotent des chopes de bière blanche. Ensemble, liste mère et liste jeune font plus que doubler leur score. Un bond de 3,9% à 8,3% depuis 2015. Leur président, François Pointet, rejoint sous la Coupole Isabelle Chevalley, qui ne sera plus la seule vaudoise du parti.

Les Vert’libéraux ont siphonné une part de l’électorat du centre, au détriment du Parti démocrate-chrétien. C’est du moins ce qu’avance Axel Marion candidat malheureux, pour expliquer la perte de l’unique siège, celui de Claude Béglé: «La poussée verte déplace une partie de notre électorat chez les Vert’libéraux», soupire-t-il.

L’UDC réduite à trois

L’UDC fait aussi partie des perdants. Jean-Pierre Grin, Jacques Nicolet et Michaël Buffat sauvent leur siège. Le parti (liste mère, liste jeune) dégringole de 22,6% à 17,4% et perd un siège, celui qu’occupait la désormais retraitée Alice Glauser. Jean-Pierre Grin se dit «étonné par la poussée des Verts» et assure qu’il faudra «trouver des solutions pour bloquer le réchauffement climatique».


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Le PLR, lui, sauve ses cinq sièges tout en régressant aussi, de 26,8% en 2015 à 23,4% aujour­d’hui. Pas grand-chose à fêter donc. La future ex-conseillère d’État Jacqueline de Quattro décroche un siège. Mais elle n’arrive qu’en quatrième position, derrière Olivier Français, Isabelle Moret et Olivier Feller. Frédéric Borloz est aussi réélu. «Il est difficile de faire face à un mouvement qui presque chaque semaine descend dans la rue», souligne ce dernier en évoquant les manifs du climat. Laurent Wehr­li, lui, perd son siège. Mais il compte sur une réélection d’Olivier Français au Conseil des États pour rester au Conseil national.

Merci à Maillard

Toujours dans le quartier sous-gare, au Restaurant de Fontenay, stamm des socialistes, les couleurs de Coca-Cola se marient avec celles des nombreuses bannières du PS. Le parti peut remercier sa nouvelle locomotive Pierre-Yves Maillard, patron de l’USS. Il retrouve le Conseil national quitté en 2004.

Retiré du gouvernement vaudois en mai dernier, il est le Vaudois le mieux élu. «La vraie poussée verte est une bonne nouvelle pour la gauche dans son ensemble, à condition que le PS ne baisse pas», observe la locomotive dans l’après-midi. En nombre de sièges, les résultats lui donnent raison. Mais pas en suffrages, le parti passe de 22,2% à 20,4%. Pierre-Yves Maillard se classe à une dizaine de milliers de voix devant Ada Marra. Suivent Roger Nordmann, Samuel Bendahan et Brigitte Crottaz. La présidente Jessica Jaccoud est la première des viennent-ensuite. Elle entre sous la Coupole si Ada Marra est élue au Conseil des États. Jessica Jaccoud dépasse Nicolas Rochat Fernandez, qui venait juste d’entrer au National.

La gauche de la gauche, elle, ne profite pas d’une progression de la «grande» famille de la gauche. Elle ne retrouve pas son siège perdu en 2011. Le POP, avec 1,89%, fait moins qu’Ensemble à Gauche (SolidaritéS et alliés), qui le dépasse avec 2,22%. Les deux formations avaient conclu un sous-apparentement, mais cette stratégie a échoué.


Analyse

Les Verts prennent une autre dimension

L'électorat du mouvement vert s'est parfois montré volatil par le passé. Mais cette fois, le moteur des Verts semble alimenté par une prise de conscience grandissante dans la population de la question climatique. C’est anecdotique, mais le score canon d’une quasi inconnue, la climatologue Valentine Python, est révélateur d’un électorat qui cherche des compétences scientifiques pour répondre à ses préoccupations sur l’avenir de la planète.

Le résultat de la liste des jeunes est l’autre fait marquant de cette vague écolo au niveau vaudois. Sur le papier, cette liste était la plus en adéquation avec les jeunes qui ont manifesté pour le climat. Et cela s’est concrétisé dans les urnes. Les Jeunes Verts dépassent la barre des 3%. Du jamais-vu pour une liste jeune dans le canton. Ils ne décrochent pas un siège, mais donnent un sacré coup de main à leurs aînés. «On ne s’attendait pas à une pareille progression dans les campagnes», s’étonne Oleg Gafner. Le coprésident des Jeunes Verts vaudois met le doigt sur un phénomène qui concerne également la liste mère. Dimanche, tôt dans l’après-midi, alors que les résultats des petites communes tombaient, les Verts étaient déjà bien placés. Le vote écologiste se répartit sur l’entier du canton. Ce qui n’était pas le cas auparavant.

Si les Verts consolident durablement leur assise électorale dans le canton, les équilibres au sein de la gauche vont être modifiés. Jusqu’à maintenant, l’alliance entre les écologistes et les socialistes a toujours été harmonieuse. Mais on savait qui étaient les gros et qui étaient les petits. Chacun était à sa place. Il faudra surveiller la réaction du PS, dès lors que son partenaire junior est sur ses talons. À ce titre, le deuxième tour de l’élection au Conseil des États pourrait donner quelques indications. L’électorat socialiste votera-t-il le ticket Thorens-Marra ou sera-t-il tenté de biffer la Verte pour protéger sa candidate?

Renaud Bournoud

Créé: 21.10.2019, 01h17

Les tops

Valentine Python

Inconnue sur la scène cantonale, l’élue de La Tour-de-Peilz devance deux colistiers médiatiques. Elle termine 5e et entrera au National si Adèle Thorens est élue aux États ou si Daniel Brélaz arrête en cours de législature. Sa formation de climatologue a, semble-t-il, attiré la faveur des électeurs.

Pierre-Yves Maillard

Certes, personne n’aurait misé un kopeck sur une déroute de l’ex-ministre Pierre-Yves Maillard, vrombissante locomotive du PS. Mais en caracolant en tête de la liste avec 9000 voix d’avance sur sa dauphine Ada Marra, il montre que son aura ne faiblit pas auprès des Vaudois.

François Pointet

Le mathématicien, président des Vert’libéraux vaudois depuis 2014, fait moitié moins de voix que sa colistière Isabelle Chevalley, mais il décroche son ticket pour Berne grâce à la progression de son parti. Une belle performance pour celui qui est longtemps resté dans l’ombre en politique.

Les flops

Nicolas Rochat

Nicolas Rochat Fernandez a renoncé au Grand Conseil, qu’il devait présider, pour accéder ce printemps au National comme vient-ensuite. Le calcul était risqué. La prime au sortant n’a pas marché et le syndicaliste termine en septième position. Il n’a siégé à Berne que deux sessions.

Anaïs Timofte

L’échec de la nouvelle figure du POP – dont la liste est devancée par celle d’Ensemble à Gauche – symbolise celui, collectif, de l’extrême gauche, qui manque son retour à Berne. À Genève et à Neuchâtel, la gauche radicale a pourtant réussi à se placer.

Laurent Wehrli

Avec près de 3000 suffrages de moins qu’en 2015, le syndic de Montreux laisse de peu le dernier siège radical à Frédéric Borloz. C’est aussi l’effet de la candidature de Jacqueline de Quattro. Premier vient-ensuite, il sera élu si Olivier Français passe aux États le 10 novembre prochain.

Béglé trébuche et entraîne le PDC

Est-ce que le voyage de Claude Béglé en Corée du Nord et les louanges qu’il a adressées au régime de Kim Jong-un lui ont coûté son siège? La question était sur toutes les lèvres ce dimanche, après la non-réélection du seul élu vaudois du Parti démocrate-chrétien (PDC) au parlement fédéral. Le parti n’a réuni que 2,4% des voix, son plus mauvais score dans l’histoire récente. Il avait récolté 3,07% en 2015.

Ce n’est toutefois pas la première fois que le PDC vaudois doit quitter la scène fédérale après un échec électoral. Il y était revenu la dernière fois en 2007 avec Jacques Neirynck.

Gérald Cretegny, vice-président du parti cantonal, reste courtois vis-à-vis de son futur ex-parlementaire Claude Béglé: «Nous ferons l’analyse après coup. Mais ce voyage a certainement pesé à un certain moment dans le choix des Vaudois.»

Axel Marion, seul représentant du parti au Grand Conseil, est quant à lui plus direct pour chercher une cause à cet échec: «Il s’agit sans doute du voyage en Corée du Nord, mais cela peut aussi être l’ensemble de la législature de Claude Béglé. Ce qui est sûr, c’est que les gens ont fait l’équation Béglé égale PDC.»
Ce dimanche Claude Béglé a obtenu environ 5500 voix. La chute est véritablement impressionnante pour l’ancien président de La Poste, par rapport au score qu’il avait engrangé il y a quatre ans: 12'367 suffrages.

La suite? Gérald Cretegny arbore un discours officiel mi-figue mi-raisin. «Mais la campagne a apporté quelque chose de positif à notre parti: il a retrouvé des forces jeunes et dynamiques, qui nous permettront de rebondir, estime-t-il. L’avenir du PDC n’est pas forcément noir. D’autres votations et d’autres élections sont à venir.»

Mathieu Signorell

«On a davantage capté l’électorat jeune»

Les Verts gagnent deux sièges au National. Franchement, vous vous y attendiez?

Ce dont on était quasi sûr, compte tenu des résultats de 2015 et du trend national, c’était d’obtenir un troisième siège. En décrocher un quatrième faisait en effet partie des scénarios, mais en faire état aurait été pécher par arrogance. C’est une bonne surprise. Avec 18%, on dépasse de loin notre score historique de 2007, où nous avions fait un peu plus de 14%.


Votre marge de progression n’était pourtant pas aussi haute ici qu’ailleurs en Suisse. Au-delà du trend national, y a-t-il une explication «vaudoise» à ce résultat?

On voit en effet que les résultats des Verts sont bons partout.La population a souhaité élire des gens qui vont se préoccuper du changement climatique. Les grèves du climat ont plus fortement pris dans le canton de Vaud qu’ailleurs. Je pense qu’ici on a davantage capté l’électorat jeune, comme le montre aussi le bon score des Jeunes Verts.


Forts de leur succès, les Verts vont-ils briguer un deuxième siège au Conseil d’État à la faveur du départ de la ministre PLR Jacqueline de Quattro, élue à Berne?

Cette discussion doit avoir lieu au sein du parti. À titre personnel, je pense qu’il ne serait pas raisonnable d’attaquer un siège de droite alors qu’il y a déjà une majorité de gauche au Conseil d’État.

V.MA.

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