La nuit veut faire sa fête au harcèlement

LausanneSous l’impulsion de GastroLausanne, bars et clubs adoptent une charte assurant à leurs clientes de passer une bonne soirée.

Clubs (ici le D! Club) et autorités vont constituer un groupe de travail qui aboutira à la charte Label Nuit avant l’été.

Clubs (ici le D! Club) et autorités vont constituer un groupe de travail qui aboutira à la charte Label Nuit avant l’été. Image: Keystone

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C’est le sujet de cette fin d’année: le harcèlement de rue à l’encontre des femmes. A Lausanne, selon les résultats d’un sondage que viennent de présenter les autorités, 72% de Lausannoises d’un panel de femmes âgées entre 19 et 25 ans affirment avoir été confrontées à des sifflements, des insultes sexistes ou des attouchements. Des faits qui se déroulent à 77% durant la nuit et à 18% dans les bars, les restaurants et les discothèques.

Il n’en fallait pas moins pour que, sous l’impulsion de l’association GastroLausanne qui regroupe 415 membres, le milieu de la nuit se mobilise. Une charte Label Nuit sera ainsi adoptée d’ici au printemps prochain. Elle vise à améliorer la qualité de vie nocturne et, en ce sens, elle fera sienne la lutte contre le harcèlement. Son président, Thierry Wegmüller, par ailleurs patron du D! Club, nous en dévoile le contenu.

C’est quoi, du harcèlement en boîte de nuit? Un endroit où les gens viennent surtout pour draguer?

Le harcèlement prend beaucoup de formes différentes. Il change en fonction des pays, comme en Allemagne où il commence dès qu’une femme dit non aux avances d’un homme, et en fonction de la sensibilité de chaque femme aussi. Est-ce que l’homme qui offre un verre à une inconnue la harcèle? Et s’il insiste, est-ce du harcèlement ou simplement le fait qu’il se montre juste un peu trop lourdaud? Pour répondre à ces questions, à savoir quand le harcèlement commence, nous allons constituer un groupe de travail dès janvier. Il sera composé des acteurs classiques, comme les responsables de clubs ou la police, la Ville de Lausanne, de même que de certaines associations, mais il comprendra aussi des femmes. Cette réflexion sur Label Nuit, ce n’est pas de l’opportunisme. Nous la menons avec la Ville, la FVA (Fondation Vaudoise contre l’Alcoolisme et l’association Reli’er (l’antenne vaudoise active dans les addictions) depuis un certain temps déjà sur toute une variété de sujets allant dans le sens d’une amélioration de la gestion de la vie nocturne.

«Les femmes ont le droit de se sentir à l’aise en soirée. Et cela, c’est de notre responsabilité aussi»

Quelles mesures seront prises pour lutter contre le harcèlement?

C’est déjà de réaffirmer que nous ne tolérons aucun harcèlement physique ou moral. Les agents de sécurité et le personnel des bars seront mieux formés à cette problématique. Ils seront à disposition de la clientèle pour tout problème. Sur demande, ils pourront même raccompagner une cliente jusqu’au transport le plus proche si elle le demande pour des raisons de sécurité. En cas de harcèlement, la personne qui aura été exclue du club sera dénoncée à la police et signalée aux autres clubs. Détail important: ce ne sera pas aux agents de sécurité d’apprécier s’il y a eu harcèlement ou pas. Les personnes qui s’en estimeront victimes seront vraiment écoutées. C’est fondamental.

Seules dix plaintes pour harcèlement sont signalées en moyenne chaque année à Lausanne. La démarche n’est pas évidente.

Nous y avons pensé. C’est la raison pour laquelle nous ouvrirons une ligne anonyme qui sera gérée par GastroLausanne. Ce sera une adresse électronique qui permettra de garantir l’anonymat de la victime. Les cas pourront y être signalés après qu’ils se sont produits. Les établissements en seront informés. En cas de récidives régulières, ils pourront se voir retirer le fameux Label Nuit. Ce label ne sera d’ailleurs pas donné à tout le monde les yeux fermés. Chaque établissement qui le réclamera fera l’objet d’une évaluation préalable. Il est également prévu que cette charte se généralise en Suisse, soit à toute association en relation avec la nuit tel que le Grand Conseil de la Nuit de Genève ou à la SBCK (Schweizer Bar und Club Kommission), entre autres.

Lausanne la nuit, ce sera donc moins l’insouciance et la fête?

La nuit doit rester un espace de fête à Lausanne, un exutoire, mais il doit le rester pour tout le monde. Les femmes ont le droit de se sentir à l’aise en soirée. Et cela, c’est de notre responsabilité aussi.

Créé: 23.12.2016, 06h58

Thierry Wegmüller, Président de GastroLausanne et patron du D! Club

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Le label We Can Dance It créé à Genève

Drague lourde, vulnérabilité de femmes plus jeunes, voire tentatives d’agression ou de contrainte par la prise non volontaire de certaines substances… La liste des dangers encourus par les femmes la nuit a aussi été dressée à Genève.
Le label We Can Dance It y a été créé par des programmatrices de la Gravière. «Nous souhaitons l’inscrire dans les démarches de sécurisation de la vie nocturne pour les femmes, dans les espaces publics tels que les bars et les clubs, mais également
sur les trajets qui mènent à ces espaces et dans les transports
en commun», explique les initiatrices. Elles précisent que
le label n’est pas un «tampon» des bonnes pratiques mais qu’il symbolise et démontre une motivation à travailler sur ces questions et à mettre en place des actions. L’équipe de We Can Dance It souhaite véhiculer les valeurs égalitaires et non sexistes dans les clubs «où tout se passe vite, où l’inhibition est souvent une bonne complice de harcèlements voire d’agressions dans les salles».

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