L’Office des vins vaudois lavé de tout soupçon

PromotionPlusieurs dizaines de vignerons avaient dénoncé la gestion de l’OVV par son président, Pierre Keller. Un audit les renvoie à leurs parchets.

Blessé par les attaques dont il a été l’objet, Pierre Keller n’a pas l’intention de passer l’éponge.

Blessé par les attaques dont il a été l’objet, Pierre Keller n’a pas l’intention de passer l’éponge. Image: VANESSA CARDOSO

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Les conclusions du rapport du Contrôle cantonal des finances (CCF), que l’Etat de Vaud doit dévoiler tout prochainement, sont sans ambiguïté: les griefs exprimés au printemps dernier par un certain nombre de producteurs et encaveurs quant au fonctionnement de l’Office des vins vaudois (OVV) ne sont pas fondés. La Commission de gestion de l’Etat de Vaud (COGES) est en partie à l’origine de l’affaire. En avril dernier, son rapport annuel faisait état des doléances de vignerons quant à la gouvernance de leur organe de promotion, l’OVV, que Pierre Keller, ancien directeur de l’ECAL, préside depuis quatre ans.

La commission se fondait sur la dénonciation d’un vigneron-encaveur, cosignée par trente-six membres de la profession, qui pointait notamment du doigt «un manque de transparence quant aux motifs conduisant au choix des actions, tout en estimant que celles-ci provoquaient une inégalité de traitement à l’égard de certains vignerons», ainsi qu’une «absence d’informations concernant les actions et engagements choisis en vue de promouvoir les vins vaudois». Dès lors, la COGES priait le Conseil d’Etat de renseigner le Grand Conseil sur «son appréciation de la gouvernance de l’OVV» («24 heures» du 8 mai 2015).

Au peigne fin
Les choses auraient pu suivre leur cours parlementaire si le dénonciateur, le vigneron blonaysan Albert Mamin, à la tête du Domaine Barichet, n’avait pas également envoyé son courrier incendiaire au Contrôle cantonal des finances (CCF). Sur la base des éléments portés à sa connaissance, ce dernier décidait dans la foulée de conduire un audit auprès de l’Office des vins vaudois, après en avoir informé Philippe Leuba, conseiller d’Etat en charge de l’Economie.

C’est ainsi qu’entre mai et juin 2015, dans le but d’en analyser la gestion administrative et comptable des années 2011 à 2014, qui relèvent de la compétence de l’actuel directeur de l’OVV, deux collaborateurs du CCF ont passé l’organe de promotion des vins vaudois au peigne fin. Les conclusions de leur rapport, fort de plus de quarante pages, ne peuvent que réjouir la direction de l’OVV et son président, Pierre Keller. L’audit souligne d’une part que les comptes des années 2011 à 2014 ont été régulièrement tenus et dûment justifiés, et il relève d’autre part, au sujet des griefs exposés par la dénonciation d’Albert Mamin et de ses collègues, que ceux-ci ne sont tout simplement pas avérés.

Le Contrôle cantonal des finances s’autorise toutefois à formuler une série de recommandations concernant la gouvernance de l’OVV, qui vont de la nécessité de clarifier les bases légales des promotions de niveau international à la méthode de calcul du seuil de 15% des frais de fonctionnement, en passant par la mise en place d’un règlement précis sur les types de dépenses prises en charge par l’OVV lors des voyages en Suisse et à l’étranger. Enfin, le CCF préconise d’établir de façon plus formelle les impacts sur les budgets des décisions de sponsoring à venir et de formaliser la présentation du décompte final de chaque événement au comité de direction.

C’est peu dire que les conclusions de l’audit réjouissent son président, Pierre Keller: «Les collaborateurs du Contrôle cantonal des finances ont fait un travail de fond absolument formidable, en nous poussant dans nos derniers retranchements, en examinant toutes les archives, mais avec sérieux et beaucoup d’élégance, dit-il. Au final, ils n’ont rien trouvé de louche ou d’illégal, et j’accueille donc avec reconnaissance leurs recommandations: nous avons en effet besoin d’être mieux structurés dans la gestion quotidienne, d’avoir des règles communes plus précises en matière de dépenses, que ce soit pour les voyages en avion ou le choix des hôtels, par exemple.»

Si Pierre Keller ne cache pas son soulagement, il ne fait pas davantage mystère de la blessure infligée par les vignerons-encaveurs qui l’ont dénoncé. «A la présidence de l’OVV, j’aurais pu me contenter de participer à quatre séances par an du comité de direction, et d’aller de temps en temps serrer quelques mains, s’enflamme-t-il. Alors que je passe deux jours par semaine au bureau, que j’apporte des sponsors majeurs, que je multiplie les partenariats grâce à mon réseau et que je ne cesse de donner de nouvelles idées. Evidemment, plus je donne des idées, plus il y a du travail, et ceux qui végètent dans la routine du passé peinent à suivre. Albert Mamin en fait partie.»

Dans ces circonstances, Pierre Keller a décidé de ne pas passer l’éponge. «Bien sûr, tout pourrait s’arranger devant une bouteille. Mais j’ai été profondément meurtri, et mon équipe avec moi, par la violence des attaques et la méchanceté avec laquelle elles ont été formulées, martèle-t-il. D’autant plus que bon nombre de signataires de la pétition ne s’étaient pas acquittés de la taxe annuelle due à l’OVV. Albert Mamin, rien que lui, nous doit plusieurs dizaines de milliers de francs. Nous l’avons mis aux poursuites et une partie de son stock a été saisie.»

Menace de plainte
Si quelques signataires de la pétition se sont rétractés ces derniers mois, en présentant leurs excuses à la direction de l’OVV, qui les a acceptées, les autres auront droit, ces prochains jours, à une visite du président. «A l’exception d’Albert Mamin, que j’ai déjà rencontré, auquel j’ai proposé toutes sortes d’arrangements et qui recevra un courrier recommandé, je vais aller les voir un par un pour leur demander de nous écrire une lettre d’excuses dans un délai de dix jours. S’ils n’obtempèrent pas, je chargerai mon avocat de déposer une plainte pénale pour diffamation et calomnie contre chacun d’entre eux.»

La menace laisse Albert Mamin de marbre. «Avant de songer à présenter la moindre excuse à qui que ce soit, j’attends de lire un rapport dont vous m’apprenez l’existence, affirme-t-il. Et si j’estime qu’il n’est pas fondé, que l’audit n’a pas été fait en profondeur, je compte bien continuer mon combat. L’OVV a prélevé 35 millions en dix ans dans le vignoble vaudois sans nous dire ce qu’il en a fait… Et si c’était un détournement de fonds? Du coup, ne comptez pas sur moi pour baisser les bras!»

Créé: 09.09.2015, 06h56

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Avec la complicité de l’un de ses principaux partenaires, l’horloger Hublot, l’Office des vins vaudois (OVV) s’est installé à Milan, au Swiss Corner de l’Exposition universelle, durant le mois de septembre. A travers une invitation à la découverte du canton de Vaud, l’OVV assure ainsi la promotion des vins vaudois tout en faisant rayonner l’offre gustative, touristique et culturelle de toute la région. Les ressources de l’Office des vins vaudois, dont le budget est de l’ordre de 3 millions de francs par an, sont notamment constituées par les taxes – qui ne doivent pas dépasser 8 centimes par mètre carré pour la taxe à la surface et 6 centimes par litre pour celle à l’encavage – prélevées chaque année auprès des producteurs et encaveurs. Selon les règles actuellement en vigueur, à propos desquelles le Contrôle cantonal des finances, dans son audit, a émis un certain nombre de recommandations, les coûts de fonctionnement de l’OVV ne doivent pas excéder 15% du montant des taxes. Le président, quant à lui, perçoit un émolument de 80 francs de l’heure. Subordonné à la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), qui établit sa stratégie, l’OVV est une institution de droit public, reconnue par l’Etat, dont la mission est la promotion du vignoble, des vins vaudois et de leur image en Suisse et à l’étranger. Le comité, fort de cinq membres, est nommé par le Conseil d’Etat.

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