L’Office des vins vaudois subit une fronde de vignerons

PromotionLe rapport de la Commission de gestion de l’Etat de Vaud épingle l’organe de promotion des vins. Son président, Pierre Keller, tombe des nues

Pierre Keller s’étonne qu’on lui «cherche des poux dans la tête» sans même l’entendre.

Pierre Keller s’étonne qu’on lui «cherche des poux dans la tête» sans même l’entendre. Image: SABINE PAPILLOUD

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«On a toujours essayé de m’emmerder: quand j’étais enseignant au Gymnase du Bugnon, quand j’étais délégué du Canton au 700e de la Confédération et quand j’étais directeur de l’Ecole cantonale d’art! J’ai donc l’habitude. En revanche, les gens oublient que plus on me casse les pieds, plus j’accumule de l’énergie pour faire mon travail comme je l’entends.» Egal à lui-même, Pierre Keller balaie l’adversité d’un revers de main. En l’espèce, il s’agit de deux pages du dernier rapport de la Commission de gestion de l’Etat de Vaud (COGES) consacrées au fonctionnement de l’Office des vins vaudois (OVV) qu’il préside («24 heures» du 21 avril).

Chargée d’examiner le travail du Conseil d’Etat, la commission relève des «doléances de producteurs et encaveurs exprimées par voie de courrier quant au fonctionnement de l’OVV». Ceux-ci lui reprochent notamment «un manque de transparence quant aux motifs conduisant au choix des actions, tout en estimant que celles-ci provoquaient une inégalité de traitement à l’égard de certains vignerons». Les mécontents, de surcroît, dénoncent l’absence «d’informations envoyées à l’ensemble des producteurs et encaveurs concernant les actions et engagements choisis en vue de promouvoir les vins vaudois et expliquant les raisons de la stratégie promotionnelle adoptée, soit une communication véritablement active à leur égard». Du coup, la COGES prie le Conseil d’Etat de renseigner le Grand Conseil sur «son appréciation de la gouvernance de l’OVV».

Incompréhension totale

Pierre Keller, qui incarne l’OVV depuis quatre ans, qui vient de nouer un partenariat de trois saisons avec le Cirque Knie pour mieux positionner les vins vaudois en Suisse alémanique, qui vient de chasser les vins valaisans de la tenue des joueurs du LHC et qui, une fois encore, va accompagner des vignerons vaudois au Japon à la fin de ce mois, s’est pincé en lisant les deux pages du rapport en question. «Depuis 2011, j’ai remis de l’ordre dans les comptes, j’ai multiplié les partenariats – le dernier en date est celui signé avec le meeting d’athlétisme de Zurich –, j’ai utilisé mes réseaux pour promouvoir nos vins à l’étranger, j’ai rénové le site Internet, qui passe en revue toutes nos actions, et voilà qu’on me cherche des poux dans la tête sans même m’entendre. C’est tout simplement dégueulasse!»

Présidente de la Commission de gestion, la députée socialiste Valérie Schwaar s’étonne que, sur les trente-quatre observations du rapport, seule celle consacrée à l’OVV suscite autant d’émotion. «Nous n’avions pas à auditionner Pierre Keller. Notre rôle est de poser des questions au Conseil d’Etat sur la base d’un certain nombre de constatations, dit-elle. En ce qui concerne l’OVV, nous ne nous sommes pas appuyés sur le point de vue de l’un ou l’autre quérulent, mais bien sur un faisceau d’indices qui nous donnent le sentiment que des acteurs du marché vitivinicole ne comprennent pas le rôle de l’office, dont le déficit de communication engendre, semble-t-il, tensions et frustrations.»

Le «faisceau d’indices», pourtant, prend naissance chez un seul et même vigneron, le Blonaysan Albert Mamin, à la tête du Domaine Barichet. Rien de ce qu’entreprend l’Office des vins vaudois depuis quelques années ne trouve grâce à ses yeux. «Il n’y a plus de promotion concrète auprès des consommateurs, les affiches sont tristes et les comptes opaques, proteste-t-il. Avant, les vignerons étaient invités à participer à toutes les manifestations: aujourd’hui, il n’y a plus rien, sauf des voyages à l’étranger qui coûtent cher, ne rapportent rien et ne sont que du spectacle.» Albert Mamin a donc écrit tous azimuts, y compris au Contrôle cantonal des finances et à la Cour des comptes, et cessé de payer la taxe annuelle due à l’OVV.

«Je suis allé le voir pour tenter de le ramener à la raison, lui proposer un paiement échelonné, lui expliquer notre travail et le rassurer sur nos voyages à l’étranger, qui ne coûtent rien à l’OVV, puisque c’est notre partenaire, la manufacture Hublot, qui en assume les frais, souligne Pierre Keller. Rien n’y a fait, et nous avons donc dû le mettre aux poursuites.»

En guise de représailles, Albert Mamin a lancé une pétition qui demande au Canton un audit de l’Office des vins vaudois. Signée par trente-six vignerons, c’est elle qui, selon toute vraisemblance, constitue le «faisceau d’indices» évoqué par Valérie Schwaar. Pierre-François Meylan, vigneron à Ollon, résume en quelques phrases l’état d’esprit commun aux signataires. «Alors que l’ouverture des frontières a mis à mal notre profession, alors que je dois continuer à m’acquitter, année après année, d’une taxe de 5000 francs pour mes 5 hectares, je ne sais toujours pas comment cet argent est dépensé, dit-il sans animosité. Nous demandons donc un retour précis sur notre investissement, et des actions plus adéquates. Je m’explique: fin mai, l’OVV organise deux jours de caves ouvertes. Mais c’est en Suisse alémanique que nous devrions faire cette opération, avec une appellation présente par canton, pas ici! En un mot, je trouve que l’OVV est trop statique en Suisse, et trop actif loin de nos frontières.» Depuis, néanmoins, deux signataires se sont rétractés, en présentant leurs plates excuses.

Plus divisés que jamais

Composée d’indécrottables individualistes à la sensibilité exacerbée par la concurrence des vins étrangers, la profession est plus divisée que jamais sur les moyens de s’en sortir. Henri Chollet, du Domaine Mermetus à Aran, et Patrick Fonjallaz, à Epesses, jurent leurs grands dieux que jamais ils n’auraient signé une telle pétition. «Il faut savoir que certains vignerons ont pratiquement perdu 50% de leur revenu en quelques années, précise Patrick Fonjallaz. La situation est donc tendue, mais ce n’est pas le moment de s’en prendre à l’OVV, qui, pour la première fois de son histoire, joue parfaitement son rôle en matière de marketing et de promotion.»

«Aujourd’hui, il faut de l’ambition et des compétences. C’est aux vignerons de se prendre en charge et de monter au front, renchérit Henri Chollet. L’OVV n’est pas là pour vendre nos vins. En revanche, si les Suisses découvrent que ceux-ci sont appréciés à l’étranger, ils les achèteront plus volontiers. En somme, Pierre Keller veut leur faire indirectement envie. Mais c’est au vigneron d’assurer la commercialisation de son produit.»

C’est ce que le Conseil d’Etat, à l’injonction de la Commission de gestion, va répondre au Grand Conseil (lire ci-contre) . En attendant, le bouillonnant président de l’OVV, qui ne lâche pas le morceau, a écrit à la COGES pour demander à être entendu.

Créé: 08.05.2015, 07h50

3 millions au budget

Subordonné à la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), qui définit sa stratégie, l’ Office des vins vaudois (OVV) est une institution de droit public, reconnue par l’Etat, dont la mission est de promouvoir le vignoble, les vins vaudois et leur image.
Le comité, fort de cinq membres, est nommé par le Conseil d’Etat. Les ressources de l’OVV, dont le budget actuel est de l’ordre de 3 millions de francs, sont notamment constituées par les taxes – qui ne doivent pas dépasser 8 centimes par mètre carré pour la taxe à la surface et 6 centimes par litre pour celle à l’encavage – prélevées auprès des producteurs et encaveurs.
Les coûts de fonctionnement de l’OVV ne doivent pas excéder 15% du montant des taxes et le président perçoit un émolument de 80 francs l’heure.

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