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L'offre en scanners et IRM gonfle, à la barbe de Maillard

Hirslanden inaugure un centre de radiologie à la porte de Lausanne deux mois avant la décision sur un décret qui veut freiner l’offre. Provocation?

Le nouvel Institut de radiologie de l’Ouest lausannois (IROL) possède un scanner et un IRM (photo) de la dernière génération. A cela s’ajoutent tous les appareils nécessaires aux prestations standards d’imagerie médicale.
Le nouvel Institut de radiologie de l’Ouest lausannois (IROL) possède un scanner et un IRM (photo) de la dernière génération. A cela s’ajoutent tous les appareils nécessaires aux prestations standards d’imagerie médicale.
PHILIPPE MAEDER

Logé dans le Prilly Business Parc, proche de la patinoire et de la gare de Malley, l’Institut de radiologie de l’Ouest lausannois (IROL) accueille ses premiers patients depuis une semaine. De délicates lumières d’ambiance réchauffent les pièces où les patients passeront des moments inconfortables, allongés dans le tunnel d’un scanner ou d’une IRM. Cédric Bossart, directeur de la clinique Bois-Cerf et de l’IROL, justifie cet investissement de Hirslanden, le plus grand groupe de cliniques privées en Suisse: «L’offre de radiologie était lacunaire dans cette région de 70 000 habitants en fort développement. Notre centre y pratiquera une médecine de proximité à un niveau d’exigence élevé.»

Une concurrence féroce

A un scanner et à un IRM de la dernière génération s’ajoute la panoplie des appareils pour toutes les prestations standards d’imagerie médicale. Hirslanden a confié cet outil flambant neuf à un tandem expérimenté: les docteurs Danielle Bianchi Hösli et Ghassan Barghouth ont longtemps travaillé pour le service public. Ils étaient depuis plus de dix ans médecins-chefs au service de radiologie de l’hôpital de Morges (EHC). Leur virage, que d’autres radiologues sur l’arc lémanique ont aussi pris récemment, conforte l’impression d’une concurrence féroce entre les secteurs public et privé. La motivation financière n’a pas joué de rôle, assurent les deux médecins. Le désenchantement face au climat de travail qui, disent-ils, se péjore pour les médecins cadres dans l’hôpital public, a éveillé leur motivation pour une nouvelle expérience. Ils ont vu dans l’IROL une opportunité de premier ordre.

Crispation politique

L’histoire serait banale si elle ne survenait pas dans un contexte politique crispé. Le patron de la Santé publique vaudoise, Pierre-Yves Maillard, dénonce depuis des mois une inflation d’équipements en médecine ambulatoire, en radiologie mais aussi en radiothérapie, en cardiologie et en chirurgie. Il veut la freiner au nom de la maîtrise des coûts. Au début de l’été, il a rallié le gouvernement à un projet de décret qui instaure une clause du besoin pour l’achat de tout nouvel équipement dans ces domaines. Parmi les appareils visés figurent les scanners et les IRM. On y recourt désormais pour des examens de routine dans la plupart des disciplines médicales. Ils sont devenus des symboles d’une médecine chère et où régnerait la surprescription.

Pas de précipitation

Les travaux du parlement commencent cette semaine et le texte législatif devrait être voté en octobre. «Rien n’a été précipité pour échapper de justesse au décret», jure Cédric Bossart. Le projet de créer ce centre à Prilly remonte à 2013. Il a été initié par Marc Cikes, médecin et administrateur du Réseau Delta Vaud, un cercle de médecins organisés pour mettre en commun leurs connaissances et des ressources. Hirslanden, propriétaire des cliniques Bois-Cerf et Cecil à Lausanne, a acheté le concept de l’IROL avant que Pierre-Yves Maillard ne lance en consultation son projet de clause du besoin. Puis le groupe a assumé l’investissement pour 4,5 millions de francs. Les deux médecins ne sont pas salariés mais indépendants. Ils touchent de 20% à 25% du tarif rémunérant les actes de radiologie. Hirslanden prend le solde, soit la part technique du tarif; de quoi couvrir l’investissement et l’exploitation du centre.

Une proximité confortable

Quatorze scanners et autant d’IRM sont déjà en activité à Lausanne, selon l’état des lieux dressé par le Service de la santé publique en juin 2014. Des délais d’attente ne sont pas signalés par les médecins prescripteurs. Pierre-Yves Maillard assène: «On ne peut plus laisser des équipements de ce type se développer sans en vérifier le besoin. Une chasse aux profits débridée en médecine fait exploser les coûts.» Cédric Bossart, lui, met dans la balance le gain de confort pour les futurs patients, qui seront mieux servis, à proximité de leur domicile ou de leur lieu de travail.

Un nouvel IRM est aussi inauguré ces jours à Payerne par le Centre médico-chirurgical de la Broye, sans que la preuve du besoin soit évidente pour le Service de la santé publique. Si le décret était en vigueur, dans ce cas comme pour l’IROL, une commission devrait se prononcer sur l’existence d’une demande non satisfaite. Pierre-Yves Maillard voit dans ces exemples un motif de voter vite le décret «par respect pour les payeurs de primes».

«Un bouc émissaire facile»

Laurent Chapuis, président du Groupement des radiologues vaudois, conteste que l’offre génère la demande et conduit à la surprescription: «L’addition de nouvelles machines d’imagerie correspond à l’augmentation de la population du canton, à son vieillissement et aux modifications des besoins des médecins traitants.» Des mauvaises pratiques existent, concède-t-il, «mais pas plus que dans d’autres disciplines, c’est dire qu’elles sont marginales». Si on freinait celles-ci, les appareils en service pourraient tourner davantage sur des plages horaires élargies, «mais personne ne le souhaite; c’est sans doute un luxe». Il avertit: le décret ne freinera pas l’augmentation des consultations en radiologie, «car celles-ci participent d’une médecine moderne de qualité qui allonge les années en bonne santé de toute la population».

Le vrai débat, dit-il, devrait porter sur le coût que la société est prête à payer pour atteindre ce résultat positif et sur la répartition de l’effort financier. «La radiologie est un bouc émissaire facile, un symbole de la médecine moderne, mais pas la cause de tous ses maux réels ou supposés.»

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