Les opposants au plan cantonal pour Lavaux tirent tous azimuts

Aménagement du territoireDéfenseurs du paysage et de la nature, Communes, vignerons et particuliers critiquent en masse le PAC Lavaux.

Protéger la nature, le paysage et la viticulture, le défi du Canton semble impossible.

Protéger la nature, le paysage et la viticulture, le défi du Canton semble impossible. Image: VALENTIN FLAURAUD

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La mise à l’enquête du Plan d’affectation cantonal Lavaux (PAC Lavaux) s’est terminée le 26 septembre et les premiers opposants sortent du bois. Ainsi, Pro Natura Vaud, Pro Riviera, Helvetia Nostra et Sauver Lavaux, quatre associations de protection de la nature et du paysage, se sont unies pour dénoncer les «lacunes» du projet et le fait qu’il ne «correspond pas aux promesses de la campagne de 2014». Par ailleurs, particuliers, vignerons et autorités communales ont aussi déposé des oppositions (lire encadré).

Les quatre associations de protection de la nature et du paysage déplorent tout d’abord que le PAC ne concerne que les territoires non constructibles de Lavaux. Elles demandent que l’entier du Plan de protection de Lavaux (PPL, lié à la loi Lavaux) soit reporté sur le PAC pour plus de lisibilité. Lors de la campagne «Sauver Lavaux III» en 2014, le Canton avait assuré que les zones à bâtir encore non construites - environ 40 hectares -, seraient réduites de moitié « en concentrant la planification de futures habitations aux endroits préservant au mieux la protection du site». «Ce dézonage» qualitatif «n’a pas été opéré par le PAC puisque le Canton indique qu’il incombe aux communes d’y procéder, réagit Anna Zangger, avocate d'Helvetia Nostra. Aujourd’hui, il nous dit qu’il n’est pas compétent pour le faire, tout en dézonant tout de même 17 hectares, mais en grande partie des zones de verdure, déjà inconstructibles selon les règlementations communales… On a l’impression qu’il y a eu une discussion entre Canton et Communes sur les parcelles qui seraient de toute façon dézonées par elles (ndlr: dans le cadre de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire).» Pour le reste, il faudra attendre 2022, date butoir pour les communes qui doivent redimensionner leurs zones à bâtir. Faudra-t-il déjà réviser le PAC à ce moment-là? questionnent les associations.

À entendre Maurice Neyroud, député et président de la Commission intercommunale de Lavaux (CIL) – qui s’est aussi opposée et encourage les 10 communes du périmètre qu’elle représente à l’imiter –, la discussion entre autorités n’a pas eu lieu sur les limites du plan. «Le Canton prend une partie des zones vertes ou encore constructibles aux communes! s’insurge-t-il. Sur le long terme, il ne sera plus possible de revenir en arrière en cas d’expansion de la population.» A contrario, la CIL s’étonne que le PAC favorise les CFF et l’Office fédéral des routes, en passant certaines zones viticoles bordant les axes de transports en «zones de desserte». «C’est deux poids deux mesures.»

Stars de la mise à l’enquête, les murs de vignes apparaissent dans la plupart des oppositions. Pas assez protégés, selon Michel Bongard, secrétaire général de Pro Natura Vaud, qui insiste: «La protection et la mise en valeur de la nature doivent être traduites concrètement dans le règlement; tout ce qui est là doit être préservé, même si cela coûte plus cher lors de l’entretien des murs par exemple. Le risque qu’on poursuive la destruction des milieux naturels initiée par les améliorations foncières est grand.»

«Cent ans en arrière»

Or c’est justement sur les contraintes qui régissent les murs verticaux de vignes (qui délimitent les parcelles mais ne retiennent pas les terrasses) ou le désherbage des affleurements rocheux que la CIL et nombre de vignerons – y compris la Fédération vaudoise des vignerons – s’opposent au PAC. Ils y voient une difficulté supplémentaire pour la survie de leur exploitation, dans un contexte viticole ultratendu.

Maurice Neyroud indique aussi que l’obligation de cultiver la vigne fait «tousser les communes». «On peut tout de même imaginer que les temps changent et que les pratiques viticoles évoluent! Le Canton nous replonge cent ans en arrière, par exemple lorsqu’il estime que les capites doivent être réservées à un usage purement viticole et non vitivinicole. On n’y range plus nos outils, mais on doit pouvoir y recevoir des clients!» Le conseiller d’État Philippe Leuba avait d’ailleurs milité pour cette pratique œnotouristique. Le plan des services de sa collègue Jacqueline de Quattro lui met du plomb dans l’aile.

Créé: 01.10.2019, 19h42

Plus de 140 oppositions

Mardi matin, le Service du développement territorial (SDT) dénombrait déjà 138 oppositions individuelles, deux oppositions collectives et deux interventions. Le chiffre final total devrait gonfler un peu, six greffes (sur 10) devant encore transmettre les oppositions déposées chez eux dans les jours à venir. Le nombre est qualifié d’«assez habituel» par le SDT, qui rappelle que le PAC Venoge en avait suscité 155.

La décision de lever ou non ces oppositions reviendra au Grand Conseil. Ainsi, le SDT va désormais les dépouiller, les analyser et entendre les opposants qui ont sollicité une conciliation. Puis le dossier sera transmis à la commission ad hoc du Grand Conseil chargée de traiter les oppositions. Enfin, le plénum approuvera par décret la planification, sans doute dans le courant de l’année 2020, ouvrant les voies de recours usuelles. L’entrée en vigueur du PAC Lavaux est attendue courant 2021.

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