Originaire des Andes, le quinoa fait son trou en terres vaudoises

AgricultureTreize paysans du cru se sont récemment lancés dans l’aventure du «riz des Incas». Leur moisson sera bientôt disponible dans les grandes surfaces.

A Mathod, Sébastien Marendaz s’est lancé dans la culture de cette plante. Il propose quatre recettes faciles pour mettre en valeur ce produit dont le goût peut rappeler la noisette. Vidéo: Fabien Grenon


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Egalement connu comme le «riz des Incas», le quinoa pourrait bientôt être surnommé le «riz des Vaudois». De la Broye au Gros-de-Vaud en passant par le nord du canton, treize agriculteurs locaux, tous affiliés à l’association IP-Suisse, se sont récemment lancés dans la production de cette pseudocéréale cultivée d’ordinaire sur les hauts plateaux des Andes, au Pérou et en Bolivie notamment. Un véritable boom puisqu’il y a encore quatre ans le quinoa était inexistant dans nos campagnes.

Moissonné dans le courant du mois d’août après quatre mois de maturation, leur quinoa 100% local vient d’être envoyé dans un moulin à Weinfelden (TG) afin d’y être trié. Retour prévu en novembre. Après quoi, il fera son entrée dans les rayons de plusieurs magasins de la grande distribution (lire ci-contre).

«C’est incroyable, depuis quelques années, tout le monde s’est mis à en manger!» s’exclame Joël Scheidegger. L’agriculteur de Treytorrens, dans la Broye, n’a pas tardé à voir dans cette plante herbacée aux valeurs nutritives multiples une opportunité en or pour se diversifier. «Mais je viens de procéder à ma première récolte. Je n’ai donc pas beaucoup de recul.» Sur une parcelle d’un peu moins de 1 hectare, le Broyard en a tout de même retiré 1000 kilos: «Maintenant, on verra ce que ça donne au niveau des ventes.»

Plus écologique

Sébastien Marendaz, basé à Mathod, en a récolté, quant à lui, pas loin de 1200 kilos sur une parcelle de 2,5 hectares. «C’est plus écologique de consommer un produit cultivé chez nous plutôt que provenant de l’autre côté de la planète», souligne le jeune agriculteur nord-vaudois. Selon lui, qui en est à sa deuxième récolte, le «riz des Incas» pourrait tout à fait suivre la voie du maïs ou de la pomme de terre. Des cultures originaires, elles aussi, d’Amérique latine, mais qui se sont aujourd’hui largement imposées dans nos campagnes.

Du chemin, il en reste cependant beaucoup avant d’en arriver là. La plante de quinoa exige en effet tout un savoir-faire qui n’est pas encore acquis. «Certes, nous avons sélectionné une variété de quinoa qui s’adapte plutôt bien à notre climat. Mais il nous faudra bien encore dix ans avant de savoir la maîtriser complètement.» Car le quinoa est une plante capricieuse. «Elle n’aime pas le chaud, mais n’aime pas le froid non plus. Elle n’aime pas trop l’eau, mais n’apprécie pas quand c’est trop sec», rigole Sébastien Marendaz. Sans compter que les plantations de quinoa nécessitent beaucoup de travail manuel. «Le quinoa fait partie de la même famille que le chénopode blanc, une mauvaise herbe très répandue chez nous, ajoute Joël Scheidegger. Si on utilisait un herbicide pour lutter contre, ça détruirait aussi les plantes de quinoa.»

Sur tout le territoire suisse, ils sont une trentaine de paysans – répartis entre Vaud, Fribourg, Berne, Soleure, Zurich et Thurgovie – à avoir pris part cette année au projet chapeauté par le label à la coccinelle, dont le but est de promouvoir une agriculture intégrée respectueuse de l’environnement et de la cause animale. «Pourquoi vouloir importer notre quinoa du Pérou ou de la Bolivie, à plus de 10 000 km de chez nous, si on peut le cultiver ici?» s’interroge Jacques Demierre, responsable de l’antenne romande d’IP-Suisse, tout en insistant sur le bilan écologique controversable de ce commerce intercontinental en plein essor. «Sans compter que, là-bas, certaines régions ne cultivent plus que ça, ce qui entraîne un sérieux déséquilibre en termes de biodiversité.»

Marché de niche

Si, avec ses treize cultivateurs, le canton de Vaud est le plus grand producteur suisse de quinoa, ce n’est pas à cause de son soleil ou de son altitude. Mais plutôt par un simple concours de circonstances. «Il faut croire que les agriculteurs vaudois sont plus ouverts à relever de nouveaux défis», avance Jacques Demierre.

Reste toutefois qu’avec environ 35 tonnes de denrée disponibles pour la vente cette année, sur une cinquantaine à l’échelle du pays, cette production vaudoise de quinoa reste plutôt anecdotique. Surtout si on la compare avec les 1000 tonnes de «riz des Incas» importées en Suisse en 2016. «Même si dans les prochaines années nous souhaiterions augmenter quelque peu cette production, le quinoa suisse devrait rester un marché de niche», conclut-il. (24 heures)

Créé: 12.10.2017, 06h39

Sébastien Marendaz

Il cultive le quinoa sur son domaine à Mathod depuis 2016.

En rayon dans les grandes surfaces en novembre



Déjà disponible en vente directe chez plusieurs producteurs du projet d’IP-Suisse, le quinoa 100% local fera bientôt son entrée dans les rayons de la grande distribution. Migros Vaud le proposera pour la première fois dès le 20 novembre. «Tout en répondant à la forte demande de notre clientèle pour ce produit, nous affirmons notre soutien à l’agriculture suisse et locale», souligne Aurélie Murris, porte-parole de Migros Vaud. Commercialisés sous les labels «De la région» et «Terra Suisse», les 350 g seront vendus 7 fr. 90, soit environ 3 fr. 50 de plus que les graines importées. A noter que Manor et Coop, avec qui IP-Suisse est en discussion, devraient suivre le mouvement.



Plusieurs fermes biologiques du canton se sont aussi lancées, de leur côté, dans l’aventure du «riz des Incas». Avec plus ou moins de succès. Et un rendement bien moins élevé. Si, après quatre ans de tests, la Ferme Iseli, à La Sarraz, va arrêter d’en produire, Eric Fazan, paysan bio à Apples, veut continuer d’y croire. «Après une première année 2016 infructueuse, nous avons eu la chance de pouvoir en récolter 400 kilos en août dernier», indique-t-il, en insistant sur les difficultés de cultiver le quinoa sous nos latitudes avec des engrais uniquement biologiques.

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